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Les nuages sont sur nos têtes, l’orage est pour bientôt

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Ceux qui avaient compté sur un renvoi définitif du référendum, en raison du report sine die de la tenue de cet exercice, le dimanche 27 juin dernier, seront probablement déçus d’apprendre que le CEP a publié, hier, un nouveau calendrier incluant la tenue dudit référendum qui aurait lieu, cette fois-ci, le 26 septembre 2021. En effet, le CEP a publié ce nouveau calendrier pour la tenue des élections présidentielles, législatives, les deux Chambres à la fois, et pour le référendum également, cet automne. Soit dit en passant, comme on fait tout un peu à l’envers au pays, ce nouveau calendrier n’est pas encore assorti d’un nouveau décret électoral, publié dans le Moniteur. C’est comme si c’était juste un autre calendrier d’activités avec des dates à inscrire à notre agenda, sans tenir compte de la logistique nécessaire pour les soutenir et veiller à leur bon déroulement.

D’abord, les élections présidentielles sont prévues à cette date, et les partis politiques qui seraient intéressés à briguer les suffrages, auraient jusqu’au 6 juillet pour s’y inscrire, selon des formalités non encore définies par le CEP. Il ne saurait en être autrement, puisque le décret électoral n’est même pas encore connu ni publié. Nous sommes aujourd’hui, le 29 juin 2021. D’ici au 6 juillet, cela fait juste 7 jours, une courte semaine pour que les partis politiques se conforment aux diktats de ce décret électoral, pour que le CEP enregistre, éventuellement, 150 à 200 candidats à la présidence, environ 3 600 candidats au Sénat et environ 24 000 candidats à la Chambre des députés. La campagne électorale commencerait le 26 août pour se terminer avec le premier tour des élections, à la date du 26 septembre. Le CEP, on le voit bien, se dirige tout droit vers une situation impossible à réaliser et il le sait d’avance. L’exercice, il est clair, est totalement structuré pour jeter de la poudre aux yeux de la Communauté Internationale que l’on croit assez bon-enfant pour gober l’astuce, et pour justifier, éventuellement, des allocations de fonds qui ne pourront pas être dépensés effectivement.

Entre-temps, l’OEA, dont une Mission de haute voltige était venue nous ausculter récemment, vient de remettre son rapport à ses mandants et aux autorités haïtiennes qui avaient sollicité ses bons offices. Les recommandations du rapport de cette Mission seraient des plus évidentes. D’abord, il faudrait un nouveau CEP pour tenir des Élections crédibles. Ensuite, il faudrait nommer un nouveau gouvernement pour assurer la plus large participation des acteurs politiques à ces élections. Finalement, il faudrait parvenir à assurer la sécurité publique sur tout le territoire du pays, de façon à faciliter la participation de l’électorat et des candidats à des débats publics devant conduire au choix libre et éclairé qui devrait présider au renouvellement du personnel politique en Haïti. C’est ce que rapportent, pour l’essentiel, des journalistes qui en ont pris connaissance en primeur. Jacques de La Palice n’aurait pas dit mieux. Et cela fait déjà quelque temps que l’opposition, toutes tendances confondues, s’époumone à dire, entre autres, exactement cela. Maintenant que des pontes de l’OEA, réputés grands sages, en arrivent aux mêmes conclusions, je serais bien curieux de voir ce que cela va changer, dans les faits, dans les démarches du gouvernement de facto de Jovenel Moïse.

La paix et la sécurité publiques sont régulièrement bafouées par des bandits, partout dans la région de la capitale. Si Port-au-Prince est aujourd’hui en situation de guerre, comme le constate froidement le Colonel Himmler Rébu, seules les armes prévaudront alors aux élections, dans moins de 90 jours, si rien ne change. On voit déjà se dessiner la stratégie du PHTK et du pouvoir en place. Ils pensent pouvoir garder en respect leurs adversaires et jouer la carte du faiseur de rois, à défaut, peut-être, de garder eux-mêmes le pouvoir. Ils essaieront de dicter le résultat des urnes et, à défaut, de maîtriser la rue et de garder la haute main sur les institutions stratégiques du pays. Pour le reste, ils savent que leurs partenaires de la Communauté Internationale ne sont pas plus intéressés qu’il faut, de venir se mêler de notre gâchis interne, dans la mesure que cela ne se répande pas trop outre nos frontières. On le voit clairement dans l’attitude de la Communauté Internationale, notamment des États-Unis, gommant et banalisant invariablement l’implication et la responsabilité du pouvoir actuel dans ce qui se passe au pays, tant au niveau de la sécurité publique et des violences sur la population, qu’au niveau de la sécurité sanitaire, dans la perte de tout contrôle sur la situation de la pandémie. La population de Martissant, aux abois, s’est réfugiée à Carrefour et dans d’autres villes du pays, à un point tel que le premier ministre de facto, Claude Joseph, a dû le reconnaître publiquement et que des institutions charitables se soient mises en branle pour leur venir en aide. L’UNICEF en compte 16 800. Mais pour nos autorités haïtiennes, à en croire Bonheur Delva, directeur général de l’Office National de la Migration (ONM), il n’y en aurait que 8 850. Qui dit vrai, alors? Je vous le donne en mille. Des distributions de plats chauds, de matelas, de kits hygiéniques, sont organisées à cette fin, mais personne ne peut se prononcer sur la durée de cette initiative. On le sait bien pourtant, chez nous, les situations temporaires ont tendance à s’installer dans la durée. Nul ne sait donc quand les personnes déplacées, nos réfugiés intérieurs, retrouveront à nouveau leur logis. Déjà les institutions structurelles, installées à Martissant, quittent les lieux. C’est le cas de la SOGEBANK dont les locaux ont été vandalisés et de l’Hôpital des Médecins Sans Frontières qui ont annoncé la fermeture de leur établissement dans la 3e section communale de Port-au-Prince, pour des raisons d’insécurité. On peut très bien comprendre cette décision, car, après tout, si le Commissariat de Police de Martissant est déserté par les forces de l’ordre, la sécurité du personnel médical de cette institution est, dès lors, à la merci des bandits qui ont investi le quartier. Et comme la charité bien ordonnée commence par soi-même, on aurait bien tort de leur reprocher de se mettre à couvert et de prendre soin des leurs, avant de s’exposer dans une zone que l’État lui-même a déjà abandonné aux mains de ses bandits. Tout cela, les Nations-Unies, l’OEA et la Communauté Internationale le savaient déjà. Elles étaient aux premières loges et avaient même leurs agents, bien installés en hauts lieux, pendant que se dégradait la situation. Elles n’ont rien fait pour stopper le gâchis parce que cela faisait bien leur affaire. Je ne sais pas exactement pourquoi, mais c’est ce que je constate.

Entre-temps, pendant qu’on se battra pour dénoncer l’impossibilité de ces exercices électoraux et du référendum, Jovenel Moïse regardera le sablier du temps constitutionnel se vider tranquillement, en feignant d’éteindre, ici et là, les braises qu’il aura allumées un peu partout. Cela le conduira vers la fin de son mandat qu’il aura personnellement fixé au 7 février 2022, date à laquelle le pays sombrera dans le vide politique et institutionnel qu’il aura patiemment creusé, depuis son accession au pouvoir, le 7 février 2017. Les néo-macoutes, reconstitués sous la forme de gangs éparpillés à travers le pays, lui garantissent, pour le moment, une impunité réelle. Aujourd’hui, aucune institution nationale, même pas la Police Nationale d’Haïti, ne peut leur tenir tête efficacement, étant donné son état de déstructuration et de désarmement relatif, face aux bandits légaux. Je ne suis pas loin de penser, un peu comme le Colonel Himmler Rébu, que cette situation n’est pas forcément fortuite et a passablement été facilitée par la Communauté Internationale et, au premier chef, par les États-Unis d’Amérique d’où proviennent, en grande partie, les armes de guerre actuellement aux mains des soi-disant gangsters, soudainement transformés en guérilleros urbains, en mesure de monter des attaques coordonnées sur plusieurs cibles, de manière synchronisée, sans aucune formation en tactique et en stratégie militaires, ni aucun entraînement élaboré pour le maniement de certains types d’armement assez sophistiqué pour arrêter des blindés légers. Cela relèverait de la science infuse, sans doute.

Maintenant que le désaccord est public et complet quant aux objectifs à court terme de Jovenel et de son gouvernement, par rapport aux positions affichées de la Communauté Internationale et, tout particulièrement, son partenaire américain, on verra bien ce qui adviendra de ce référendum et des élections-bidon qu’il se propose de réaliser par l’intermédiaire de ce CEP qui ne serait plus en odeur de sainteté, même devant l’ineffable Organisation des États Américains. La dernière fois que les autorités haïtiennes avaient tenté un bras de fer de ce genre avec leurs tuteurs américains, cela remonte à l’été 1994. Cela s’était mal terminé pour le Général Cédras et les FAD’H. Les temps sont différents, certes. Mais les risques de retomber dans la même situation et de voir les mêmes recours, de la part des mêmes acteurs, sont très élevés. Je ne l’appelle pas de mes vœux car cette situation n’a jamais débouché sur une amélioration significative et durable de la situation politique du pays. Mais une intervention militaire étrangère, vraisemblablement américaine, pourrait être l’unique recours pour dénouer notre impasse. Elle aurait le mérite de pouvoir mater les bandits en déployant une force nettement supérieure aux leurs et de permettre ensuite aux forces saines restant encore dans la PNH, de se ressaisir, de prendre effectivement le contrôle du terrain et de s’organiser pour le conserver, en désarmant, de gré ou de force, celles et ceux qui réchapperont de cette funeste aventure.

Mais cela ne serait qu’une étape dans ce processus que l’on a déjà entrepris plusieurs fois, sans jamais passer aux prochaines. La tabula rasa ne peut être qu’une étape, une première, avant bien d’autres, pour finalement aboutir à la moisson des fruits d’un vivre-ensemble politiquement viable. Nous n’avons pas cessé de discourir sur la Refondation du pays, sur la Conférence Nationale Souveraine, si chère à feu Turnep Delpé et à combien d’autres ténors politiques, autant de vocables galvaudés mais qui n’ont jamais pris corps, qui n’ont jamais abouti pour accoucher d’un pacte politique, permettant une meilleure gouvernance du pays. Tant que nous ne ferons qu’en parler, sans passer aux étapes constructives de ce grand bouleversement, on aura fait tout cela pour rien, pour recommencer une autre fois. Le train du développement politique, économique et social restera soudé en gare, sans pouvoir prendre son élan, son départ, à tout le moins.

Pour s’engager dans cette avenue, il faudrait que les Samaritains qui nous viendraient en aide aujourd’hui, le veuillent pour vrai, un peu comme le furent nos valeureux ancêtres à Savannah ou au Venezuela, en Amérique du Sud, un peu comme le furent les Cubains en Angola et ailleurs en Afrique, sans arrière-pensée de domination, juste pour partager un idéal de fraternité entre des peuples égaux entre eux et aspirant tous à partager un meilleur avenir pour nos peuples, dans le respect des uns envers les autres. Et je ne suis pas sûr que nous sommes rendus au partage de cet idéal. Nous avions bien travaillé à mettre sur pied des instances qui auraient pu jouer ce rôle. Les Nations Unies en sont une, l’OEA en est une autre. Mais elles sont aujourd’hui vidées de leurs concepts initiaux, inféodées qu’elles sont devenues par des nations qui s’en sont appropriées pour servir leurs intérêts. Paix, Dignité et Égalité sur une Planète saine: une devise inspirante, sans doute, pour l’ONU mais réduite en des mots vidés de leur sens originel. Il n’y a pas de Paix en Haïti et dans beaucoup d’autres pays de notre Planète. La Dignité a déserté notre pays, bon nombre de nos concitoyennes et de nos concitoyens sont livrés à une misère abjecte et vivent dans une indignité infrahumaine de tout genre. Finalement, l’Égalité, de tout temps, nous a toujours éludés, tel un mirage qui se dérobe devant nous, chaque fois que nous croyons nous en approcher.

Pour briser ce cycle infernal, il faudra bien en trouver la clé, un jour, et apprendre à la dure à procéder aux étapes, à toutes les étapes. La route sera longue et ardue. Préparons-nous au pire qui ne saurait tarder à venir, bien avant les éclaircies que nous espérons, pour la plupart. Les nuages, qui survolent notre pays, annoncent un orage à nul autre pareil. Préparons-nous au pire, tout en espérant pour le mieux.

Pierre-Michel Augustin

le 29 juin 2021

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