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24 Novembre, 2004

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Un 18 novembre de connivence Minustah/ex-militaires?

24 Novembre 2004

(Haïti Progrès/Port-au-Prince) Dans un contexte spécial d’occupation du territoire, la journée du 18 novembre 2004 ramenant le 201ème anniversaire de la bataille de Vertières, qui consacra la victoire de l’armée indigène sur l’armée coloniale de Napoléon Bonaparte, aura été marquée effectivement par de malheureux événements.

Pour commencer, au moins cinq meurtres ont été officiellement enregistrés ce jour-là, dont deux à la rue Tiremasse et deux autres à la rue Saint Martin. Les victimes ont été abattues au cours d’échanges de tirs entre certains individus et des policiers, à en croire des témoins La cinquième victime, le coordonnateur des marchés publics de Port-au-Prince, Wébert Adrien, a été, lui, assassiné devant sa résidence à la rue des Miracles, dans le centre-ville de la capitale. Les auteurs du crime ont traîné son cadavre dans les rues jusqu’au Belair où ses restes ont été brûlés.

Suite à ces événements, la mairesse de facto de la capitale Carline Simon a, comme par automatisme,  tenu à rappeler que Wébert Adrien militait contre le régime Lavalas. Une façon implicite pour imputer son meurtre aux partisans Lavalas. Interprétation adoptée immédiatement par la grande presse qui n’a point cependant apporté de preuves à cet effet. Comme s’il était aussi facile pour les partisans Lavalas, déjà pourchassés de se balader avec un cadavre à travers les rues. De même, l’agence Europa Presse rapportait qu’une dizaine de militaires de la Minustah qui se rendaient à la plage ont été capturés et conduits à Cité Soleil, et libérés avec leurs sous-vêtements après avoir été dépouillés. Là encore, il est dit que ce sont les partisans Lavalas qui ont fait le coup. Encore sans aucune preuve. Cependant, sur les ondes de Radio Caraïbes, le 20 novembre, le maire de facto de Delmas, Prisca Jean Vilfort, intervenant sur le sujet, a suggéré aux autorités d’ouvrir une enquête qui permettrait de déterminer les vrais coupables de l’assassinat de Wébert Adrien, en déclarant:

«J’exhorte les instances concernées, la famille d’Adrien, ses amis et les organismes de défense des droits humains à se pencher sur cet assassinat afin d’en retrouver les vrais auteurs, parce qu’on entend souvent dire que Aristide à partir de son lieu d’exil a commandité un ensemble de crimes. Mais, il faut admettre que des gens profitent de ces moments de troubles pour régler des comptes à leurs ennemis. Alors les enquêteurs devront se montrer prudents afin d’élucider cette affaire.» 

Cela ne pourrait être mieux dit et ce ne serait pas si compliqué pour les autorités de facto et surtout la grande presse d’en venir à une conclusion pareille. Évidemment, elles ne le feront pas, car comment expliquer autrement leurs propres crimes ou leur complaisance envers leurs alliés?

Pour revenir aux violences de ce 18 novembre, on a enregistré ailleurs plusieurs blessés par balles, dont un commissaire de police, Cétoute Clyvens qui a été atteint d’un projectile au bras dans une opération dans le quartier populaire de Sans-Fil.

D’autre part, les ex-militaires, comme au Cap-Haïtien, aux Cayes, à Jacmel, à Petit-Goâve, Hinche et Saint-Marc ont cru devoir profiter de ce glorieux anniversaire pour usurper la qualité d’héritiers de l’armée indigène qui avait fait l’indépendance.

Telle a été en effet la prétention manifestée par l’un de leurs principaux «commandants», Remissainthe Ravix qui n’admettait pas que la Minustah prétende leur interdire, à lui et à ses complices, de défiler avec leurs armes dans les rues de Port-au-Prince. En effet,

«Pour nous, déclarait-il sans crainte du ridicule, prendre les rues sans armes, c’est trahir la Constitution, c’est trahir les Forces armées d’Haïti, c’est trahir l’Indépendance pour laquelle l’armée a lutté.» 

Quelqu’un aurait pu cependant lui faire remarquer que cette armée dont il faisait partie avant sa dissolution par le président Aristide en 1994 n’est point celle qui avait fait la guerre d’indépendance, et qu’en fait c’est plutôt l’héritière de la Garde d’Haïti mise sur pied lors de l’occupation du pays, de 1915 à 1934, par les Etats-Unis justement pour servir leurs propres desseins.

Les Casques bleus ont en effet pris position avec blindés autour de la base, à Frères, des anciens militaires ce jour-là, mais ils leur ont quand même permis finalement  de réaliser une parade limitée aux abords de cet endroit.  En fin de compte ces anciens militaires n’étaient qu’une centaine, et ils ont défilé sous les quolibets des riverains. Le grand déploiement de forces de la Minustah pour cette occasion avait l’air d’une pièce montée d’avance pour leur donner, aux anciens militaires, plus de relief.

Pour ajouter à tout cela, à l’occasion de ce 18 novembre, nous avons reçu par e-mail un communiqué émanant d’une «Armée Dessalinienne pour la libération nationale (ADLN)» où celle-ci revendique l’attaque perpétrée le 24 octobre dernier contre le commissariat de Gros-Morne dans l’Artibonite. Cette note stipule en outre:

«Cette attaque du Front Artibonite de l’ADLN est une mise en garde destinée à faire savoir que l’Armée Dessalinienne pour la libération nationale est définitivement lancée dans la bataille pour la libération intégrale du peuple haïtien. Quelques commentaires faits dans la presse concernant l’attaque de l’ADLN contre le commissariat de Gros-Morne, avaient fait état de bandits armés. Une fois pour toutes, nous précisons que l’ADLN n’est guère une armée de mercenaires et de bandits sans foi ni loi.»

Qu’est-ce qu’il en est exactement? on ne sait trop.  Et beaucoup d’autres faits sont restés apparemment inexplicables au cours de cette journée. Mais dans tout cela s’est dessiné une grande complaisance de la Minustah envers les ex-militaires qui ont de plus en plus les mains libres pour servir de forces de répression officielles du gouvernement de facto, comme on peut le voir dans notre article en page 6 et comme le souhaitait le Premier ministre de facto Gérard Latortue qui faisait part au mois d’octobre de la «tentation» qu’il avait eue de les utiliser à défaut d’effectifs suffisants dans la PNH. En fin de compte, un anniversaire de Vertières qui n’a pu être véritablement célébré par ceux qui gardent au cœur et à l’esprit la défense de la souveraineté nationale.

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