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L’économie d’Haïti en chute libre

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L’augmentation croissante de violences, des enlèvements et des morts, causée par des membres des près de 300 gangs qui contrôlent 80% de la capitale, Port-au-Prince, a non seulement affectée négativement Haïti en 2023, mais aussi les performances de son économie, dont la production a de nouveau chuté pour la cinquième année consécutive.

Le rapport, du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme et le Bureau intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH), Volker Türk, révèle qu’au moins 3 960 personnes ont été tuées, 1 432, blessées, et 2 951, kidnappées, dans les violences liées aux gangs, cette année seulement (soit 1 Haïtien tué toutes les 2 heures).

Parallèlement, l’Institut Haïtien de Statistique et d’Informatique (IHSI) rapporte qu’en 2023 le produit intérieur Brut (PIB) d’Haïti (592 700 milliards de Gourdes soit ± 4 482 008 000 de dollars) a de nouveau plongé de -1,9%.  Soit -10,4% au total sur 5 ans.

De plus, Haïti affiche une inflation à deux chiffres de 22,8%, en glissement annuel (novembre 2023), l’un des taux parmi les plus élevés du continent américain (dominé par le Venezuela 182%).  Haïti se classe dans le TOP 15 des pays à forte inflation à l’échelle mondiale.

La suspension du commerce frontalier pendant près de 50 jours, entre le 13 septembre et le 31 octobre 2023 a représenté, en partie, un impact sur l’économie haïtienne, car la République Dominicaine est le deuxième partenaire commercial d’Haïti après les États-Unis.  Durant les 7 semaines de fermeture, ProDominicana estime les pertes de revenus à 140 millions de dollars.

Le gouverneur, Ronald Gabriel, explique la baisse du taux de change constatée ces derniers jours.  Le nouveau gouverneur de la Banque de la République d’Haïti (BRH), intervenant à l’émission Rendez-vous économique, animée par l’économiste Kesner Pharel, a apporté des explications, en faisant une analyse poussée sur le regain de force de la gourde par rapport au dollar.  Actuellement, on n’est plus à 153 gourdes pour un dollar, comme ce fut le cas au courant de l’année, mais à environ 132 gourdes, selon le taux de change de référence, publié le mercredi 3 décembre par la banque centrale.  Ronald Gabriel, dans son intervention, a évoqué les défis rencontrés au cours de cette année économique très difficile et qui ont contribué à rendre instable le taux de change.  Il cite l’insécurité qui a causé des dommages extrêmement importants sur le fonctionnement des activités économiques, d’abord par la rupture des circuits d’approvisionnement qui entraine un manque de mobilité des facteurs de production ainsi que l’arrêt de certaines entreprises dans les zones les plus difficiles.  Ces facteurs négatifs ont provoqué une altération des prix relatifs et une augmentation de l’inflation de près de 50%, constatée pendant tout le premier semestre de l’année écoulée.  Le deuxième coût de l’insécurité c’est sur le capital humain, affirme le gouverneur qui précise au passage que la fuite des cerveaux qu’a connu le pays cette année, touche à la fois les secteurs public et privé.  Le départ des personnels qualifiés vers l’étranger à des impacts sur le fonctionnement des entreprises, par exemple l’industrie bancaire qui a enregistré pour 2023, près de 243 cas de démission au niveau des fonctions critiques, comme la conformité et autres. Toutefois, Ronald Gabriel n’explique pas cette fuite de cerveaux par la cause de l’insécurité uniquement mais également au regard des opportunités que peuvent offrir d’autres cieux.

Quant aux facteurs qui ont permis de faire baisser cette pression sur la monnaie locale qui était très volatile en début d’année, le gouverneur avance qu’à partir du deuxième semestre, il y a eu une amélioration dans le fonctionnement et la performance des organismes de perception, notamment, au niveau de la douane, grâce aux mesures administratives qui permettent à l’État d’avoir plus de recettes.  Aussi, nous avons constaté, dit-il, une diminution de plus de 200 % des pertes sur les recettes de produits pétroliers ainsi qu’une meilleure distribution de ces produits qui a fait fléchir la dynamique qui n’augmente plus au même rythme qu’autrefois. 

L’économiste Ronald Gabriel met en avant aussi les efforts consentis par le gouvernement et la Banque centrale pour un meilleur comportement dans la gestion des finances publiques, en ce sens que le financement monétaire est passé de 49 milliards de gourdes à 17 milliards de gourdes en 2023.  Ceci a pour conséquence d’éliminer les liquidités générées dans l’économie et donc favorise une stabilité du taux de change.

Un autre facteur influant sur le taux de change que le gouverneur a mis en avant c’est la réponse apportée par les mesures de politique monétaire.  Il précise que la BRH a toujours une posture serrée de politique monétaire.  Les taux d’intérêts ont été révisés à la hausse, même depuis le début de l’année.  Ils sont fixés à 6, 8 et 11,5 % sur les bons BRH, par rapport à 4,6 et 8%.  Et la banque ajoute-t-il, maintient toujours la Réserve Obligatoire en appliquant une politique d’assèchement de liquidité.  

Par ailleurs, M. Gabriel a évoqué la circulaire 114-3 qui fait obligation aux banques et maisons de transfert de payer les transferts internationaux en gourdes, dans tous leurs points de service, au taux de référence calculé par la BRH.  Selon lui, en raison de cette disposition, en forçant les acteurs à faire la majorité des opérations de changes dans le secteur formel, on a enregistré 50 et 60 millions de dollars de transactions sur le marché formel, contrairement à 30 et 40 millions de dollars par le passé.  Le marché formel est donc mieux approvisionné, ce qui contribue à stabiliser le taux de change.

Emmanuel Saintus

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