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Mythe ou vérité ? Le peuple haïtien, pour son propre malheur, choisirait-il des bandits comme leaders?

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 Les analystes politiques prennent le vilain plaisir de culpabiliser les victimes en guise de s’attaquer aux agresseurs.  Une telle attitude est considérée dangereuse, selon les psychologues, en raison des stigmatisations et des traumatismes que cela pourrait causer sur les personnes affectées ainsi que sur leurs proches.  Cette mise en garde n’empêche pas certains activistes de pointer du doigt les Haïtiens comme étant un peuple qui, tout au long de son histoire, ne fait que planifier et exécuter avec perfection les événements apocalyptiques qui menacent son bien-être, voire sa propre existence.  Selon eux, nous sommes les seuls responsables de nos malheurs et de nos mésaventures. 

Les accusations remplacent tout argument solide et scientifique dans les débats autour de la crise haïtienne.  Et, à force de les répéter jour et nuit dans les médias, on essaie de faire passer des mythes pour des vérités.  Si, autrefois, c’étaient surtout nos ennemis et détracteurs qui inventaient des théories sans pied ni tête pour nous avilir, aujourd’hui, la confusion est telle que même certains de nos compatriotes en Haïti et dans la diaspora font le perroquet en criant ces mythes anti-haïtiens et ses théories racistes contre notre peuple dans les médias.  

En réponse, je ne veux pas remonter à deux siècles d’histoire pour parler des héros et héroïnes qui avaient fondé cette nation.  Parlons de préférence de la transition du pays vers la démocratie, après les 29 ans de dictature de Papa Doc et Baby Doc (1957-1986).  Remontons à la première élection démocratique en 1987.  Le peuple haïtien parlait fièrement de ses candidats qui représentaient toutes les couches sociales du pays.  Qui oserait traiter de bandits ces citoyens et candidats favoris du peuple haïtien d’alors ? Nous avions une liste bien garnie avec Marc Bazin, Gérard Gourgue, Leslie François Manigat, Rosny Desroches, Louis Déjoie Jr, Sylvio Claude, Hubert de Ronceray, Grégoire Eugène, René Théodore, pour ne citer que ceux-là.

Le peuple haïtien fut choqué par les assassinats prémédités des candidats aux élections présidentielles de MM. Louis Eugène et Yves Volel, le 3 août et le 13 octobre de cette année respectivement.  Le 29 novembre 1987, ce fut le grand jour où les centaines de milliers d’Haïtiens allaient dire non aux dictateurs, aux putschistes, aux anarchistes. En ce même jour, les agents anti-changements étaient passés à l’offensive en assassinant, de sang-froid et lâchement, les citoyens qui faisaient la queue devant des centres de votes.  Cet événement odieux et abominable est marqué dans notre histoire comme le massacre de la ruelle Vaillant.  Malgré ce massacre, en janvier 1998, nous avons pu élire le professeur Leslie François Manigat.  Et, une nouvelle fois, le choix du peuple haïtien fut piétiné par ces soldats ou bandits en uniforme de la FAD’H qui, par la force des armes, avaient chassé le président Manigat du pouvoir pour plonger le pays dans une transition de coup d’État après coup d’État. À part quelques déclarations pour condamner ces coups, la communauté internationale avait tacitement soutenu les putschistes.

 En 1990, le peuple haïtien a donné une leçon démocratique, par la confiance placée dans la juge madame Ertha Pascal Trouillot, devenue première femme président de la République d’Haïti.   Ce fut un grand événement dans notre histoire et dans celle du continent, dans le contexte de la participation des femmes dans la politique.  Cette grande figure dans la politique haïtienne eut aussi ses propres obstacles avec la tentative de coup d’État du Dr Roger Lafontant. Sous le leadership de notre première présidente, Mme Pascal Trouillot, le peuple haïtien n’a pas caché sa fièvre démocratique, en votant massivement leur candidat charismatique, l’ancien prêtre de Saint-Jean Bosco, M. Jean-Bertrand Aristide, comme président de la République.  Et le peuple lui manifesta sa confiance,  à deux reprises.  Cependant, toutes les deux fois, des bandits, appuyés par la communauté internationale, l’ont chassé du pouvoir en 1991 et en 2004.

Cette expérience amère avec la démocratie n’a pas empêché le peuple de retourner aux urnes pour choisir des citoyens capables de le représenter et surtout de défendre les intérêts de la masse populaire.  Après deux mandats confiés au président René Préval, le peuple allait voter massivement au poste de président, les candidats : la professeure Mirlande Manigat et l’ingénieur Jude Célestin.  Ce dernier fut déclassé de sa deuxième place, pour être remplacé par un comédien, un clown, un homme sans expérience dans la politique, un citoyen de moindre bagage intellectuel.  Cette ingérence et intervention dans les résultats du premier tour des élections présidentielles fut orchestrée par l’OEA et l’ambassade des États-Unis, à en croire les déclarations et confessions posthumes de l’ancien président René Préval.  Cela, ensuite, sera confirmée par l’ancien président du Conseil Électoral Provisoire, M. Pierre-Louis Opont. 

Si, aujourd’hui, un peu partout dans le pays, des criminels, des bandits notoires prennent d’assaut des quartiers populaires qu’ils dirigent en maîtres et seigneurs, sachez que le peuple haïtien est tout simplement leur victime.  Dans ces « territoires perdus », toutes les entités qui représentent l’appareil de l’État haïtien sont absentes.  Les forces de l’ordre évitent de s’aventurer dans ces zones, car, à chaque tentative, elles risquent de tomber victimes des balles assassines de ces groupes armés.  En général, quand ces terroristes prennent le contrôle de ces quartiers, la majorité des habitants, qui refusent toute cohabitation avec ces criminels, fuient les lieux.  Les familles qui n’ont pas eu le temps de quitter la zone ou qui n’ont pas les moyens de se trouver un refuge, doivent se courber aux ordres des bourreaux de ces zones.  Sinon, elles risquent la torture ou la fusillade. 

Alors, pour les critiques qui accusent le peuple haïtien de complicité avec les bandits, je les invite à venir passer un séjour dans ces quartiers avec leur famille.  Ainsi, ils pourront composer le 114, pour dénoncer les activités suspectes de leurs voisins à la PNH et attendre une intervention de cette institution dans la zone.  Ce n’est pas comme le 911 aux États-Unis.  Si vous êtes chanceux de trouver un opérateur, il vous raccroche au nez si vous sollicitez de l’aide au Village-de-Dieu ou à Cité-Soleil, par exemple.  Vous aurez besoin de vos plus beaux discours pour convaincre les chefs de gangs que vous n’êtes pas un espion travaillant au compte de la Police.  Et, similairement, vous devez aussi convaincre toute patrouille policière que vous croisez sur votre route, que vous n’êtes pas non plus une antenne des gangs criminels.  Sachez que si vous êtes jugé coupable, votre sentence sera prononcée et exécutée instantanément.  Les exécutions sommaires par les bandits et la police deviennent monnaie courante.  Je ne prétends pas vous saouler par les témoignages des citoyens aux mains de ces terroristes.  Venez et faites l’expérience vous-même dans les fiefs des gangs.  Et devenez le héros qui va montrer au peuple comment se rebeller contre ses assassins qui poussent une machine meurtrière avec un arsenal moderne très sophistiqué.  Si vous restez loin de tout danger, pendant que vous insistez malgré tout avec ces accusations légères contre les habitants des quartiers populaires, sachez que votre indifférence aux problèmes auxquels fait face ce peuple est criminelle.

Ce peuple, quand tout dépend de lui, fait le choix de citoyens et de citoyennes qui partagent les mêmes valeurs morales, culturelles, religieuses et historiques.  Si vous voyez des centaines de citoyens manifester sous la pression des armes des gangs, cela ne doit en aucune façon servir de preuves suffisantes pour montrer une quelconque affinité avec les assassins criminels qui enfoncent le pays davantage dans la misère et le sous-développement.  Le peuple n’a jamais choisi ni voté pour les miliciens duvaliéristes (les macoutes), ni pour les militaires putschistes, ni pour les militants de FRAPH, ni pour les gangs pro-lavalassiens, encore moins pour les terroristes de G9 et G-Pèp.

Pèp sa a konn gou bouch li.  Tôt ou tard, le peuple donnera son verdict aux criminels.  Et quand ce peuple décidera de se donner justice en appliquant la vieille formule de « koupe tèt boule kay » ou la nouvelle version : « Bwa Kale », pour dire non au « viv ansanm » avec des terroristes, j’espère que vous n’allez pas, cette fois, le traiter de « peuple sauvage ».

Castro Joseph

Politologue

Le 30 mars 2024.

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