Le manifeste du mépris

Pourquoi les maisons d’éditions haïtiennes se comportent de façon irrationnelle face aux œuvres écrites par des jeunes et préfèrent présenter celles signées par Georges Castera, Claude Pierre, Lionel Trouillot, Francketienne et j’en passe ? Des œuvres dira-t-on équilibrées qui respectent sans aucune exception, tous les grands  prescrits du domaine et nous en sommes conscients quand il s'agit de ces cadres figures de notre littérature. Mais pourquoi  mépriser des livres signés par des jeunes écrivains ?  Refus dû, apprend-t-on, au fait que ces travaux sont qualifiés de «merde» (nous citons Castera) et sont destinés à finir au fond d’une poubelle, encore pouvons-nous en être de cet avis? Croyant que les jeunes écrivains n'ont pas grand-chose à offrir, ne pouvant apporter leur appui à la cause, pourquoi la majorité de leurs textes sont classés dans la « catégorie  médiocre » et se peut-il qu'aucun d’entre eux n'ait reçu une formation adéquate?             83 % de nos jeunes cadres, si l'on peut considérer ce chiffre confrontent les mêmes problèmes et seulement 17 %  ont pu percer grâce à l’aide de leurs aînés. Faudrait-il penser à fermer toutes les institutions éducatives du pays qui, d’après nos constations ne formeraient que des charlatans rien que des charlatans et qui contribueraient  à  l’acharnement  de nos jeunes d’émigrer en terre étrangère et malgré (une certaine carence de notre système éducatif), réussissent.             Rappelons que nous n'entendons pas faire de critique littéraire, mais essayons de comprendre le refus systématique de nos aînés face aux écrits de nos jeunes écrivains car ils ne sont pas tous médiocres.   Une société bâtie sans des jeunes, peut-on y croire?   La jeunesse est le devenir de demain. Il ne peut y avoir de société sans la participation active de jeunes cadres et cela est exigible pour tous les domaines de la vie. Ce rejet est la résultante d’une lutte de classe entre les différents secteurs de la vie haïtienne puisqu’une bonne partie de la jeunesse appartient à la classe moyenne.             Nous  parlons ici d'un mépris envers ces jeunes écrivains qui depuis un bon bout de temps sont de plus en plus traqués, critiqués sévèrement.   Référons-nous à Larousse Mépris nom masculin. Action de mépriser aux divers sens. Dédain: le mépris du danger. Au mépris de, sans égard a.             Un mépris palpable, qu’on ressent, qui grandit chaque jour et élargit le fossé entre les classes sociales  et pour illustrer cette thèse nous vous laissons  méditer  sur quelques citations de Georges Castera 1e)  « Ces jeunes publient parce qu’ils ont une seule chose en tête « se faire voir » [étant que poète écrivain] », a soutenu Castera au cours d’un débat à l'institut français d'Haïti (IFH)  en compagnie de Lionel Trouillot, Claude Pierre, Marc Xavier et d'autres grandes figures de la littérature haïtienne. 2e) Citation faite lors du festival « étonnant voyageur » de cette année: « Les jeunes qui publient de nos jours le font sous nos supervisions, en dehors de ce privilège, ils ne publient que de la merde. » J’ai déjà entendu crier «scandale…» Eh oui, car quand Castera dit  «Nous» ne pense qu’à son égo, le grand Castera... « Son Génie », comme il sait si bien le dire d'ailleurs.   Poésie ou non? La nature ayant horreur du vide et face au mépris affiché, nos jeunes cadres ont imaginé et créé un autre genre de poésie (faut-il déjà l'appeler ainsi), qui prend de l’ampleur, s'impose et semble occuper une grande place dans nos activités socioculturelles depuis quelque temps.              Elle se voit le plus souvent à travers le théâtre dit «théâtre des rues», qu'on peut tout bonnement identifier au slam actuel, utilisé pour faire passer des revendications, cruel, sans aucune réserve et parodiant le mode de vie actuel.   Mais pourquoi cette forme de poésie? Quand on voit comment sont réparties les richesses de ce pays, la réponse est simple et ne peut susciter que des frustrations dans le rang des opprimés. Cette poésie comme nous venons de le dire avec sa forme brutale ne respecte pas les prescrits «internationaux» comme dirait Castera c'est pourquoi elle est orale et a du mal à plaire aux aînés, car trop souvent elle n'a que faire du métaphore, tout de même il faut tenir compte qu'elle est bien réelle, existe et prend de l’ampleur.  Par Eric Desire
Publier le : 04/10/2012   Auteur :

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