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24 Novembre, 2004

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L’expert Louis Joinet revient sur les lieux du «crime»?

24 Novembre 2004

(Haïti PLouis Joinetrogrès/Port-au-Prince) Au terme de sa cinquième mission en Haïti, l’expert dit indépendant des Nations Unies pour les droits de l’homme, Louis Joinet (a gauche), a donné une conférence de presse le 16 novembre pour présenter une ébauche de son rapport puisque, selon lui, celui-ci n’est pas encore finalisé. «Je n’ai pas encore rédigé mon rapport», a-t-il lancé, évoquant des difficultés liées à la cueillette des informations en raison, selon lui, de l’existence de plusieurs factions armées qui opèrent dans le pays.

«Lors de ma dernière visite, avant le 29 février, on avait les pro-Aristide d’un côté et de l’autre les anti. Maintenant vous avez les pro-radicaux et les pro-modérés de l’autre, les anti-radicaux et les anti-modérés, les néo-militaires, les politico-rebelles, les chimères, catégorie mercenaires militants, et un autre groupe constitué d’évadés de prisons.»  

Donc Joinet avoue qu’il avait la tâche beaucoup plus facile quand à son ordre du jour il était inscrit tout simplement de diaboliser le président Aristide. Et pourtant, malgré l’absence de ce dernier, il trouve encore moyen de faire dans la subtilité pour s’en prendre aussi à cette «catégorie mercenaire militants». Autant rester dans le vague puisque sans doute il ne serait pas encore en possession de toutes les consignes pour officialiser son «rapport».

Joinet devra peut-être cette fois gagner son pain à la sueur de son front car, comme nous le disons plus haut, il n’avait pas eu autant de mal, lors de ses précédentes missions dans le pays, à obtenir toutes les informations nécessaires du régime constitutionnel du président Aristide, auquel il imputait dans ses rapports, la détérioration des droits humains et le dysfonctionnement de l’appareil judiciaire dans le pays.

Mais rien ne l’aura pourtant empêché de tresser des lauriers au régime de facto Alexandre-Latortue, qu’il voudrait absoudre des violations systématiques de droits humains et des persécutions et crimes politiques aujourd’hui, notamment dans les quartiers populaires.

«Un net changement est observé dans l’attitude de l’actuel gouvernement vis-à-vis des droits de l’homme par rapport à l’attitude de celui du président Jean-Bertrand Aristide. Il n’y a plus désormais d’utilisation par le gouvernement des gangs pour persécuter les opposants et les défenseurs des droits de l’homme. La violence provient maintenant des activistes armés du régime déchu et des néo-militaires qui leur sont opposés. Je considère qu’actuellement les pressions exercées contre les magistrats sont considérablement plus grandes qu’avant. Toutefois, elles ne proviennent pas du gouvernement transitoire»,

a tranché cet effronté, qui a éprouvé un réel plaisir à se convertir en conseiller juridique du gouvernement de facto en proposant à celui-ci la marche à suivre vers ce mandat d’arrêt international que Gérard Latortue et son ministre Bernard Gousse se préparent à lancer contre le président Aristide.

«Il fallait d’abord instruire un dossier judiciaire qui sera ensuite transmis à l’Afrique du Sud via l’Interpol et ce pays prendra ensuite sa décision»,

a-t-il conseillé en bon expert indépendant.

Mais ce remarquable «expert indépendant» aux ordres de Paris et de Washington, qui n’a jamais répondu ni contredit aux critiques de son dernier rapport partisan  (voir Haïti-Progrès, 25 février au 2 mars 2004), feint  d’oublier ici qu’en vertu de la Constitution haïtienne, le président Aristide, pour les actes commis dans l’exercice de ses fonctions, est exclusivement justiciable devant la Haute Cour de justice nationale. En plus des preuves convaincantes, celle-ci qui devra être composée de parlementaires, ne peut présentement siéger pour mener une quelconque instruction.

Que Louis Joinet endosse sciemment le parti des gouvernements français et nord-américain, au total mépris tant de la Constitution haïtienne que les propres conventions des Nations unies et de l’OEA, est un fait acquis depuis bien longtemps, et l’on ne saurait attendre autre chose de lui, sauf cette outrecuidance sans commune mesure pour vouloir s’adjoindre l’Interpol.

Toujours dans sa mission de dédouaner le gouvernement de facto et évidemment les tuteurs de ce dernier, l’expert «indépendant» des Nations unies a déploré ce qu’il appelle un «risque de militarisation rampante de la société haïtienne par les ex-militaires», qui bénéficient pourtant de toute la complaisance des Casques bleus (Minustah) de son Organisation.  Il a repris en la circonstance le refrain convenu, évoquant le manque de moyens auquel est confrontée la Police nationale (PNH) pour réaliser sa tâche pour terminer par s’en prendre encore une fois à Lavalas:

«Ces ex-militaires se substituent de facto à la police. D’après ce que j’ai vu aux Gonaïves et à Fort-Liberté. Je crois qu’il faut être courageux pour prendre fonction en tant que juge ou policier dans ces régions. Les forces de l’ordre haïtiennes ne sont pas assez nombreuses et pas assez bien équipées pour faire face à la vague de violence qui secoue depuis près de deux mois des quartiers de Port-au-Prince favorables au retour du président en exil Jean-Bertrand Aristide.»

Avec de tels arguments, il ne devrait pas avoir de peine à peaufiner son rapport final, qui est encore malheureusement à l’état d’«ébauche». Qu’aura-t-il d’autre à y rajouter? on peut se le demander, car en fin de compte, il reflétera la position impériale de son pays, la France, et des autres puissances qui occupent actuellement le pays en utilisant le pouvoir de facto.

De toute évidence, est-il concevable que pendant son séjour de dix jours il n’ait pas pu constater l’aggravation de la violence et de la répression politique exercées par le régime de facto contre les masses défavorisées qui réclament généralement pacifiquement le retour à l’ordre constitutionnel et la libération des personnes arbitrairement détenues. A moins que l’expert «indépendant» veuille volontairement ignorer  le climat de terreur établi dans certains quartiers du pays par les autorités de facto, avec l’aide des commandos composés d’ex-militaires et d’ex-rebelles et l’acquiescement de la communauté internationale. On comprend donc qu’il n’avait point d’autre mission que de venir cautionner les exactions de l’actuel régime, totalement voué au service des intérêts de l’impérialisme.
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