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L’échéance du 7 février 2024…

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D’aucuns se questionnent sur cette date et la perçoivent comme une échéance, une date butoir, comme un
moment charnière auquel le pays basculera dans une autre perspective, dans un nouveau paradigme qui
redéfinira son parcours, dans un sens ou dans l’autre, pendant un cycle encore indéfini. Mais qu’en sera-t-
il, vraiment? Des oracles de tous acabits en ont supputé leur pronostic. Toutefois, on les a déjà vus à
l’œuvre, du moins, pour la plupart d’entre elles et d’entre eux, dans d’autres circonstances. Neuf fois sur
dix, donc plus souvent qu’autrement, nos Antoine-nan Gonmye de pacotille, se sont révélé de bien piètres
voyants. Alors, pourquoi ne se tromperaient-ils pas une autre fois, comme à l’accoutumée? Il n’empêche
que d’ici environ 80 jours, on arrivera à cette date du 7 février à laquelle le pays devrait avoir été doté d’un
gouvernement flambant neuf, adossé à des parlementaires des deux Chambres, au grand complet. Je vous
fais grâce des autres élus plus ou moins mineurs mais d’importance, en raison de la proximité de leurs
services à leurs commettants, je parle ici des maires et mairesses, des membres des ASECs et des
CASECs, et des Délégués (es) de villes, autant d’autres élus (es) à pourvoir mais dont l’élection pourrait
souffrir encore un léger retard de réalisation. Oui, qu’en sera-t-il de cette échéance constitutionnelle, au 7
février 2024?
Comme d’habitude, les avis sont divers et plus nuancés que les couleurs de l’arc-en-ciel. Tout le
monde en a un. Moi aussi, d’ailleurs. Mais commençons par celui des ayant droit: celles et ceux qui
détiennent le pouvoir maintenant ou qui pensent être aux commandes, sans l’être pour vrai. La Présidente
du HCT, à toute Seigneure tout honneur, nous a fait récemment une démonstration absolument
vertigineuse de la langue de bois politique et du flip-flop sur cette question. Dans un premier temps, elle
s’était prononcée sur cette date, lors d’une entrevue qu’elle avait accordée à Radio Kiskeya, le 1 er
novembre 2023, et la plupart des observateurs avaient alors bien compris qu’elle remettait en question la
continuité du régime en place, après le 7 février 2024. Du moins, tout dans ses propos le laissait croire.
Mais voilà, c’est une chance que les journalistes aient l’habitude d’élucider et de clarifier les propos
circulaires de nos personnages! Une manie des détails pour certains, un bon pli professionnel, diraient
d’autres. Et, toute Présidente du HCT qu’elle soit, elle n’allait pas s’en tirer à si bon compte. On n’allait
pas la laisser se cantonner dans des ronrons évasifs sur cette question. Taraudée par Mme Marie Lucie
Bonhomme, une journaliste qui en a vu d’autres, lors d’une entrevue, celle-là sur Radio Télé Vision 2000,
le 10 novembre 2023, Mme Mirlande Manigat a alors opéré un salto politique dont la réception ne fut pas
des plus réussie. En tout cas, ce fut bien essayé, mais personne ne fut dupe de sa pirouette intellectuelle et
politique. Sur Radio Kiskeya, elle avait tenu un discours qui délégitimait le maintien du régime d’Ariel
Henry, passée la date du 7 février 2024 car, selon les prescrits de l’Accord du 21 décembre 2022 auquel
elle souscrit également, il est écrit qu’au cours de l’année 2023, le gouvernement parviendra à réaliser des
élections, de sorte qu’au 7 février 2024, le pouvoir sera remis à un gouvernement légitime, issu des
élections libres, honnêtes et démocratiques qui auront également permis de choisir les membres des 2
Chambres du Parlement. Alors, toujours à son avis, si le gouvernement en place ne tient pas parole, il lui
faudra tout simplement en tirer les conséquences. Et, pis encore, s’il n’a même pas tenté de parvenir à ces
objectifs qu’il s’est lui-même donnés, il faudra lui en tenir rigueur et prendre les décisions qui s’imposent.
Après cette première entrevue dont la teneur avait surpris quelques-uns, Mme Manigat s’était mérité des
félicitations du Dr Claude Joseph, entre autres, pour «cette prise de position courageuse et cette admission
publique » de la fin du mandat de ce gouvernement au 7 février 2024, disait-il.
Entre temps, Mme Manigat a dû obtenir quelques explications qui l’ont convaincue de faire une
volte-face publique sur cette question, quitte à écorner, un peu plus, le lustre qui est resté encore attaché à
sa réputation jadis de politique et d’intellectuelle de belle eau. Elle aura probablement eu quelques
échanges avec Mme Maria Isabel Salvador qui ne l’entend pas du tout de cette oreille, et qui professe et
promeut le maintien en poste de l’équipe actuelle, envers et malgré tout. En effet, la Cheffe du BINUH ne
démord pas de l’expérience de transition politique qui a cours au pays. Et, pour elle, cela devrait se
poursuivre jusqu’à la tenue éventuelle des élections, lorsque les conditions permettront leur réalisation. Peu
importe le temps que cela prendra. Il est évident pour elle que, pour le moment, les conditions ne sont pas

réunies. De cela, presque tout le monde conviendra. Mais ce ne le deviendra pas non plus, si aucune
initiative n’est engagée en ce sens par les détenteurs du pouvoir qui auront alors beau jeu de faire traîner
les choses et de profiter de leur propre inaction en la matière.
Inutile de vous dire que le gouvernement et ses alliés politiques partagent également l’idée de
conserver le pouvoir par-devers eux, per fas et nefas. En fait, on prétexte même de cette insécurité
galopante, dans le département de l’Ouest et dans le département de l’Artibonite tout particulièrement,
pour maintenir la situation politique dans son état actuel. Le gouvernement compte uniquement sur une
éventuelle arrivée de forces étrangères, pour juguler l’insécurité et faciliter la tenue des élections, sans rien
prendre comme initiative locale d’envergure, susceptible de le faire par nous-mêmes, convaincu qu’il est
que nous en sommes tout à fait incapables, sans avoir essayé quoi que ce soit. Entre temps, le
gouvernement, dit provisoire, d’Ariel Henry, ne se contente pas d’expédier les affaires courantes, comme
cela devrait être sa prérogative essentielle, en plus de préparer la tenue des élections. Il installe son propre
monde et celui de certains de ses associés, aux commandes des leviers du pays. Il nomme des juges à lui à
la Cour de Cassation, et ses directeurs généraux, dans les administrations et agences gouvernementales. Il
entreprend des démarches en vue de signer des contrats engageant l’État et ses propres successeurs. En
septembre dernier, c’est le Premier Ministre lui-même qui confiait avoir tenu des discussions pour un
contrat avec des partenaires étrangers, dans le domaine du tourisme, aux États-Unis. Quel tourisme, par les
temps qui courent ? Et il revient de l’Arabie Saoudite où il est réputé avoir eu des rencontres, en vue de
contracter avec des éventuels fournisseurs étrangers. J’allais oublier les démarches en vue de la signature
de contrats également, avec la République du Mexique. Pourtant, ce genre de démarche en relations
commerciales et étrangères est essentiellement une «prérogative présidentielle» dont il n’a pas le titre,
officiellement. Et, même quand il l’aurait, de tels contrats devront être soumis à la ratification d’un
Parlement en session, pour qu’ils deviennent valides, selon notre Constitution encore en vigueur
(référence: article 139-1 de la Constitution de 1987, amendée). Sans quoi, n’importe quel gouvernement
par la suite, légitimement élu, pourrait les contester et les dénoncer. Cela ne voudrait pas dire pour autant
que l’on serait épargné des tracas que de telles contestations pourraient valoir au pays, surtout en
provenance de pays disposant de puissantes relations et en mesure de nous infliger des pénalités et des
sanctions économiques, commerciales et financières dont la République pourrait bien se passer. Il ne serait
certainement pas superflu, à cet égard, que les organisations politiques et leurs leaders, séparément, mais
mieux encore, de façon concertée, prennent position sur ce dossier et mettent en garde les éventuels
proposeurs d’engagement à long terme avec ce gouvernement, des risques inhérents avec la signature de
tels accords, quant à leur reconnaissance après coup, par les autorités légitimes à venir, sans le respect des
protocoles prévus à cet effet par notre Constitution encore en vigueur.
Face à la volonté d’une prolongation indéfinie du mandat de ce gouvernement, plusieurs
regroupements de l’opposition politique expriment timidement leur désarroi et exposent leur incapacité à
faire front commun et à forcer une issue différente, à la date du 7 février 2024. Les signataires de
l’Accord Montana voudraient le renvoi de ce gouvernement au 7 février 2024 et publient leur propre
calendrier de changements à opérer, en vue de la tenue des élections dans un délai de 18 à 24 mois, après
une passation ordonnée du pouvoir. Ils ont également une Feuille de Route qui précise les étapes et les
éléments constitutifs de ce gouvernement de transition à mettre en place, en vue de la passation de mandat,
sans heurt, et surtout pour éviter tout vide politique et institutionnel, lors de ce passage obligé. Un autre
groupe de l’opposition fragmentée, dénommé Collectif du 30 janvier 2023, en arrive aux mêmes
conclusions et demande le départ du gouvernement d’Ariel Henry, au 7 février 2024, avec cependant des
modulations différentes dans la déclinaison des étapes, et surtout une formulation des mêmes réalités mais
avec des expressions différentes. Toutefois, ni l’un, ni l’autre ne parvient à surmonter leurs différences et
leurs allégeances particulières, pour forcer la main à la Communauté Internationale qui maintient à bout de
bras le gouvernement d’Ariel Henry, en dépit de ses échecs et de son manque total d’initiative pour sortir
le pays de la situation de crise politique dans laquelle il est englué, depuis trop longtemps déjà.
Malgré ces lacunes qui suscitent un doute persistant envers l’opposition, de la part de la
Communauté Internationale, mais surtout en raison des nombreux échecs du gouvernement d’Ariel Henry,

tant dans sa performance économique que dans la dégradation de la situation sécuritaire et sociale, le
plaidoyer pour un départ immédiat de ce gouvernement provisoire qui s’incruste au pouvoir, ou au plus
tard le 7 février 2024, demeure très pertinent. En fait, tout part en vrille dans ce pays, et il est difficile, bien
qu’il ne soit pas totalement impossible, d’imaginer qu’une autre équipe politique puisse faire pire que celle
actuellement au pouvoir. «Ce pays n’est ni géré, ni administré», comme le répétait, encore ce matin, sur
Radio Métropole, l’ex-député Price Cyprien dont la maison à Thomazeau a été mise à sac et incendiée
récemment par les bandits qui ont pris le contrôle de cette localité, sans même une tentative de reprise par
les forces de l’ordre, selon les récriminations de ce dernier. À tout le moins, le gouvernement actuel aurait
pu tenter de faire quelque chose et d’expérimenter une possibilité de résoudre nos problèmes, en utilisant
au mieux nos ressources disponibles. Mais rien de tout cela. Il attend que la solution lui tombe du ciel. Il
attend la venue des Kenyans et des autres forces déléguées en mission sous-traitée par les Nations
Unies. Et, pendant ce temps, le pays s’effiloche, chaque jour un peu plus. D’autres personnes, une autre
équipe devrait pouvoir faire mieux que cela, à mon point de vue. On n’aurait rien à perdre, en mettant à
contribution une autre équipe, une autre formule. Celle-ci pourrait, à tout le moins, tenter de redresser la
barre, quitte à ne pas réussir à tous les coups, mais elle aurait quand même couru la chance que cela
aboutisse à de meilleurs résultats, plutôt que de rester à ne rien faire et à observer le pays entier aller à vau-
l’eau. Deux des ministres importants du Gouvernement d’Ariel Henry, en l’occurrence, l’ex-ministre de la
Justice, Me Berto Dorcé, et l’ex-ministre de l’Intérieur et des Collectivités Territoriales, M. Lizt Quitel, ont
dû démissionner sous la pression discrète mais efficace de cette même Communauté Internationale qui,
pourtant, appuie ce gouvernement de toutes ses forces. Indexé par la Justice de son pays dans l’assassinat
du Président Jovenel Moïse, loin de comparaître devant le juge instructeur qui l’avait invité à venir
s’expliquer pour effacer les doutes cultivés sur sa possible implication à ce crime de sang, le Premier
Ministre Ariel Henry, lui-même, a plutôt opté pour la révocation de ce magistrat et du Commissaire de
gouvernement qui pilotaient ce dossier. L’ULCC, de son côté, mène une charge à fond de train qui révèle
une corruption tous azimuts au niveau des gestionnaires de fonds publics en postes. L’actuel Directeur
général de l’ONA est indexé de corruption grave. Le numéro 1 de l’ULCC, maître Jaques Hans Ludwig
Joseph, révèle qu’au cours des 3 dernières années, y incluant les 28 derniers mois de l’actuel
gouvernement, 31 rapports d’enquêtes, indexant des administrateurs et des cadres supérieurs des agences
de l’État, ont été remis au pouvoir judiciaire en place, mais seulement 2 rapports d’enquêtes ont abouti
devant les tribunaux. Par ailleurs, les rapports des agences onusiennes déclarent qu’entre janvier et
septembre 2023, 3000 homicides et environ 1500 enlèvements ont été perpétrés au pays, ce qui a sans
doute contribué à un exode sans précédent de près de 100 000 Haïtiens durant cette période, vers les États-
Unis, dans le cadre du programme dit de Biden, selon le décompte des agences compétentes des États-
Unis. Une vraie saignée, n’est-ce pas.
Non, on ne peut pas faire pire que ce qui se passe actuellement. J’en suis convaincu. Et, maintenir
cette équipe au pouvoir, c’est se rendre complice de sa criminelle indolence, assimilable à un refus de
porter assistance à une population en danger mortel, dans plusieurs localités de ce pays dont quelqu’un lui
a confié la charge. Non, le 7 février n’est pas un jour comme un autre, comme le prétend Mme Manigat,
dans sa pirouette verbale assez déconcertante. Le 7 février est une date déterminante de notre histoire
récente, marquant une volonté affirmée de rupture avec un ordre politique qui refuse obstinément de
disparaître et qui tente de se perpétuer à travers celles et ceux, issus d’un autre temps, d’une autre matrice,
et qui refusent d’adhérer à ce changement de paradigme qui peine à prendre sa place au soleil. Peut-être
que, même bien avant ce marqueur historique, comme le propose Jean-Charles Moïse, le leader du Parti
Pitit Desalin, devrait-on balayer du pouvoir cette engeance politique qui encombre le paysage et qui
obstrue le chemin vers l’avènement du changement pour un mieux-être, en attendant de faire accéder ce
pays aux grands boulevards du progrès économique, social et politique auxquels aspire ce qui lui reste
encore de forces vives.
Pierre-Michel Augustin
le 21 novembre 2023

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