Un pas en avant, deux en arrière
Après que l’ «opinion publique » eût été stupéfaite des changements opérés au sein du cabinet ministériel par le Premier ministre Laurent Lamothe et approuvés par le Président Michel Martelly, le 8 août dernier s’est tenu aux Cayes, dans le département du Sud, le deuxième conseil de gouvernement. Le premier a eu lieu au Cap-Haïtien en juillet dernier.
Le chef du gouvernement s’est dit satisfait du conseil tenu dans la ville des Cayes. Pour lui, et c’est juste, ces conseils de gouvernement organisés dans différentes villes du pays permettront aux responsables de voir l’avancement de certains travaux. Il faut aussi souligner que la population des différentes régions sera toujours au courant des projets et pourra influencer le cours des choses. Il faut aussi signaler que 25 parlementaires, des directeurs généraux et des membres du secteur privé ont assisté à cette rencontre. Des promesses ont été faites afin de réaliser des projets dans les domaines de l’agriculture, de l’éducation, des infrastructures et surtout du tourisme. Pour que ces promesses de projet ne restent lettre morte, M. Lamothe a indiqué la formation d’une commission interministérielle « chargé d’assurer le suivi des projets. Le directeur du cabinet du Premier ministre Salim Soukar et le Secrétaire général de la Primature, Pierre Michel Brunache, auront la charge de coordonner cette commission » (Métropole, 9 août). On ne sait pas si cette commission se penchera sur les promesses faites aux populations du Nord lors de la première rencontre au Cap-Haïtien il y a de cela un mois. « A ce que je sache, aucun des projets annoncés n’est en cours de réalisation a fait savoir le 9 août le président de la chambre de commerce du Nord, Malherbe Dorvil » (AHP, 9 août).
Revenons donc sur le sujet principal. Comme nous le disions dès le début, les révocations et changements opérés au sein du gouvernement avaient fait la une au cours de la semaine allant du 6 au 10 août. En effet, ce vendredi 10 août, le Premier ministre Lamothe avait du répondre à une convocation d’un groupe de députés qui étaient scandalisés par les changements opérés à leur insu. Disons qu’il n’est écrit nulle part que l’exécutif doive « consulter » les parlementaires s’il doit remercier des ministres qui ne sont pas à la hauteur. Laurent Lamothe avait dit aux parlementaires que la « recherche de l’efficacité dans l’application des politiques avait imposé les changements opérés au sein de son équipe » (Kiskeya, 10 août). Le Premier ministre au cours de la rencontre s’est même pris en exemple indiquant qu’il avait remarqué qu’il ne pouvait donner le meilleur de lui-même à la tête du ministère des Affaires Etrangères vu qu’il est obligé de gérer plus de 600 dossiers de l’Etat. « Je ne peux pas voyager afin de rencontrer d’autres officiels puisque le poste de chef de gouvernement demande que je sois présent… pour tout superviser » a expliqué le chef du gouvernement.
Cette convocation s’est terminée en dent de scie parce qu’il y avait des parlementaires anti gouvernementaux qui avaient décidé d’exclure des débats des députés proches du pouvoir. Belle exemple de démocratie de cette « opposition ». Le député Abel Descollines avait protesté contre cet état de fait arbitraire. En fait, c’est la mise à pied du ministre de l’Intérieur Thierry Mayard-Paul qui explique tout ce tohu-bohu.
En tout cas, pour les analystes lucides, le Président de la République Michel Joseph Martelly a fait un pas en avant et deux en arrière. Voilà que quatre jours après le renvoi de Me Thierry Mayard-Paul comme ministre de l’Intérieur, il l’a nommé comme son conseiller privé avec rang de ministre par arrêté présidentiel. Ce qui, en passant, ne veut rien dire. C’est une aberration. Mais le geste est très symbolique. Martelly ne pouvait faire autrement qu’accepter le renvoi de Mayard-Paul étant donné que les critiques faites au ministre étaient fondées. Mais, il a subi des pressions et, il a pris position malheureusement du côté des forces anti changements. « Fòs fé nwa. » Le chef de l’Etat ne veut, ou ne peut pas couper les liens avec certains cercles qui ne sont pas en odeur de sainteté. Qui ne veulent pas l’avancement du pays vers la modernité. Son slogan : « Pouvwa pou pèp la » ne veut rien dire, et est démagogique, s’il continue à s’acoquiner avec des gens, qui peuvent toujours être « ses amis », qui ne jurent que par leurs intérêts personnels de classes parasitaires. Lamothe a du pain sur la planche. La lutte sera âpre.
Publier le : 16/08/2012 Auteur : Georges H. Honorat
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