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Le salaire minimum déguisé, rejeté par les ouvriers

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Ces derniers jours, Jovenel Moïse et son équipe d’incapables tentent de jouer à la manœuvre, pour casser le mouvement des revendications populaires, en prenant des mesures cosmétiques. En effet, la décision prise par le pouvoir d’augmenter le salaire minimum des ouvriers à 500 gourdes, a été rejeté par ces derniers, les ouvriers ayant jugé insuffisant l’augmentation de 19% du salaire minimum. Le Président de la République, à travers le gouvernement démissionnaire, a annoncé une augmentation du salaire minimum. Pour le secteur textile par exemple, les ouvriers recevront désormais 500 gourdes comme salaire, pour une journée de 8 heures de travail. Selon l’arrêté présidentiel, en date du 31 octobre 2019, publié dans le journal officiel de la République, «Le Moniteur», ces nouvelles dispositions entrent en vigueur depuis le 1er novembre 2019. L’ajustement à la hausse du salaire minimum, de 420 gourdes à 500 gourdes (+19%), annoncé par le Gouvernement pour une journée de 8 heures de travail dans les industries d’assemblage tournée vers l’exportation et autres industries manufacturières tournées vers l’exportation (Segment F), est jugée insuffisante par les ouvriers. Pour la Centrale nationale des syndicats ouvriers d’Haïti (CNOA), le nouveau barème de salaire minimum est insignifiant et estime qu’il s’agit d’une diversion du gouvernement pour casser la mobilisation des ouvriers qui demandent la démission du Président Jovenel Moïse. Dominique Saint-Éloi du CNOA, a rejeté d’un revers de main l’ajustement, indiquant que les revendications des ouvriers sont de 1 500 gourdes par jour, combiné à des avantages sociaux. «C’est un salaire de tuberculeux», a dit Saint-Éloi, expliquant que les ouvriers ne pourront pas acheter des produits de premières nécessités dont les prix ont connu une hausse exponentielle. Télémaque Pierre, leader syndical du secteur ouvrier, refuse, lui aussi, le salaire, arguant qu’il s’agit d’une action visant à casser la mobilisation des ouvriers. Il s’agit de la poudre aux yeux, a martelé M. Pierre. Il a fait part de la poursuite de la mobilisation, en vue d’obtenir la démission du chef de l’État, l’accusant de ne pas prendre en compte les revendications des ouvriers. L’ex-sénateur Steven Benoit, à l’origine de la loi sur le salaire minimum en 2009, considère que la proposition du Gouvernement est une réduction de salaire, en raison de l’inflation (19,5% en août, dernier chiffre officiel disponible). Il soutient que les ouvriers ne pourront vivre décemment avec un salaire mensuel de 123 dollars américains. De plus, il presse les autorités à modifier la loi sur l’impôt sur le revenu individuel, afin de maintenir l’exemption pour les faibles salaires du secteur de la sous-traitance. À rappeler qu’une proposition de loi, votée, le mardi 26 mars 2019, par la Chambre des députés, envisageait de porter le salaire minimum journalier, dans la branche de la sous-traitance, à 750,00 gourdes, au lieu de 420,00 gourdes, pour une journée de travail de 8 heures. Des organisations syndicales, dont la Centrale nationale des ouvrières et ouvriers haïtiens (CNOHA) et le Syndicat pour la rénovation des ouvriers haïtiens (SRODH) exigeaient un montant de 1500 gourdes comme salaire minimum journalier pour les travailleuses et travailleurs. À travers un arrêté en date du 31 octobre 2019, publié dans le journal officiel «Le Moniteur», le gouvernement démissionnaire, après délibération en conseil des ministres, fixe le nouveau salaire minimum, qui concerne plusieurs secteurs d’activité. La grille salariale est ainsi répartie:

Dans le «segment A» qui touche notamment les personnes travaillant dans les secteurs de l’électricité, de la télécommunication et de la finance, les ouvriers gagneront à partir du 1er novembre, 550 gourdes pour une journée de huit (8) heures de travail.

Pour le «segment B» qui regroupe des entreprises du secteur minier, des vêtements entre autres, le salaire est fixé désormais à 440 gourdes.

Dans le «segment C», regroupant notamment des travailleurs dans la restauration, de l’agriculture, les ouvriers percevront 385 gourdes comme salaire journalier.

Pour le personnel de service à domicile, regroupé dans le «segment E», le salaire minimum est passé désormais à 250 gourdes.

Dans le «segment F» qui rassemble les industries textiles et celles travaillant dans la manufacture, le salaire minimum est passé de 420 à 500 gourdes.

Le «segment G» qui contient les agences de sécurité et le secteur pétrolier, le salaire minimum est fixé à 440 gourdes.

Et dans le «segment H», considéré comme la dernière catégorie, où l’on trouve des écoles professionnelles privées et des institutions de santé privée, le salaire minimum est de 440 gourdes.

Réagissant à la publication de l’arrêté fixant le salaire minimum dans le pays, à 500 gourdes au lieu de 420 gourdes, annoncé pour une journée de 8 heures de travail dans les industries d’assemblage, l’économiste Eddy Labossière a vivement réagi ainsi  «il est clair que le salaire minimum proposé par le Gouvernement est un salaire d’esclave et est perçu comme un autre cadeau fait par le Gouvernement à l’oligarchie».

Emmanuel Saintus

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