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24 Novembre, 2004

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Insécurité: À quoi sert Gérard Latortue?

24 Novembre, 2004Gérard Latortue - Photo: Haïti Progrès

(Haïti Progès/Port-au-Prince) Un vent de panique a déferlé une nouvelle fois à Port-au-Prince le jeudi 25 novembre où des tirs se faisaient entendre dans les quartiers de Lalue, Poste Marchand, Belair et Nazon, obligeant les riverains, marchands, véhicules de transport et piétons à déserter ou à fuir ces lieux. Cela va de plus en plus mal au point de vue de la sécurité dans la capitale.

Justement, trois jours plus tôt, le 22 novembre, en plein centre-ville on devait enregistrer cinq blessés et au moins un mort, la propriétaire de «Modern Store» à la rue Geffrard, Soeurette Toussaint, la mère du chanteur Stanley Toussaint dit «Tantann». Selon l’époux de la victime, Destin Toussaint, sa femme a été attaquée et tuée de deux balles à l’intérieur de son commerce. Toussaint qui dénonçait le comportement des agents de la police qui s’amusent à circuler à tout bout de champs dans les rues sans assurer vraiment la sécurité de la population, a indiqué que des individus armés ont emporté bijoux et argent au moment du crime.

Quant aux personnes blessées, une d’elle réside au Carrefour de l’Aviation, trois à l’Avenue Magloire Ambroise et une autre employée au Ciné Capitol à la Rue Lamarre. Cette dernière a été atteinte quand des hommes en cagoules ont ouvert le feu sur le Petit Séminaire Collège Saint-Martial et le Ciné Capitol, situés dans la même zone. Le même jour, plusieurs véhicules ont été incendiés et des dégâts matériels importants enregistrés à la prison du Fort National, non loin du quartier populaire du Belair. D’après le gardien de ce centre de détention, le feu a été mis vers 5 :30 du matin. «Il n’y a plus de policiers ni de détenus au centre depuis les événements du 29 février», a-t-il signalé.

Au moins trois personnes avaient été tuées dans les quartiers Saint-Martin et Sans Fil le 18 novembre, lors de l’intervention d’individus vêtus de noir présumément de la police au Belair. L’une des personnes lâchement abattue devant sa maison est un sexagénaire. Sa femme a désigné les ex-militaires d’être les auteurs de cet assassinat. Un commissaire de police et un ex-militaire ont été également blessés lors des échanges de tirs, d’après la porte-parole de la PNH Jessie Cameau Coicou.

«Nous sommes tous à la merci des bandes armées, puisque nous sommes dans l’impossibilité de dire avec exactitude qui sont ceux qui opèrent et qui les commanditent»; «Dans cette jungle, n’importe quel secteur peut utiliser ses armes pour imposer sa loi comme il l’entend», tels sont généralement les commentaires que font sur la situation les habitants de la région métropolitaine qui ne s’en laissent plus conter par le Premier ministre Latortue et sa bande qui voudraient à dessein jeter le blâme sur les partisans Lavalas.

Ainsi, l’un des grands alliés de Latortue et porte-parole de la Convergence démocratique, Micha Gaillard, a déjà trouvé «les coupables», en pointant du doigt les lavalassiens. «Nous n’avons d’indication ni d’indice prouvant que le gouvernement par le biais du président et du Premier ministre et les autres ministres alimentent la violence… En grande partie, le secteur Lavalas est responsable de cette situation, car aucun responsable du dit secteur ne s’en est pas prononcé», a diagnostiqué le brillant Micha Gaillard.

De son côté, Gérard Latortue a réitéré pour une énième fois que le premier obstacle est de désarmer tous les gangs dans le pays, à un moment où les ex-militaires, et les ex-rebelles circulent pourtant, à sa barbe, en toute quiétude avec armes et munitions. Latortue qui s’exprimait sur TV5, ce 22 novembre, a indiqué que son gouvernement par le truchement de la Minustah et de la police œuvre à identifier les co-auteurs des violences commanditées supposément par l’ancien président Aristide, en exil forcé en Afrique du Sud depuis le kidnapping du 29 février. Sur ce, Latortue croyait encore avoir trouvé une solution: il a annoncé la création d’une «commission d’aide aux victimes de la violence». Selon lui, cette «commission» (une de plus) a pour tâche de fournir une assistance aux blessés, aux familles des victimes en deuil, aux personnes déplacées en raison de leurs opinions politiques. Souhaitons que cette énième commission de Latortue soit la bonne!

Pour sa part, la Commission nationale Justice et Paix a invité les autorités à adopter des mesures adéquates pour rétablir la paix publique, en faisant remarquer que ce sont les jeunes qui continuent de faire les frais du climat de violence. Dans son dernier rapport, l’un des responsables de la Commission, le père Hansen, fait état de 60 jeunes assassinés dans le cadre des violences qui ont frappé Port-au-Prince au cours des mois de septembre et octobre pour fustiger la politique du gouvernement de facto qui se sert de la violence et de la répression sous prétexte de combattre l’insécurité.