Drapeau : Alliance de classe pour nous défaire des colons
« J’ai décidé de lutter en faveur de l’union sachant ce que cela peut apporter. Les intérêts divergents ne doivent pas nous diviser…Chaque Haïtien à une pierre à apporter à la reconstruction du pays », a dit le chef de l’État, Michel Joseph Martelly, à l’Arcahaie le 18 mai dernier pour commémorer le 209ème anniversaire du bicolore bleu et rouge. C’est la militante Catherine Flon qui avait cousu le drapeau le 18 mai 1803. Le général en chef Jean-Jacques Dessalines, à qui on avait demandé sous quel drapeau on devra lutter pour nous affranchir du joug des colons, avait retiré le blanc du drapeau français et avait gardé le bleu et le rouge afin de nous amener à la victoire finale. Par ce geste, Dessalines, avait-il pensé qu’il faisait l’union entre les noirs et les mulâtres ? Nous en doutons fort.
Quasiment tous les historiens haïtiens se mettent d’accord pour dire que c’est l’union des noirs et des mulâtres qui nous a rendu libres. D’après nous, c’est, pour défendre leur cause, accorder de l’importance à une question secondaire. C’est une façon aussi de confondre les masses populaires et les classes moyennes afin qu’aucune alliance ne voie le jour contre la classe dominante (féodaux et bourgeois) qui avait eu intérêt à faire disparaître Dessalines. En fait, l’alliance qui nous a amené à l’indépendance a été celle des anciens libres (mulâtres dans sa majorité) et les nouveaux libres (noirs dans sa grande majorité). C’était donc une alliance de classe. Des possédants (les affranchis, anciens libres) et des esclaves (nouveaux libres). Certes, les esclavagistes d’antan tout comme les capitalistes et les grands de la finance d’aujourd’hui recherchent toujours les moyens de division pour pouvoir asseoir leur domination. C’est un débat qui mérite d’être approfondi.
Revenons donc à nos moutons. Alors que le président Martelly prêchait l’unité, une bande armée disséminée à travers la République voulait provoquer le chaos. « …Nous sommes fort, nous sommes grands quand nous sommes unis…J’ai décidé de lutter en faveur de l’union sachant ce que cela peut apporter. Les intérêts divergents ne doivent pas nous diviser », disait le chef de l’État. Ne nous berçons pas d’illusion et ne soyons pas naïfs. Certes, on peut avoir des intérêts divergents et s’allier pour des causes bien spécifiques. Par exemple, la récupération de notre souveraineté nationale, la scolarisation universelle, une bonne réforme agraire. Le droit de la population d’avoir un logement décent. Le droit à la santé. Dans le même temps, il faut savoir qu’il y a les éternels fossoyeurs de la patrie et leurs patrons, les anciens et nouveaux colons, qui se mettront au travers de ces revendications justes suscitées. Donc, tout en nous unissant pour frapper ensemble, nous pouvons aussi marcher séparément. C’est dans ce respect mutuel et sans démagogie qu’on pourra faire avancer la nation sur la route du progrès.
En guise de conclusion, citons ce qu’a eu à dire le recteur de l’Université d’Etat d’Haïti, Jean Henri Vernet à l’occasion de la commémoration de la fête du drapeau et de l’Université. « La création de notre bicolore renvoie à travers le temps le symbolisme fort de l’unité d’action révolutionnaire qui va faire triompher notre lutte pour la liberté. La naissance de notre société libre (1804) va changer la face du monde colonial et esclavagiste. Haïti, fière et généreuse va exporter ses idées et méthodes, en participant dans de nombreux pays du continent américain à la suppression de cette barbarie initiée et imposée par les colons européens.
En revisitant ce passé de gloire, on se rend compte que les adversaires, de toutes natures, se sont organisées en un efficace système de blocage, pour détourner totalement la concrétisation de notre rêve d’égalité, de fraternité et de solidarité (c’était de l’internationalisme avant la lettre). De nombreux travaux de recherches historiques ont mis en évidence ces menées perverses.
Notre pays vit aujourd’hui sous un régime spécial d’occupation étrangère qui justifie sa légitimité par notre appartenance aux Nations Unies. Une souveraineté mise à mal, avilie et bafouée. Cette occupation de fait, tant qu’elle dure, constitue un handicap sérieux à la mise en commun des idées des différents groupes de notre société. Le rôle d’arbitre lourdement armé des occupants attise nos difficultés, en raison de la durée, de puissants intérêts sous-jacents à leur présence et le cortège de malheurs qu’ils engendrent. (Criminalité, propagation de maladie, jusque là inconnue chez nous).
Eu égard à la mission confiée à l’Université haïtienne d’être l’institution où le culte des valeurs de base de notre existence de peuple doit être rappelé, enseigné et célébré, il nous revient de lancer l’appel à leur récupération, l’appel au recouvrement de notre souveraineté nationale…»
Publier le : 24/05/2012 Auteur : Georges H. Honorat
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