6 Juillet, 2005

July 6, 2005

6 Jiyé, 2005
Vol. 23 No. 17
La Minustah prend toutes les cartes?

« L’intérêt des Nations unies…c’est d’être efficace et de travailler pour le bien-être de la population haïtienne. Cette décision entre dans le cadre des dispositions visant l’efficacité de l’institution policière d’Haïti. La Minustah veut faire de la PNH une force professionnelle.»

Après plusieurs mois d’hésitation et de non-dits, le Conseil de sécurité des Nations unies a décidé de placer officiellement la Police nationale (PNH) sous la tutelle de la Minustah Cette mesure a été entérinée, comme nous l’avons indiqué dans notre précédente édition, par la Résolution 1608 du 22 juin par le Conseil de sécurité dans ses points 5 et 8 qui disent: «Le Conseil de sécurité prie le secrétaire général de lui présenter un plan de réforme de la Police nationale haïtienne, élaboré par la Minustah et par les autorités haïtiennes, indiquant les effectifs prévus, les normes, le calendrier d’application et les ressources nécessaires; (…) réaffirme que la Minustah a le pouvoir de soumettre à des contrôles de sécurité et d’agréer les membres actuels de la Police nationale haïtienne et ceux qui sont sur le point d’être recrutés, et demande instamment au gouvernement de transition de veiller à ce qu’aucun policier haïtien ne puisse exercer ses fonctions sans avoir été agréé et à ce que les autorités haïtiennes tiennent compte, à tous les échelons, et sans retard, des conseils et recommandations techniques formulés par la mission.» Cette résolution consacre ainsi sans équivoque la prise en charge de la sécurité par les forces d’occupation.

Une mesure tellement humiliante pour le régime de facto et ses complices, si toutefois il resterait encore un soupçon de dignité aux politicards de l’ex-opposition, que le chef civil de la Minustah, Juan Gabriel Valdés aura cru bon d’esquisser certaines «nuances»: «L’intérêt des Nations unies, a-t-il alors dit, c’est d’être efficace et de travailler pour le bien-être de la population haïtienne. Cette décision entre dans le cadre des dispositions visant l’efficacité de l’institution policière d’Haïti. La Minustah veut faire de la PNH une force professionnelle.»

Mais, pour la galerie ou redoutant de voir réduire l’influence de la bourgeoisie, dont les pressions sur le régime de facto ne suffiront plus sans l’assentiment de la Minustah pour réprimer sans retenue aucune les quartiers populaires, le No 2 du Groupe des «184», Charles Henri Baker, a rejoué la petite scène «nationaliste», allant effrontément jusqu’à s’identifier au «peuple». «Je crois que ceci constitue une nouvelle gifle donnée au peuple haïtien, qui ne mérite pas un tel traitement. Nous avons montré que nous sommes un peuple trop courageux et trop intelligent pour que l’international nous ridiculise. Car, nous pensons que le bilan de la Minustah est négatif. Beaucoup de gens pensent même que la Minustah s’engage davantage à protéger ceux qui nous terrorisent», s’est plaint Baker, qui pense en outre que la Résolution 1608 tente plutôt à masquer l’échec des Casques bleus.

Le dirigeant du parti Greh, Himler Rébu, a abondé sur le même air: «C’est une décision catastrophique, en ce sens qu’on accorde à des incapables de la Minustah le droit de décider sur des gens qui ont un certain professionnalisme et l’avantage de la connaissance du terrain. Nous croyons que le gouvernement n’a pas protégé les policiers, en ce qui a trait à leur moral. Néanmoins, les policiers ne doivent pas se laisser démoraliser.» Et Himler Rébu encore moins? Tant que la Minustah ne fera pas trop pencher la balance en faveur de ses rivaux!

Ces larmes de crocodile ne trompent point, et sont plutôt la conséquence de frustrations d’une macouto-bourgeoisie qui voit l’occupant s’accaparer progressivement de tous les leviers pour distribuer lui-même les rôles aux différents secteurs qui lui sont inféodés. La frustration ne saurait être que passagère. Ce sont d’ailleurs ces mêmes individus qui ont réclamé l’intervention militaire étrangère lorsqu’il s’agissait de renverser le pouvoir constitutionnel Lavalas et qui réclament en outre l’envoi des Marines des USA.