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24 Novembre, 2004

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Actualité Politique
Insécurité:
Latortue au pied du mur?

24 Novembre 2004

(Haïti PJames B. Foleyrogrès/Port-au-Prince) Plus d’une quarantaine de personnes, dont une trentaine aux Cayes et une dizaine dans un quartier populaire de la capitale, ont été arrêtées le 16 novembre. Le premier groupe a été interpellé par la police à Simon, dans les alentours de la ville des Cayes, pour implication présumée dans l’assassinat d’un ex-militaire dans le Sud, du nom de Menès Saintal, tandis que le second groupe a été appréhendé par un contingent composé d’ex-militaires agissant en «agents de l’ordre» qui ont défoncé les portes de plusieurs maisons, maltraité les occupants, parmi eux des enfants et deux policiers, dans le secteur de Delmas dans la capitale.

Des tirs sporadiques étaient également entendus entre-temps dans plusieurs autres secteurs, presque partout dans des quartiers populaires de la capitale, tels que Delmas 40, Delmas 31, Delmas 17, Poste Marchand, Portail Léogâne et La Saline, etc. Deux jeunes ont été froidement abattus par des policiers à Delmas 17.

De leur côté, les commerçants du marché Tête Bœuf dans le centre-ville ont dénoncé ce climat anarchique où le gouvernement de facto et la Minustah semblent avoir laissé les mains libres aux anciens militaires pour opérer à leur guise. Ils ne savent plus si ce sont des bandits de droit commun ou simplement des ex-militaires en action.

«Cette situation a trop perduré. Nous ne pouvons pas vaquer normalement à nos activités car des hommes armés non identifiés nous intimident…»,

s’est plaint un étalagiste. Les petits commerçants, qui ont en l’occurrence enregistré de graves pertes, ont sommé les autorités de facto de garantir la sécurité publique.

Pour sa part, la Commission épiscopale nationale Justice et Paix de l’Archidiocèse a aussi lancé un appel en ce sens aux autorités de facto qui laissent faire. Dans une lettre ouverte adressée au régime, elle dénonce le laxisme face aux bandits, signalant:

«Plus de 150 personnes, dont des enfants, ont été tuées par balles, au cours des mois de septembre et d’octobre.»

A un moment où les ex-rebelles regroupant des tortionnaires du Fraph, des anciens macoutes, des ex-militaires qui se posent de plus en plus avec audace en «garants de l’ordre public», l’expert «indépendant» des Nations unies pour les droits de l’homme, Louis Joinet,  qui clôturait une mission d’information de dix jours sur la situation des droits humains,  a repris le refrain habituel, et s’est prononcé sur la nécessité d’élaborer des mesures efficaces pour mettre en application les programmes de désarmement qui, selon lui, se révèlent complexes. Joinet  a complété sa mauvaise comédie en dressant un bilan et «pressé» le gouvernement de facto à adopter des mesures concrètes pour garantir la sécurité de la population. Il sait bien que Boniface Alexandre et Gérard Latortue ne sont là que pour acquiescer à la volonté de l’ambassade des Etats-Unis et que les deux dirigeants de facto n’ont aucun pouvoir direct sur la Minustah.

L’ambassadeur des États-Unis James B. Foley, cyniquement reste dans le vague, fait passer le temps et a déclaré pour sa part:

«Je crois que les violences ont contribué à retarder le progrès économique, ce qui est la chose la plus tragique pour le peuple haïtien et cette violence coûte en premier lieu au plus pauvre, au plus démuni…Il y a eu effectivement des lenteurs du côté international, en dehors des problèmes de violence. Nous trouvons qu’il y a une responsabilité des deux côtés, du côté national, côté du gouvernement qui aussi avait du mal à s’organiser pour approuver des projets pour qu’on puisse aller décaisser. Donc, effectivement, nous attendons une amélioration de la performance gouvernementale, une meilleure efficacité, une plus grande accélération et détermination.»

Les promesses d’aide d’un milliard et demi de dollars annoncées en grande pompe à Washington en juillet dernier n’étaient pourtant subordonnées à aucune condition préalable de performance gouvernementale. Au contraire, c’est cette «aide» qui devait contribuer à ramener la paix en permettant de lancer les «grands chantiers routiers à forte utilisation de main-d’œuvre» de Gérard Latortue!. Foley n’a pas non plus précisé les critères d’appréciation retenus pour évaluer cette «performance». Serait-ce l’intensification de la répression des masses populaires et des dirigeants, militants et sympathisants du parti Lavalas? Longtemps avant la réunion des bailleurs de fonds de juillet, Washington, Paris et Ottawa ne promettaient-ils pas de meilleures conditions de vie aux Haïtiens, sans autre condition de performance gouvernementale que le seul départ du président Aristide du pouvoir? ministre de facto Gérard Latortue qui faisait part au mois d’octobre de la «tentation» qu’il avait eue de les utiliser à défaut d’effectifs suffisants dans la PNH. En fin de compte, un anniversaire de Vertières qui n’a pu être véritablement célébré par ceux qui gardent au cœur et à l’esprit la défense de la souveraineté nationale.

photo: L’ambassadeur des États-Unis James B. Foley - © Haïti Progrès

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