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Objectif : vite, un nouvel Accord, en décembre 2023!

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Celles et ceux, qui s’attendaient à un dénouement à court terme de la situation en Haïti, seront bien
déçus, car ce n’est vraiment pas à l’ordre du jour, du moins pas pour tout de suite. À la pêche, quand
on veut remonter un poisson retors et turbulent, les amateurs de ce sport le savent bien, il faut le
fatiguer. Une fois qu’il aura mordu à l’hameçon, il faut le balader, lui laisser du mou, pour qu’il pense
pouvoir s’échapper, et puis tranquillement le tirer, l’attirer, jusqu’à le fatiguer, assez pour qu’il se lasse
et se laisse hisser dans la barque d’où il ne pourra plus sortir. Il arrive même parfois, lorsque la prise
est belle mais aussi un peu difficile à remonter, qu’on se fasse aider par d’autres, des pêcheurs
également ou de simples badauds, qui prêtent leurs concours espérant prendre part, plus tard, à la
curée. Cela se fait rarement de bonne grâce. Presque toujours, c’est du donnant-donnant. C’est un
concours contre rétribution, un échange de faveur, un troc quelconque.
Celles et ceux qui, de bonne foi peut-être, s’attendaient à un dénouement rapide de la crise,
l’espéraient déjà depuis le 11 septembre 2021. Ce dit « Accord pour une gouvernance apaisée et
efficace » comprenait 28 articles dont l’essentiel était : de rétablir le climat sécuritaire du pays,
d’organiser les élections à tous les niveaux dans le pays, afin de retourner à la normalité
constitutionnelle avant même la fin de l’année 2022; et de soulager la misère et la détresse de la
population. Plus d’une vingtaine de partis politiques, parmi lesquels : Fusion, SDP, MTV-Ayiti et
INITE, avaient alors paraphé cet Accord. Tous ces partis politiques ne peuvent pas être traités de
crédules. Ils avaient dû avoir suffisamment de garantie de la part du gouvernement provisoire en place,
pour prêter foi à ces promesses et apposer leur signature au bas de cet Accord. Moi aussi, sans
vraiment y croire, j’étais prêt à donner une chance au coureur. Après tout, il n’y avait pas une
meilleure proposition sur la table, et le nouveau Premier Ministre a. i. avait bien commencé une
certaine mise en place. D’abord, il s’était délesté de certains irritants qui traînaient dans le paysage.
Des ministres trop remuants et assez décriés dans la population sont démis de leurs fonctions, à
l’initiative du Premier Ministre Ariel Henry, dès le 16 septembre. Il s’agit des ministres Claude Joseph,
des Affaires Étrangères, et de Rockfeller Vincent, de la Justice. Le chef du Parquet de Port-au-Prince,
Me Bed-Ford Claude, lui aussi, est emporté dans cette vague de limogeage. Puis, le soi-disant C.E.P.,
installé en dehors des normes constitutionnelles par le Président Jovenel Moïse, de son vivant, a été
dégommé par les soins du nouveau Premier Ministre a. i., au cours de ce même mois de septembre.
« Le gouvernement de la République a, par arrêté, en date de ce lundi 27 septembre 2021, libéré les
membres du CEP de leurs liens avec l’Administration publique », annonce la Primature.  Cela, alors,
augurait bien pour la suite des choses. M. Ariel Henry semblait aller d’un bon pas en besogne, et, à ce
train-là, il était permis d’espérer qu’il tienne ses promesses. Et puis, le 24 novembre, le gouvernement
provisoire est replâtré avec l’ajout de deux nouveaux partenaires et une légère partie de chaise musicale
avec le reste du Conseil des Ministres. Cela bougeait vite.
Et puis, vint une pause. Une longue pause. Plus rien de concret. Aucune nouvelle disposition
pour aboutir aux objectifs que, pourtant, il s’était lui-même fixés. Et le pays continue, sans ralentir, sa
descente aux enfers. Les bandits ne chôment pas. Oh que non! Même qu’ils sont plus enhardis. Le
gouvernement d’Ariel Henry est incapable d’atteindre aucun de ses objectifs. Pis encore, personne ne
peut témoigner d’une quelconque initiative de sa part pour mitiger les dégâts. Alors, il rajoute une
couche de plus à ses objectifs, comme si les autres ne suffisaient pas. On va devoir changer, une autre
fois, la Constitution, pour mieux l’ajuster aux désidératas de certains et la rendre moins contraignante,
plus souple, afin de l’adapter aux contours sinueux des règles, certaines d’entre elles venues d’ailleurs
et imposées en nos hauts-lieux. 15 mois plus tard, et puis rien n’ayant bougé, ou presque, il fallait
donner une certaine illusion de mouvement. Des appels à l’ONU, puis à l’OEA, enfin à la CARICOM.
Pourquoi pas à l’OTAN, au BRIC ou à l’OUA (Organisation de l’Union Africaine) ? D’ailleurs, Haïti a
déjà été membre, si elle ne l’est pas toujours, de tous ces regroupements de pays, sauf du BRIC.
Comme par hasard, c’est l’ONU qui finit par prendre une Résolution pour une Mission « non-

onusienne » en Haïti, mais dirigée par un des pays membres de l’OUA, appuyée par des nations
membres de la CARICOM, mais avec un financement des pays membres de l’OEA. Vous voyez le
fourre-tout? Une chatte y perdrait ses chatons mais pas nous. Oh que non! Le poisson est bel et bien
ferré. On n’a plus qu’à le fatiguer, à le tourner en rond jusqu’à lui faire attraper le vertige, et le tour sera
joué. Du moins, c’est ce que d’aucuns espèrent. Mais le poisson tient encore bon, contre toute attente.
Il est un peu « desounen », il est vrai, et pour cause. Certains de ses leaders, qui traînaient trop de
bagages depuis déjà assez longtemps, ont aujourd’hui le souffle court. C’est dur de nager à contre-
courant de la conjoncture, surtout lorsqu’on se fait assener des sanctions, sans trop de moyens de
recours. Alors, certains se terrent et prennent leur trou. Ils laissent passer l’orage, espérant surfer après
coup. La société, chez nous, a la mémoire sélective et très courte. On vise un autre accord : cela a
marché une fois déjà. Alors, pourquoi pas une deuxième fois ? Ainsi naquit l’Accord du 21 décembre

  1.  Ce nouvel Accord s’intitule : « Consensus National pour une Transition Inclusive et des
    Élections Transparentes ». Transition incluant qui ? Et des élections transparentes par rapport à quoi?
    On s’en balance. Les anciens signataires de l’Accord précédent consentent, pour la plupart, à parapher
    cette dernière mouture : FUSION, INITE, SDP, NOULHA, VERITE, Kolektif Fanm Angaje, ARN,
    PNN, LAVNI e latriye. La plupart des partis politiques d’importance s’en abstiennent : OPL, Fanmi
    Lavalas, GREH, et même PHTK, le parti du président assassiné. Et pour cause, car ils ne font pas
    confiance à Ariel Henry et à son gouvernement pour tenir parole. On ne peut le leur reprocher car, à
    date, ce dernier n’a rien accouché de son beau programme. Alors, pourquoi cela devrait-il changer
    cette fois? Ils n’ont pas tout à fait tort. 12 mois plus tard, rien n’a vraiment changé. L’Accord du 21
    décembre 2022 stipulait ceci : la période de transition durera 14 mois; des nouvelles élections générales
    se tiendront en 2023; un gouvernement nouvellement élu prendra le pouvoir le 7 février 2024 et la
    première année du mandat de ce premier gouvernement post-réforme commencera à cette date. Pour ce
    faire, le gouvernement provisoire s’adjoindra un Haut Conseil de la Transition (HCT) et un Organe de
    Contrôle de l’Action Gouvernementale (OCAG). Ariel Henry, selon cet Accord, sévira à la tête du
    gouvernement jusqu’au 7 février 2024, date à laquelle il devra transférer le pouvoir à un autre
    gouvernement. Il en a lui-même convenu. Mais voilà, 12 mois plus tard, à part un HCT, évidé de toute
    substance et de tout pouvoir, aucun élément de son beau programme n’a été réalisé. Puisque la
    formule des Accords à répétition avait bien fonctionné jusqu’ici pour faire passer le temps, le
    gouvernement est à pied-d’œuvre pour en concocter un troisième. Celui-ci pourrait durer un peu plus
    longtemps, disons : 18 mois au lieu d’un an. Des facilitateurs travaillent d’arrache-pied pour le mettre
    au point. Comme l’on dit, en certaines contrées : jamais deux sans trois. Et puis, 18 mois plus tard, on
    verra…
    En attendant, il faut bien distraire la galerie, pour se changer un peu les idées. Quoi de mieux
    que l’apparition d’un nouveau sauveur, celui-là fraîchement sorti d’une geôle américaine? On n’en fait
    pas mieux, n’est-ce pas? Il y a bien eu, pendant ces derniers mois, des espoirs fondés sur l’arrivée
    imminente des Kényans. Mais cela commence à coûter de plus en plus cher, paraît-il. La surenchère
    n’a pas tardé à intervenir. Après tout, ils ne sont pas plus fous que d’autres, ces Kényans. 100
    millions, c’est le montant qui avait été d’abord avancé par les Américains, comme montant cible. 200
    millions, avaient adjugé les autorités kényanes. Mais cela a évolué entre temps, semble-t-il. On parle
    de plus en plus de 500 millions, rien de moins. Et rubis sur l’ongle, s’il vous plaît. Sans quoi, ti Marie
    pa p fè yon pa. À vous d’y voir. Peut-être mieux : à nous d’y voir et d’y mettre bon ordre. De la mi-
    décembre 2023, comme on avait anticipé le début du déploiement, avec une bonne dose d’optimisme,
    on le reporte maintenant au mois de février, car le dossier est devant une Cour de justice au Kenya. Il
    appert que ces honorables magistrats ont beaucoup d’autres dossiers à étudier et que celui du
    déploiement de la force d’intervention kényane n’a pas nécessairement préséance sur les autres fers
    déjà au feu. Alors, on prend un numéro et on attend son tour.
    Pendant qu’on se change les idées dans la population avec la venue du nouveau sauveur, le
    Groupe des Éminentes Personnalités de la CARICOM (GEP) annonce leur retour au pays pour une

ultime ronde de facilitation entre l’opposition et le gouvernement, du 6 au 14 décembre. Cette fois-ci,
le GEP, qui arrive demain au pays, s’est assuré que le menu des discussions a été dûment distribué et
que les documents de travail sont préalablement partagés entre les participants invités. Et non, le
nouveau sauveur ne sera pas de la partie. Pas cette fois, en tous cas. Il se serait trouvé en garde à vue
ces derniers jours, à la DCPJ, après sa déportation peu glorieuse par les services d’immigration
américains vers Haïti, de sorte qu’il n’aurait pas eu le temps ni la latitude de consulter correctement ces
documents, occupé qu’il était à se faire libérer. Mais parions qu’il s’invitera au cénacle, la prochaine
fois. Déjà, les accusations à son endroit, concernant son implication alléguée dans l’assassinat de Tison
Jean-Louis lors de l’attaque en mai 2016 menée contre l’UDMO, la prison civile et le commissariat des
Cayes auraient été levées, et il serait désormais libre comme l’air pour vaquer à ses occupations
coutumières. Néanmoins, l’étiquette infamante d’avoir reconnu sa culpabilité à l’étranger pour des
accusations criminelles et d’avoir été écroué en vertu de ces condamnations, en conséquence, collera
indéfiniment au personnage et devrait lui valoir ce que de droit. Mais, on en a vu d’autres, n’est-ce
pas… Un autre dossier à suivre… L’objectif en vue, pour le GEP, est d’accoucher d’une énième
version de l’Accord du 11 septembre 2021, devenu Accord du 21 décembre 2022 mais qui deviendrait
l’Accord du mois de décembre 2023, paraphé par une plus large cohorte de partis, de mouvements et
autres regroupements d’appellations diverses. Il n’y a pas une grande rareté de cette ressource, Dieu
merci. On en trouvera, c’est certain. Déjà, Mme Maria Isabel Salvador et le BINUH se seraient mis
en quête d’en recruter quelques-unes et la pêche miraculeuse a ciblé les groupements féminins au pays,
cette fois, pour allonger le nombre des convives. Une Table Ronde des Leaders politiques Féminines
est organisée le 27 novembre dernier par le BINUH, pour discuter de leur intégration dans les
discussions politiques en cours. La date précise de la signature de l’éventuel Accord de Décembre
2023 n’est pas encore déterminée, si jamais on y parvient. Toutefois, on va mettre le paquet pour y
arriver avant Noël … ou avant le 7 février 2024. Et il ne manquera pas de signataires, comme à
l’accoutumée.
En tout état de cause, au 7 février 2024, entendons-nous bien, il ne faudrait pas s’attendre à un
miracle. Non, les élections promises par Ariel Henry pour prolonger son mandat provisoire jusqu’au 7
février 2024 n’ont pas eu lieu entre temps ni ne se tiendront d’ici là. Le cap, désormais, est mis sur une
autre date butoir : 7 février 2025 ou 7 juillet 2025. Avec quel gouvernement, avec quel arrimage?
C’est une autre question dont on n’a pas encore la réponse, pour le moment. Décidément, le numéro 7
revient souvent dans nos annales ces derniers temps. Pour le meilleur ou pour le pire, cela dépend des
perspectives…
Pierre-Michel Augustin
le 5 décembre 2023

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