HomePerspective & PolitiqueIl faut parfois faire ce que doit et en accepter les conséquences…

Il faut parfois faire ce que doit et en accepter les conséquences…

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Les peuples aux abois s’accrochent à tout ce qu’ils trouvent dans leur chute éperdue: aux brindilles, à la
poussière de rêves, aux mensonges éhontés et aux leurres que d’aucuns placent sur leur passage. Tout,
mais alors tout, est sujet à faire mousser, pour eux, un peu d’espoir dont les bulles ne résisteront à
aucune épreuve et éclateront immanquablement au premier rayon de vérité. Nous en sommes là, et
nous nous accrochons invariablement à ces stratagèmes qui, pour nous, tiennent lieu de stratégies de
sortie de crise mais qui ne sont, tout compte fait, que des gris-gris, des wanga politiques placés
ostensiblement à ce carrefour de notre trajectoire de peuple en dérive. Et, tout comme ces wanga, tout
comme ces gris-gris, ce ne sont que des camelotes qui n’ont aucune prise sur notre réalité. En
conséquence, ils n’exercent aucune influence sur notre devenir délétère de peuple en chute libre.
La semaine dernière, le Conseil de Sécurité des Nations Unies s’était réuni pour se pencher, une
autre fois, sur le dossier de la République d’Haïti. Après s’être exprimé plusieurs fois déjà sur notre
situation et s’être buté autant de fois sur le scepticisme de la République Populaire de Chine et sur
l’opposition catégorique de la Fédération de Russie, le Conseil, à l’unanimité, a convenu de la
Résolution 2692 (2023). Celle-ci, entre autres, essentiellement: «prie le Secrétaire général de lui
soumettre un rapport écrit, en consultation avec Haïti, dans les trente jours, décrivant toute la gamme
des possibilités d’appui que pourrait fournir l’ONU pour améliorer l’état de la sécurité, notamment
mais  non exclusivement, l’appui à la lutte contre le commerce et le détournement illicites d’armes et
de matériel connexe; la formation supplémentaire de la Police nationale d’Haïti (PNH); l’appui à une
force multinationale non onusienne; ou la possibilité d’une opération de maintien de la paix, dans le
cadre d’un règlement politique en Haïti.» «Condamnant avec la plus grande fermeté l’intensification
de la violence, des activités criminelles et des violations des droits humains en Haïti, le Conseil de
sécurité a décidé vendredi de proroger jusqu’au 15 juillet 2024 le mandat du Bureau intégré des
Nations Unies en Haïti (BINUH)… Le Conseil décide que le groupe du BINUH , chargé des questions
touchant à la police et aux services pénitentiaires, intégrera jusqu’à 70 civils et agents en détachement,
qui exerceront des fonctions de conseillers pour les questions de police et pour les affaires
pénitentiaires sous la direction d’un chef de la police civile des Nations Unies, et qu’il intensifiera son
appui stratégique et consultatif aux moyens de formation et d’enquête de la Police nationale d’Haïti.»
Fin de citation.
Tout de suite après l’adoption de cette Résolution, les esprits, dans nos chaumières, se sont
emballés dans toutes sortes de directions, sans tenir compte de ce qui est écrit, noir sur blanc, dans ce
texte assez limpide, ma foi. Pour un, le Premier Ministre, Ariel Henry, y voyait déjà l’arrivée prochaine
de cette «force multinationale robuste» qui, enfin, viendrait combattre pour nous les gangs armés, à
notre place, et nous en libérer. Cette interprétation a eu l’effet d’un feu de brousse et a enflammé La
Toile. Peu de gens se sont attardés à lire le texte complet de cette Résolution. Toutefois, dans les faits,
le Conseil de Sécurité avait pris très peu de décisions inhabituelles. En dehors de reconduire le mandat
du BINUH pour une autre année, il a aussi décidé d’ajouter une cohorte de 70 civils et agents en
détachement pour la PNH et les services pénitentiaires du pays, et cela, sous la direction d’un chef de la
police civile des Nations Unies. Autant nous dire le faible degré de confiance du Conseil de Sécurité en
l’autorité du Chef de notre PNH. La Résolution ne dit pas entre le Chef de police civile des Nations
Unies et le D.G. de la PNH, lequel sera le subordonné de l’autre. En outre, ce n’est pas avec ce genre
de renfort que l’on peut espérer monter une opération tous azimuts contre les bandits. Quelqu’un
quelque part serait donc en train de transmettre un message codé et se serait assuré que son destinataire
en comprenne tous les tenants et aboutissants, sans même avoir à lui en envoyer le code.
Le Conseil de Sécurité a aussi pris la décision de «prier» le Secrétaire Général de lui soumettre,
dans un délai de 30 jours, un rapport «écrit», détaillé, quant aux différentes options, toutes les options,
et pas seulement une intervention robuste, qui lui sont possibles, pour aider à combattre les gangsters
en Haïti. Il suggère en plus certaines pistes à considérer, notamment: l’appui à la lutte contre le

commerce et le détournement illicites d’armes et de matériel connexe. Or, cette piste est simple à
suivre. Les armes et les munitions qui alimentent les bandits en Haïti viennent principalement
sinon entièrement des États-Unis. Elles partent de ce pays et atterrissent dans le nôtre, en passant
par nos douanes, et en transitant, parfois, par la République Dominicaine, pour ensuite traverser
notre seule frontière terrestre. Il n’y a donc pas lieu de chercher bien loin ni de mener une enquête
extensive. Il se trouve aussi que les États-Unis, depuis le coup d’État de 1991, sont censés appliquer un
embargo sur la vente des armes en Haïti, à l’État comme aux particuliers. On sent ici, dans la
formulation de la Résolution 2692 (2023), une indexation indirecte mais assez nette des États-Unis
d’Amérique dans la prolifération illicite des armes en Haïti. Pour ma part, je souhaiterais vivement que
le Conseil de Sécurité aille un peu plus loin et brandisse la menace d’une demande de réparation devant
les tribunaux internationaux, à l’encontre des pays, des institutions, des entreprises et des individus
impliqués dans le commerce illicite des armes au pays. Tout comme le trafic international des
narcotiques, susceptible de causer des dommages graves à des sociétés, est sanctionné
internationalement et les coupables sont dûment sanctionnés par la Loi, il devrait en être de même pour
celles et ceux qui s’adonnent au crime du trafic illicite d’armes et de munitions. Des saisies sur leurs
biens, investissements et capitaux devraient pouvoir être appliquées et des interdictions de voyages
devraient être applicables en amont, comme en aval, aux auteurs intellectuels comme aux facilitateurs,
aux courtiers et aux perpétrateurs de ce crime transnational.
Je dis tout cela, sachant fort bien qu’il reste dans le domaine du souhait qui ne risque pas de se
réaliser de sitôt. Les Résolutions du Conseil de Sécurité et même celles de l’Assemblée Générale des
Nations Unies ont leur limite et aboutissent souvent dans le tiroir des objets perdus, sans suite, de cette
institution opportunément impotente. Beaucoup de pays les ont ignorées et foulées au pied
impunément, et cela, à répétition. De nombreuses Résolutions de ce genre ont été déjà prises,
condamnant l’embargo des États-Unis sur la République de Cuba, sans rien pouvoir y changer. L’État
d’Israël en a eu son ample part, en raison de ses relations avec l’État de la Palestine, sans que cela
donne un résultat quelconque. Et je pourrais allonger la liste encore longtemps. La Résolution 2692
(2023), tout comme bien d’autres Résolutions de l’ONU ou de son Conseil de Sécurité pourrait ne pas
valoir plus cher que le papier sur lequel elle a été rédigée.
Néanmoins, deux notes particulièrement discordantes sont venues dérangées cette harmonie de
complaisante indifférence de la Communauté Internationale par rapport à Haïti. D’abord, celle de Sir
Ronald Michael Sanders, diplomate au long cours dont le curriculum et les états de services ne sont
plus à établir dans les cercles supérieurs de la diplomatie mondiale. C’est un pavé énorme qu’il a laissé
tomber dans la mare. Il est arrivé à la conclusion qu’Haïti a définitivement besoin d’un authentique
gouvernement de transition et que le Dr Henry devrait envisager de se retirer, pour faciliter la
convocation de parties volontaires, en vue de la désignation d’un gouvernement de transition auquel il
ne devrait pas participer, sauf si cela est convenu et accepté par le groupe à large base. Et c’est ce
gouvernement de transition qui devrait fournir à la Communauté Internationale les besoins prioritaires
du pays, en garantissant toutes les mesures de lutte contre la corruption et l’utilisation politique des
ressources. Et vlan! Parallèlement, un regroupement d’organismes américains spécialisés en droit:
Global Justice Clinic, New York University School of Law International Human Rights Clinic and
Harvard Law School, adressait conjointement une lettre au Secrétaire d’État américain, Anthony
Blinken, et au Secrétaire d’État pour les Affaires de l’hémisphère occidental, Brian A. Nichols, pour
demander au gouvernement américain d’arrêter d’appuyer aveuglément le régime illégitime du Dr
Henry qui est le principal obstacle à tout déblocage dans la situation politique en Haïti. Et re-vlan!
Je sais aussi que ces deux déclarations publiques, de personnalités et d’institutions étrangères
d’importance, en contrepied par rapport au chorus généralement en appui à Ariel Henry et à son
régime, à elles seules, ne feront pas le contrepoids nécessaire pour changer les données de tout au tout.
Néanmoins, elles constituent un socle sur lequel bâtir un mouvement qui finira, peut-être, par faire
bouger les choses au pays.

À cette date, la population a essayé de nombreuses stratégies. Le peyi lòk a fait son temps et il
n’a pas donné les résultats escomptés. Il a juste grippé suffisamment la machine pour la dérailler un
peu. Les appels inlassables du gouvernement d’Ariel Henry pour une intervention étrangère robuste
s’étiolent aussi. On commence, paraît-il, à lire les cartes dont il dispose. Il bluffe un peu car il n’a pas
tous les atouts en mains. L’opposition non plus. Le Bwa kale aussi s’est essoufflé, pour le plus grand
répit des bandits de toutes sortes. On en est là: au carrefour de toutes les réponses possibles à une
situation qui ne doit plus durer très longtemps.
À force d’essayer, on finira peut-être par trouver la parade. Haïti aurait besoin maintenant d’un
service complet de mise à niveau, et pas seulement d’une réforme à la sauvette. Et elle pourrait bien
finir par l’obtenir, au bout du compte, sans l’aide de personne d’autre que de ses propres citoyennes et
citoyens. À force d’essayer maintes et maintes fois et après avoir testé plusieurs combinaisons, sans
résultats, quand on aura bouclé la boucle, on s’apercevra peut-être que l’illustre Jean-Jacques
Dessalines l’avait trouvée, depuis longtemps, la bonne stratégie. On s’apercevra alors que le Bwa Kale
épisodique, au bout du compte et à côté de ce overhaul total-kapital, ce n’était que du pipi de chat. Car
on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs ni sans payer de sa personne dans la cuisine. Par contre,
lorsque sera venu le temps de ce recalibrage majeur, cela risque de décoiffer plus d’un, de les sortir un
peu de leur zone de confort et de déranger beaucoup de monde aux alentours. Mais, que voulez-vous?
Finalement, il faut parfois se salir les mains pour faire maison nette, curer nos égouts politiques pour
enfin nous sortir de la pestilence qui s’en dégage et qui incommode tout le monde à la ronde…
Pierre-Michel Augustin
le 18 juillet 2023.

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