6 Juillet, 2005

July 6, 2005

6 Jiyé, 2005
Vol. 23 No. 17

Depuis l’adoption le 22 juin dernier de la Résolution 1608 par le Conseil de sécurité des Nations unies, plaçant la PNH sous la tutelle de la Minustah, en violation flagrante de la constitution haïtienne, les Casques bleus ont redoublé de zèle pour réprimer les masses des quartiers populaires.

Trois cents soldats brésiliens de la Minustha ont mené pendant plusieurs heures une gigantesque opération dans le quartier du Bélair le mercredi 29 juin, sous prétexte de «renforcer la sécurité dans la région métropolitaine de Port-au-Prince et rétablir la confiance de la population». Une opération qui s’est également étendue aux quartiers de Delmas 2, de Saint-Martin et de la Rue Macajoux, et qui s’est soldée, selon les informations fournies par la Minustah elle-même, par la mort de six présumés bandits et l’arrestation de treize suspects.

«Les tués étaient des bandits armés qui avaient tiré sur nos hommes. Aucun civil n’a été tué. Ce n’est pas bien de compter des morts, mais nous ne savions que faire de ces personnes qui tiraient sur nous», a prétendu le chef de communication du bataillon brésilien, le colonel Jorge Smicelapo, qui a également précisé que cinq personnes ont également été blessées, dont trois grièvement, «durant des activités contre les troupes». Il a également indiqué que l’opération avait permis la libération d’une employée de la Croix-Rouge haïtienne, Wendy Mondé, qui avait été kidnappée la veille près de Fort-National ainsi que son père, Frantz Mondé. Celui-ci avait été relâché le même jour pour pouvoir rapporter une rançon de 100.000 dollars afin de récupérer sa fille. De plus, le porte-parole brésilien en a profité pour annoncer que «toute personne armée ou occupant les toits des constructions sera considérée comme une menace pour les Casques bleus et les membres de la population».

Des blindés de la Minustah, et des agents de la Police nationale (PNH) poursuivaient encore leur opération le lendemain 30 dans plusieurs autres quartiers populaires, principalement à la Cité Militaire, où la chasse s’intensifie contre de présumés bandits.

Le porte-parole des militants Lavalas du Bélair, Samba Boukman, a d’ailleurs dénoncé l’opération du 29 juin menée par la Minustah au Bélair, déclarant: «Je n’ai aucun problème avec la police et la Minustah dans l’accomplissement de leur mission, mais il faut éviter de faire des victimes innocentes. Ce genre d’opérations doit nécessairement déboucher sur des massacres, puisqu’elles sont menées de façon aveugle.»

En effet, comme cela a régulièrement été le cas. Ainsi, un journaliste indépendant, Jean Ristil, qui s’était rendu au Bélair le 29 juin, a fait état, contrairement au bilan établi par la Ministah, de l’assassinat de neuf personnes innocentes, dont un handicapé en chaise roulante. Il a notamment cité les noms de Joseph Exantus, un cordonnier et musicien du groupe Raram, Tony Dumas et Roméo Duken, tous exécutés par la Minustah. «Les cousins Dieufort et Claude ont été pour leur part abattus par les hommes en noir de la Police nationale alors qu’ils tentaient de regagner leur domicile à Cité Soleil. Ils revenaient de la compagnie Comcel lorsqu’ils ont été pris à partie par la patrouille policière dirigée par un inspecteur cantonné au commissariat du Parlement. Quoique les policiers les ont fouillés et n’ont rien trouvé, ils ont quand même été exécutés» a déclaré Jean Ristil, qui a précisé que le nommé Dieufort est un agent de sécurité. Jean Ristil a donc rejeté d’un revers de main les accusations proférées par la Minustah, selon lesquelles les victimes seraient des bandits armés tués à l’occasion des échanges de tirs avec les forces de l’ordre.

Depuis l’adoption le 22 juin dernier de la Résolution 1608 par le Conseil de sécurité des Nations unies, plaçant la PNH sous la tutelle de la Minustah, en violation flagrante de la constitution haïtienne, les Casques bleus ont redoublé de zèle pour réprimer les masses des quartiers populaires, afin de prouver leur allégeance au président Bush qui menace d’envoyer les marines en Haïti au cas où la Minustah se montrerait incapable de faire la sale besogne.