Le sénateur par qui le scandale arrive

Le sénateur Moise Jean-Charles, tapi dans l’ombre depuis la « résolution de la crise » sur la double ou triple nationalité du Président de la République Michel Joseph Martelly, revient à la charge comme auparavant sans armes et bagages et a frappé à la mauvaise porte.             Rappelons que le sénateur Moise Jean-Charles devrait remettre son rapport au Sénat de la République sur le sujet concernant la nationalité haïtienne ou étrangère des autorités faisant partie du pouvoir Exécutif. C’est le silence total des sénateurs de l’opposition autour de ce dossier. On espère que très prochainement la nation entendra le rapport du sénateur qui semble se perdre dans les méandres. Sinon il perdra, s’il en lui reste, le peu de crédibilité qu’il a auprès de ses mandants.             Dans sa quête de s’opposer à tout prix au président de la République, le sénateur du Nord s’en est pris à l’ambassadeur de la République Vénézuélienne Pedro Antonio Canino. « Le sénateur du Nord, Moise Jean-Charles, a fait savoir jeudi (14 juin) qu’il déclarait persona non grata l’ambassadeur vénézuélien accrédité en Haïti… en raison de sa complicité dans le détournement présumé des fonds de Petro Caribe dont se serait rendu coupable le Président Michel Martelly… Le farouche opposant du régime accuse le diplomate sud-américain de soumettre régulièrement à son gouvernement des rapports favorables sur la gestion des fonds générés par l’accord énergétique conclu entre Port-au-Prince et Caracas sous forme de prêts préférentiels à rembourser sur 25 ans… » (Kiskeya, 14 Juin)             On aurait pu ignorer les propos du parlementaire, qui ne sait aujourd’hui quel saint imploré pour acculer le chef de l’Etat. Le sénateur est dans son bon droit d’être un opposant au régime. Mais, faire des déclarations diffamatoires à l’encontre d’un ambassadeur d’un vrai pays amis, c’est allé trop loin dans le « voye monte » qui est le « sport » préféré des politiciens traditionnels haïtiens.  Exception faite aujourd’hui au président de la chambre basse Levaillant Louis-Jeune qui a eu le courage de déclarer publiquement que le président de la République n’a pas manipulé l’article 137 amendé de la constitution de 1987.             En tout cas ce qu’on peut avancer, c’est que le sénateur Moise n’a jamais depuis qu’il est au pouvoir critiqué la « communauté internationale », les Etats-Unis en tête, qui s’immiscent à longueur de journée dans nos affaires internes. Au contraire, il avait voté la loi d’urgence et la création de la Commission Intérimaire pour la Reconstruction d’Haïti (CIRH) dirigée par l’ex président étasunien William J. Clinton et l’ex Premier ministre Jean-Max Bellerive. Notons aussi que le parlementaire en question n’a jamais questionné le comportement de l’ex ambassadeur nord-américain Kenneth Merten dans les dernières élections. Dans l’affaire de la double ou triple nationalité du Président Martelly, l’ambassadeur Merten sur demande du chef de l’Etat avait déclaré que Michel Martelly n’est pas un nord-américain mais bien un citoyen Haïtien. Certains des collègues, alliés tactiques du sénateur du Nord avaient crié à l’ingérence. Pourquoi alors Moise Jean-Charles n’avait pas déclaré M. Merten « persona non grata » ?  Nous laissons donc aux lectrices et lecteurs de faire leurs déductions par rapport à ce comportement.             Faisant suite aux déclarations du sénateur du Nord, le ministère des Affaires Etrangères dirigé par le Premier ministre Laurent Salvador Lamothe a émis une note de condamnation afin d’atténuer la situation. « Le ministère des Affaires Etrangères réprouve et condamne fermement de telles déclarations, qui visent, sans aucun doute, à nuire à l’harmonie des relations haïtiano-vénézuéliennes, dont les retombées positives pour le peuple haïtien ne sont plus à démontrer… » Le Premier ministre s’est tellement senti embarrassé qu’il a demandé au sénateur Jean-Charles de rectifier le tir. Ce dernier, en effet, a enfoncé le clou. « …Le sénateur Moise a fait valoir qu’il dirigeait ses flèches en direction du Président Martelly. Se défendant de vouloir nuire aux relations entre Haïti et le Venezuela le sénateur a assuré que sa démarche vise à attirer l’attention du peuple vénézuélien sur une mauvaise utilisation des fonds accordés à Haïti dans le cadre de l’accord Petro Caribe » (Métropole, 22 juin).             Le sénateur Jean-Charles semble souffrir d’amnésie. Il a oublié que l’enquête sur les fonds Petro Caribe, plus de 300 millions de dollars, mal utilisés par l’ex président Préval, est passée en queue de poisson à cause du tremblement de terre du 12 janvier 2010 et aussi parce que le président Chavez a effacé cette dette. Bon an mal an, sénateur Moise, il faut savoir choisir ses alliés. Sinon, on est qu’un vulgaire opportuniste.
Publier le : 29/06/2012   Auteur : Georges H. Honorat

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