Depuis bien avant la dictature des Duvalier, différents experts et cadres haïtiens, de l’Administration Publique, exhortaient les dirigeants politiques à prendre des mesures concernant le Morne Hôpital surplombant la ville de Port-au-Prince et ses environs. Des décrets et des mesures ont été pris au fil des ans. Et, ils n’ont jamais été appliqués.
N’ayant, en général, aucune vision pour l’avenir de la nation et de la population. Les dirigeants politiques ont préféré fermer les yeux sur deux catégories de la population pour raisons pécuniaires et politiques. Premièrement, ceux qui exploitent sans vergogne et sans mesures les carrières de sables. Ce qui a endommagé considérablement l’environnement et la vie des citoyens. Ces gens là, ce sont des particuliers et officiels, ont des contacts au plus haut niveau de l’Etat. Deuxièmement, une population en quête de logement et d’un mieux être.
Mais, la première catégorie de citoyens n’a été jamais vraiment sur la sellette. Ce sont des « moun de byen ». Alors qu’ils ont détruit l’environnement plus que la deuxième catégorie de citoyens, ils sont à l’ « abri ». Il est quasi impossible de rétablir le Morne Hôpital comme il l’était il y a un siècle. Par contre, il est possible de reloger la population qui a construit anarchiquement des maisons là où elle ne devrait pas et rétablir cet environnement. On peut même laisser certaines bidonvilles en place pendant un certains temps, pour raisons économiques, tout en fournissant à cette population des centres de santé, de l’eau potable, des écoles, des toilettes etc. Ce serait de la provocation si on demanderait à un gouvernement qui a un mandat de cinq ans de résoudre le problème. Mais, il faut qu’on commence bien et surtout de ne pas tomber dans la démagogie. Alors nous nous attarderons surtout sur l’ordre qui a été donné de détruire 450 maisons construites dans des zones vulnérables et interdites. Nous parlons donc du relogement, au bas mot, de plus de 4.500 personnes qui vivent dans ces maisons.
Il y a de cela à peu près deux mois que le gouvernement, à travers la Secrétairerie d’Etat à la Sécurité Publique, avait mis aux arrêts plusieurs camions qui transportaient du sable alors qu’on avait interdit l’exploitation des carrières. A date, on ne sait pas trop ce qui se passe. On voit des camions qui transportent des pierres et non du sable. Mais, d’après certains citoyens du quartier de Laboule, ces pierres servent de couverture pour le sable. Les inconscients cachent donc leur butin ! Si cette pratique est véridique, c’est parce qu’il n’y a pas de suivi dans les décisions au niveau de l’administration de l’Etat. Nous savons qu’il y a aussi, et il y en aura toujours, des gens qui sabotent les bonnes décisions.
Le second point est très important car cela implique des milliers de gens. Une décision a été prise par le ministère de l’Environnement concernant ces 450 maisons. Elles ont été marquées pour destruction. Et le ministre de l’Environnement, André Pierre Gédéon, avait semble t-il donné 15 jours aux propriétaires et locataires pour déguerpir. Selon le ministre, « dans un premier temps, chaque famille qui sera contrainte d’abandonner sa maison recevra 25.000 gourdes pour des arrangements liés à leur déplacement. Ensuite une autre tranche de 100.000 gourdes leur sera accordée pour la construction du nouveau logement. Seuls les propriétaires auront droit aux 100.000 gourdes » (Cité par Robenson Geffrard, Le Nouvelliste, 28 juin).
Cet arrangement, abracadabrant pour le moins qu’on puisse dire, pris au sommet a exaspéré les habitants qui ont manifesté bruyamment et, à ce qu’il parait, avec casse car il y eu des pare brises de voitures d’innocentes victimes brisées. A qui la faute ? En général la « société » blâme toujours les laissés pour compte et les manifestants. Mais, à regarder de près l’arrangement du ministre Gédéon c’est de la provocation et du mépris tout simplement pour les gens concernés.
Le président de la République Michel Joseph Martelly s’est démarqué en quelque sorte de la décision du ministre de l’Environnement. « Nous avons un ministre de l’Environnement qui a pris une décision, peut être que je n’étais pas au courant. Peut être que je n’aurais pas utilisé la technique employée » a fait savoir le chef de l’Etat après son retour du sommet de Rio au Brésil concernant en effet l’Environnement. Et c’est pendant le Sommet, si l’on veut croire le chef de l’Etat, que le ministre de l’Environnement lui a annoncé les mesures prises. Ce à quoi il avait, dit-il, rétorqué : « …Il faut revoir l’approche… »
Donc, pour le chef de l’Etat, il faudrait au prime à bord interdire les constructions anarchiques et de s’assurer à travers une équipe que cela soit respecté. « Et ensuite, on doit se réunir avec les propriétaires des 100 maisons. On m’avait parlé de 100 maisons et non de 450 » a ensuite avancé le président (Scoop FM, 28 juin). Le ministre Gédéon a essayé d’atténuer le revers qu’il a subi en expliquant sur une station de radio de la capitale que ce dossier est sensible et politique. Car, lors d’élection, ces gens constituent une force. Alors, s’il le savait pourquoi avait-il adopté cette approche ?
De toute façon le chef de l’Etat, même s’il a un gouvernement dirigé par le Premier ministre Laurent Lamothe, devrait superviser à la loupe ce dossier. Car il fait parti des 5 E de son programme. Education, Environnement, Energie, Economie et Etat de droit. Alors, s’il y a échec, il ne pourra pas se dérober de ses responsabilités. Qu’il mette donc de l’ordre et de la cohésion au sein de son équipe. Et, pour qu’il n’y ait pas d’arrogance et de suffisance.
Publier le : 12/07/2012 Auteur : Georges H. Honorat