HomeHot News«L’État Ayitien n'est même plus absent, il est inexistant»

«L’État Ayitien n’est même plus absent, il est inexistant»

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Ce que vit Ayiti aujourd’hui n’est même pas une tragi-comédie, ce genre littéraire et théâtral, classique du XVIIe siècle qui consiste à concilier rires et pleurs, et dont l’objectif principal est de faire la radiographie sociale, pour ainsi nous exposer en plein visage les maux les plus profonds, les torts, les travers et atavismes qui rongent nos sociétés, à un moment donné de notre histoire dans une perspective de prise de conscience nécessaire pour briser le statu quo. Rappelons-nous que pendant qu’on rit dans une comédie, on aborde les valeurs, alors que dans une tragédie on défend l’honneur et la dignité. Donc, une tragi-comédie constituerait pour nous l’alliage parfait du « Castigat ridendo mores » au mythe et à la sacralisation de l’honneur et de la dignité, visant à l’équilibre de nos sociétés. Bref, ce que nous nous sommes amusés à faire de ce pays, que pourtant nous disons chérir, n’a pas de nom, si ce n’est qu’il pourrait bien s’agir d’une comédie tragique ou d’une tragédie comique, ou de la pure démagogie, mais de bas étage et de mauvais goût, expression, au final, sublime de l’ironie, de la dérision, de la moquerie sadique et exécrable, de la chamaille et du ricanement de la pire catégorie, qui ne peut que faire pitié et indigner à ceux qu’il en reste, ne serait-ce qu’encore une dernière goutte de dignité et de fierté. C’est, à juste titre, la preuve incontestable, non seulement de la déliquescence et de l’absence de l’État, mais aussi et surtout de l’inexistence de l’administration la plus élémentaire de la Chose Publique : c’est-à-dire, de la gestion régalienne de la Cité, en vue de la protection de la vie, des droits, des biens et du bien-être des citoyens.

On pourrait voir en l’État ayitien une transparence des plus hallucinantes, en dépit du fait que ses comptes ne soient jamais clairs. Mais, loin de là, c’est que sa transparence est synonyme de translucide, et qu’on peut voir au travers, bien qu’en tant que tel on ne le voit pas en tant qu’entité ou « être fictif », un peu à la manière d’Emile Durkheim, dans la méthode sociologique qui considère les faits sociaux comme des choses, qu’il faut ainsi reconnaître à la contrainte qu’il exerce sur nous en tant qu’individus, souvent à notre insu. Cependant, on sait qu’il est là, qu’il existe, comme un fantôme qu’on n’a jamais vu ni touché, mais qui fait, défait, nous fait tourner en rond, nous effraie, nous persécute et nous ensorcelle, et dont la domination nous ne pourrons pas nous débarrasser avec facilité, à moins de puissantes prières d’exorcisme. Et, en ce qui nous concerne, nous, les Ayitiens, c’est un fantôme qui sert à nous marginaliser, nous exiler ou nous rassembler, nous unir pour le grand soulèvement général, comme celui du 14 août 1793 qui allait aboutir au 1er janvier 1804 et au 7 février 1986, environ deux siècles après, pour éradiquer la délinquance et le vagabondage politique et aussi pour déraciner, une fois pour toutes, le phénomène de « banditisme et gangstérisation », non seulement dans nos quartiers mais aussi dans l’État. Sinon, aucune élection sérieuse ne sera possible dans le pays. Car, de même que les gangs ont contraint toute inclination de la population à se mobiliser et à se soulever contre la misère, la pauvreté, la corruption, l’insécurité, l’injustice sociale et généralisée, et l’impunité, ils boycotteront toute tentative du renouvellement du personnel politique par les urnes et le suffrage universel. Sans vouloir être un prophète de malheur ou un oiseau de mauvais augure, le régime des Tèt kale, à la solde des oligarques et des néo-colonisateurs, s’opposera à tout changement véritable et en profondeur. Si nous ne faisons pas front commun, ils risquent de régner longtemps sur le pays. Et Ayiti sera vidée et dépouillée, plus qu’elle ne l’est encore aujourd’hui, de tout ce qui lui reste de ses forces vitales, pour véritablement la faire renaître et la construire avec des citoyens sérieux, honnêtes et intègres, responsables et compétents. Ce sera inévitablement la fin de la civilisation ayitienne sur l’étendue du territoire que nos ancêtres nous ont légué, au prix de leur sueur et de leur sang. Nos descendants, comme le processus est déjà enclenché, s’éparpilleront un peu partout, jusqu’à se fondre dans d’autres peuples.

Oh Ayiti ! Quand sonnera-t-elle, l’heure de ta délivrance de cet accouchement si long et douloureux ? Mais c’est le prix de notre liberté que nous n’avions pas hésité à réclamer et à nous approprier, à un moment où aucun Noir ne pouvait regarder le Blanc, droit dans les yeux, pour lui dire ses quatre vérités. Oui, à un moment où ils ne concevaient pas qu’une race autre que la leur pourrait se résoudre à prendre son destin en main, en bouleversant l’ordre colonialiste, raciste et esclavagiste établi par les Blancs, au nom d’une pseudo-suprématie raciale.

Mais aujourd’hui, plus que jamais, l’heure est venue de se réveiller, de se sensibiliser, de s’unir et de se mobiliser, comme l’ont fait nos Pères Fondateurs, lors de la Cérémonie du Bois-Caïman, catalyseur de cette nouvelle insurrection générale, tel un déclic pour la seconde Bataille de Vertières, appelée à faire place à ce nouveau 1804, pour notre Renaissance en tant que peuple qui refuse de mourir et de continuer à vivre dans l’indignité.

Jean Camille Étienne, (Kmi-Lingus)

Arch. en politique et gestion de l’environnement

01/05/2022

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