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La saison des ouragans a débuté en lion

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Haïti est un pays tourmenté de toutes sortes de façon. La saison des bandits dure depuis plus de 2 ans.
Et je ne parle pas de celle de Bandits Légaux qui y sévit depuis une douzaine d’années. Ces deux
scories de notre société en déliquescence, se sont combinées et ont provoqué de fortes commotions
politiques, des pertes humaines et économiques importantes. Deux séismes se sont joints à la partie.
Les ouragans non plus n’ont pas tellement fait relâche. De temps en temps, ils font leur petit tour, en
sautant une année ou deux, sans plus. En tout cas, pour 2023, la saison des ouragans a commencé pour
nous sur les chapeaux de roues. Arlène nous a déjà laissé sa carte de visite et nous a servi un sérieux
avertissement, quant à ce qui nous pend au bout du nez, pour la saison. C’est techniquement tout le
territoire du pays, du Nord-Ouest au Sud-Est qui a été frappé en même temps par des pluies
diluviennes, et on ne sait pas encore l’étendue des dégâts.
Officiellement, la saison cyclonique commence le 1 er juin pour se terminer le 30 novembre.
L’année dernière, le pays avait été passablement épargné par les cyclones. Seulement un ouragan de
catégorie 1, Fiona, avait effleuré le Nord-Ouest du pays, avec quand même des vents atteignant des
pointes de 195 km/h. Fiona avait emprunté la trajectoire habituelle des cyclones, allant du Sud-Est vers
le Nord-Ouest, balayant au passage le nord de la République Dominicaine, la côte nord de la
République d’Haïti, puis celle de Cuba, avant de remonter plein nord, le long de la côte est des États-
Unis. C’était arrivé un peu tard dans la saison, dans les derniers jours de l’été, le 20 septembre 2022.
Cela avait causé très peu de dommages au pays: quelques têtes de bétail emportées par les eaux,
quelques centaines de maisons inondées, quelques jardins dont les récoltes furent perdues. Bref, très
peu de dégâts, selon nos échelles habituelles de catastrophes. On l’avait échappé bel, sur le front
climatique. On ne pourrait pas en dire autant, sur le front de l’insécurité publique. Et cela dure encore.
Pour cette année, le bal a commencé pour nous, dès le lever de rideau sur la scène climatique.
Nous n’en sommes qu’au 3 e jour de la saison des ouragans, et cela augure plutôt mal pour le reste. Le
cyclone Arlène a emprunté, à l’envers, le corridor habituel des vents, allant du Golfe du Mexique, vers
le Sud-Est, en longeant le nord de Cuba. Il est passé ensuite au large de la côte nord du pays, mais
même les gens de Marigot, de Jacmel, dans le Sud-Est, ont écopé d’inondations, de torrents en crue,
débordant de leur lit habituel, emportant tout ce qui traînait sur leur parcours habituel qu’ils avaient
déserté un moment. L’Agence Nationale de la Protection Civile rapporte 42 personnes décédées, 11
disparues et 85 blessées, dans un bilan encore préliminaire (source: RTBF). La carte des zones
inondées, telle que présentée sur Google Map Haïti, est vérolée de points rouges, étalés sur tout le
territoire: dans le Nord-Ouest, au Plateau Central, dans l’Ouest, dans le Sud-Est et dans les Nippes.
Seuls peut-être le Sud et la Grand’Anse auront été épargnés, à date. Ce ne serait pas tant la force des
vents qui aura causé les dévastations, cette fois-ci, mais plutôt un nouveau phénomène dit de «rivière
atmosphérique», déversant des pluies diluviennes en peu de temps sur un territoire donné, comme on a
pu récemment le constater dans différents points du globe. Et puisque notre territoire est
particulièrement vulnérable à tous ces aléas, il n’en fallait pas plus pour que n’adviennent des
catastrophes.
Les Rivières Volantes, comme les appelle José Antonio Marengo, climatologue brésilien de
renommée internationale, dont les travaux de recherche postdoctorale dans le domaine lui ont valu un
Prix Nobel, sont de plus en plus fréquentes ces derniers temps. Des trombes d’eau peuvent ainsi se
déverser, en très peu de temps, sur une région donnée, soit l’équivalent de la pluviométrie habituelle de
toute une année, sinon plus. Aucune zone urbanisée n’est à l’abri d’un tel phénomène ni ne possède les
infrastructures pouvant canaliser et évacuer une telle charge d’eau en si peu de temps. C’est ainsi qu’on
a assisté à des crues soudaines (flash floods) en Europe, en Asie, en Amérique, ces derniers temps, en
dépit des systèmes de drainage importants, disponibles dans des pays techniquement avancés et bien
urbanisés. Dans les pays fragilisés par un déboisement avancé, comme c’est le cas pour Haïti, ces
phénomènes se traduisent par des dévastations amplifiées par le dénuement du sol, sa topographie et le

mode d’occupation anarchique du territoire. En Haïti, on recense 30 bassins versants majeurs et ils sont
généralement peu boisés, sinon complètement dénudés. Il en résulte qu’à la moindre pluie, le
ruissellement de presque toute l’eau ainsi reçue, est immédiat, charriant, sur son passage, toute une
charge d’alluvions, en plus de tous les détritus jetés çà et là. Par exemple, toute la zone en contrebas de
la Capitale, à Cité-Soleil, au Portail Léogâne, à Village-de-Dieu, à Cité-l’Éternel, est envahie par des
déchets de toutes sortes, apportés par les eaux de pluie, et devient pratiquement un dépotoir à ciel
ouvert. On avait signalé à peu près la même situation, dans une moindre mesure, à la métropole du
Nord, pour la semaine du 18 mai. Le Gouvernement avait dépensé des sommes additionnelles pour
préparer la ville à accueillir les activités commémoratives du 220 e anniversaire du Drapeau. Sauf que,
peu de jours avant, il avait plu. Le bas de la ville et le bord de mer s’étaient retrouvés avec une couche
d’alluvions ocres, en provenance du Haut-du-Cap. Il a fallu alors tout recommencer en vitesse pour que
la ville reprenne un peu des allures de sa fierté christophienne.
Notre pays constitue l’habitat le plus vulnérable aux changements climatiques dans le bassin
des Caraïbes, et cela, pour plusieurs raisons. Certes, nous sommes installés aux premières loges sur le
boulevard habituel des cyclones, et nous ratons rarement le spectacle. Mais, certes aussi, nous
subissons de plein fouet les effets du réchauffement climatique: dérèglement des cycles pluviaux et
même des saisons, sécheresse inhabituelle impactant nos récoltes donc difficulté de planifier
adéquatement le temps des semailles, et risques élevés de perte des récoltes, en raison de ces aléas. En
conséquence, s’il y a une rencontre importante à laquelle nous devrions consacrer nos meilleures
ressources, pour tenter de mitiger les dégâts importants que nous subissons en raison de ces
dérèglements, ce sont bien les assises de la Conférence des Nations Unies sur les Changements
Climatiques (CNUCC) qui se tiendront en Allemagne, prochainement. En novembre 2022, à la clôture
de la COP27, la CNUCC avait convenu de dédommager les pays vulnérables ayant subi des préjudices
liés à des phénomènes associés aux changements climatiques. On avait même mis sur pied,
précédemment, le Global Shield Financing Facility dont l’objectif financier était de constituer un
fonds d’indemnisation d’un montant de 100 milliards de dollars américains, qui permettrait de
compenser, dès cette année, les pays les plus vulnérables à ces aléas et qui en ont souffert des
conséquences, d’y palier et d’investir dans des politiques et des activités correctives ou atténuatives. Il
s’agit là de montants substantiels dont l’accès permettrait au pays d’envisager et de financer la mise en
place des stratégies de reboisement des 30 principaux bassins versants du pays, de faire passer
progressivement sa couverture forestière d’environ moins de 4% du territoire actuellement, selon des
critères d’évaluation en la matière, établis par la FAO qui est une autorité internationalement reconnue,
à 10%, dans une échéance de 5 à 10 ans, en tenant compte des forêts secondaires reconstituées. À
terme, cela atténuerait l’érosion des sols, en raison de leur dénuement, grâce à cette nouvelle couverture
végétale retrouvée. Ces fonds recueillis pourraient également aider à relocaliser les résidents qui
avaient opté pour une occupation anarchique des zones inondables ou sur le parcours occasionnel des
crues soudaines, comme on le constate aujourd’hui et à chaque grosse averse.
Tout cela nécessite, évidemment, d’avoir, au sommet de l’État, des gens qui pensent au pays et
qui planifient son développement à court, à moyen et à long termes, et non strictement à la petite
semaine. La récurrence systématique des mêmes épisodes d’inondation, à la moindre pluie plus ou
moins significative, est symptomatique d’une absence de planification des autorités haïtiennes dans le
domaine et aussi d’une structuration déficiente de l’État haïtien, en général. Ce n’est pas d’aujourd’hui
que nous entendons parler des crues soudaines de La Digue, à Petit-Goâve, et de la Momance, à
Léogâne. Le curage du lit de ces rivières et l’endiguement de leurs berges pour en contenir et canaliser
les eaux en période de grande précipitation, à l’évidence, n’ont pas été faits ou entretenus au cours des
ans. À Port-au-Prince, le canal Bois-de-Chêne, conçu pour acheminer les eaux torrentielles vers la mer,
en passant par le Portail Léogâne et à travers la mangrove de jadis, devenue aujourd’hui Village-de-
Dieu, est comblé, depuis des années, par des sédiments et des détritus de toutes sortes. Il s’agit, en
l’occurrence, d’un problème aigu d’incurie municipale ou d’une voirie fautive ou inexistante qui a peu

à voir avec les changements climatiques. Ceux-ci, il est vrai, n’aident en rien la situation et ne font
qu’aggraver un problème que nous nous infligeons par nos insouciances politiques, sociales,
communautaires et individuelles. À mon adolescence, il y a très longtemps de cela, pour se rendre au
Théâtre de Verdure, il fallait emprunter un ponceau qui enjambait ce canal, juste en face de la Direction
générale de l’Éducation Nationale, et un autre, quelques mètres plus loin, sur toute la largeur du
Bicentenaire permettait la fluidité du trafic routier sur cette artère. Aujourd’hui, le canal est nivelé sur
presque toute sa longueur et ces ouvrages qui permettaient de le traverser sont aussi recouverts de
graviers, de sédiments, et de fatras divers qui obstruent l’écoulement des eaux par ce canal, d’où les
inondations à répétition en ce lieu.
La semaine prochaine, on n’en parlera plus. On passera vite à autre chose. Toute notre attention
portera sans doute sur le spectacle politique haïtien qui se transportera à Kingston, à la Jamaïque. Nos
politiciens emporteront leur chicane outre-mer, à l’invitation du Très Honorable Andrew Holness,
Premier Ministre de la Jamaïque, leur distingué hôte. Le malheureux, il ne sait pas dans quel guêpier il
est allé se fourrer, dans quel asile de fous il s’est invité. Nos fonctionnaires dans le domaine de la
sécurité environnementale, ensuite, bâcleront leur préparation à participer aux assises de la CNUCC, un
évènement autrement plus important que ces sempiternelles négociations politiques qui ne débouchent
strictement sur aucun semblant d’accord global. On continuera à vaquer à nos misères, comme si de
rien n’était, jusqu’à la prochaine semonce de Dame Nature qui ne manquera pas de nous rappeler à
l’ordre, jusqu’à ce que nous entendions raison, bien malgré nous, s’il le faut.
Pierre-Michel Augustin
le 6 juin 2023

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