Haïti/capitaliste : les mises en place se poursuivent
Le 9 juillet dernier, le Conseil de développement économique et social (CDES) a été lancé par Laurent Lamothe, Premier ministre et ministre des Affaires Etrangères. L’objectif de cette instance est de « simplifier les procédures administratives et de faciliter l’investissement privé » selon les responsables. Le Premier ministre a présenté l’entrepreneur Jerry Tardieu qui présidera le conseil pendant un laps de temps, et, Louis Naux Pierre, l’actuel chef de cabinet des Affaires étrangères en est le coordonnateur général.
L’autre mission confiée au CDES, selon le Premier ministre est d’« organiser et de piloter le dialogue social entre les différents secteurs de la vie nationale. Il doit également veiller à l’harmonisation des politiques sectorielles » (MPN, 10 juillet). Donc on prévoit qu’il peut y avoir des troubles sociales à partir des mises en place du système capitaliste en cours. Alors, on peut dire qu’on veut passer du système semi-féodal à un capitalisme qu’on peut qualifier de « sauvage », en douceur sans casses, est-il possible ? Politiquement, le système semi-féodal est affaibli depuis la mort du dictateur François Duvalier et, aujourd’hui, il n’a pratiquement plus de leadership politique, et son affaiblissement économique est dû à l’envahissement du marché par des produits nord-américains.
L’anéantissement des tarifs douaniers a permis tout cela, et avec la disparition de la production nationale pour qu’il n’y ait pas de grand bouleversement social, la présence d’une force d’occupation pour mater tout velléité de changement contraire aux intérêts de l’empire. Mais, il serait naïf de croire que tous les vestiges du système sont anéantis, on n’a qu’à regarder la lutte d’arrière garde qui se poursuit au sein de l’administration publique.
Dans la foulée, un protocole d’accord a été signé entre l’Institut national de formation professionnelle (INFP), le Bureau de la secrétaire d’état à la formation professionnelle (BSEFP) et le Bureau international du travail (BIT). Ce protocole d’accord, dit-on, rentre dans le cadre de la reconstruction du pays. « Cet Accord est d’une importance capitale, car, si au niveau du gouvernement nous parlons d’emploi qui est l’un des axes prioritaires, il faut que nous ayons une main-d’œuvre qualifiée » (HPN, 10 juillet) avait déclaré la secrétaire d’état à la formation professionnelle Mme Marina Gourge et c’est tout dit.
Timidement des investisseurs arrivent depuis le 8 juillet. Un groupe ayant à leur tête l’entrepreneur nord-américain d’origine haïtienne M. Jean G. Aurélien, fondateur et président directeur général de Scimetrika qui travaille dans la santé publique a rencontré les dirigeants du Centre de facilitation d’investissement, le ministre du Commerce et la ministre du Tourisme. Un projet de complexe hôtelier prés du lac Azuei dans le plateau central présenté par ces investisseurs est à l’étude.
Mais, l’accent est plutôt mis sur la zone franche CARACOL. Le président Michel Joseph Martelly s’y est rendu récemment pour superviser les travaux en cours et pour inciter l’implantation des entreprises. Est-ce pourquoi M. Martelly a salué les dirigeants de la compagnie Peinture/caraïbe déjà sur place. Rappelons qu’il est ouï-dire de la création de milliers d’emplois dans cette zone franche ; les usines qui devraient s’installer seront spécialisées dans la confection de vêtements pour l’exportation. Que bénéficiera donc Haïti ? Surtout que la zone franche est construite sur des terres cultivables. Doit-on dire adieu à la production nationale. En tout cas, on peut prévoir que les nouvelles luttes prendront naissance à partir de ces zones franches qu’on veut installer partout dans le pays, car elles sont en nette contradiction avec un développement endogène.
Publier le : 25/07/2012 Auteur : Georges H. Honorat
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