Lamothe installé : « pas d’échec », prévient-il

Après plus de deux mois d’attente, le président de la République Michel Joseph Martelly  a pu finalement donner l’investiture au Palais national, le mercredi 16 mai dernier, à son Premier ministre Laurent Salvador Lamothe et à son équipe. Cette attente est due en grande partie à un processus de ratification au Parlement des plus compliqués que plus d’un a justement jugé trop long compte tenu que le Dr Garry Conille avait démissionné depuis le 24 février et que le pays confronte de graves défis.              La veille de l’investiture, M. Lamothe avait présenté à la presse les 22 membres de son gouvernement. Deux postes très importants pour le Premier ministre ont été créés. Il s’agit du poste de ministre délégué auprès du Premier ministre chargé de la paysannerie, qui a été confié à Madame Marie Mimose Félix, et celui de ministre délégué auprès du Premier ministre chargé des droits de l’homme et de la lutte contre l’extrême pauvreté dévolu à Madame Rose-Anne Auguste. Ces responsables n’auront pas de ministère à proprement parler. Elles auront leur bureau à la Primature. Ces postes apparemment empièteraient sur les domaines de compétence du  ministère de l’Agriculture et de celui des Affaires Sociales. Mais, pour le Premier ministre, « l’extrême pauvreté touche 60% de la population et la fracture sociale bloque tout élan vers le développement. » (Kiskeya, 16 mai). C’est pourquoi il a jugé bon, avec le président Martelly bien sûr, de créer ces postes. Espérons que ce ne sera pas deux sinécures.             « Laurent, je compte sur toi », a claironné le chef de l’État le mercredi 16 mai dernier à la Primature en y installant le Premier ministre tout en demandant à la nouvelle équipe de se mettre au travail à l’instant même. Car « il faut répondre au besoin de la population », a martelé le président Martelly qui a dit de Lamothe qu’il est un ami de longue date et qu’il connaît son efficacité. Il a également  bien besoin de l’efficacité de la nouvelle équipe puisque tout est en plan depuis une année et surtout avec un gouvernement qui n’a duré que l’espace d’un cillement. Seulement trois mois. Donc il reconnaît que les résultats sont maigres et que les revendications de la population ne sont pas satisfaites. C’est pourquoi le Premier ministre a fait savoir au cours de son installation qu’ « aucun échec ne sera acceptable »et que, dans 90 jours, il évaluera la performance de chaque ministère. Et, une grande première, il a annoncé que les réunions du cabinet ministériel seront télédiffusées. Dès lors, on pourra savoir qui fait quoi. Mais le Premier ministre a précisé aussi que des points sensibles, affaires d’Etat peut être, ne seront pas  publics.  De toute façon, Laurent Lamothe semble décidé à aller de l’avant. Si un ministre ne se sent pas capable d’assumer sa tâche, qu’il quitte le gouvernement, a-t-il dit.              Retenons pour l’histoire que le Président Martelly a installé son nouveau Premier ministre sans la présence de l’ancien. Ce qui dénote la profonde fissure qu’il y avait entre lui et le président Martelly et les ministres de son gouvernement. Dans la foulée et au pas de charge, plusieurs ministres ont aussi été installés à leur poste et le premier Conseil des Ministres s’est tenu qu’a diffusé en direct la Télévision d’État. Cette réunion du Conseil a été retransmise aussi par d’autres chaînes de télévision. A cette occasion, le président de la République a, encore une fois, exhorté le gouvernement à ne pas perdre de temps. « Il y a urgence », a-t-il souligné. Pour lui, « les conditions de vie de la population doivent changer ». Le Premier ministre a, semble- t-il, capté très bien le message, car, intervenant à la suite du chef de l’État, il a déclaré qu’il faut « passer à l’action immédiatement ». Il a parlé aussi de refondation de la nation et d’inclusion sociale.             Le nouveau Premier ministre doit donner l’impulsion à ses ministres pour qu’ils mettent aussi le peuple au travail. Par exemple ; concernant le problème des bassins versants, les canalisations qui ne sont pas faites et les égouts qui sont obstrués, les ministères des Travaux publics, de l’Environnement, de l’Agriculture doivent travailler ensemble afin de mettre le peuple au travail et de commencer à résoudre les problèmes d’insalubrité et des tas d’immondices qui jonchent les rues à chaque pluie. C’est aussi une manière de résoudre le problème de l’inclusion. Si le peuple n’est pas parti prenante du processus de refondation et qu’il a le sentiment de prendre sa vie en main, le gouvernement est voué à l’échec. Certes il va y avoir d’autres problèmes à côté des problèmes techniques et de finances. Par exemple, les secteurs rétrogrades ne vont pas rester les bras croisés (voir ex-militaires page 1). Mais il ne faut pas tomber non plus dans d’interminables et stériles luttes de palais. C’est une des tactiques des secteurs très conservateurs de la société. A un certain moment de la durée, le Président René Préval s’en était plaint. Mais il est tombé dans le panneau, car, devenu par la force du système, un politicien à courte vue. Il nous faut donc sortir du système archaïque, sans pour autant donner les coudées franches aux rapaces internationaux, avec la participation du peuple comme garant de la souveraineté nationale.
Publier le : 24/05/2012   Auteur : Georges H. Honorat

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