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Déclaration de politique générale du
Premier ministre Jacques Edouard Alexis, soumise à l'appréciation des sénateurs
et députés respectivement les 6 et 7 juin…
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La déclaration de politique générale du
Premier ministre Jacques Edouard Alexis, soumise à l'appréciation des sénateurs
et députés respectivement les 6 et 7 juin, a été unanimement approuvée après des
longues heures de débats, disons plutôt de palabres.
Au
prime abord, le Premier ministre a énuméré les conditions qu’il juge
nécessaires pour la mise en application de tout plan de développement du pays. «La
première condition devra nous permettre de vivre en paix, ce que réclament les Haïtiennes
et les Haïtiens. En ce sens, le gouvernement prend comme premier
engagement de mettre en application une politique permettant à tous les
secteurs de se parler… La deuxième condition consiste à permettre l'existence
sur tout le territoire de tous les services les plus importants. Le
gouvernement appliquera une politique qui sera fixée sur toutes les communes
des départements… En ce qui a trait à la troisième condition, il faut qu'il y
ait un équilibre entre l'augmentation annuelle de la population et
l'augmentation de notre production nationale, de nos investissements et de nos
services… Dernière condition. Le peuple veut que l'Etat puisse prendre sa
responsabilité en mettant de l'ordre et de la sécurité en faveur des vies et
des biens. Bref, il réclame la restauration de l'autorité de l'Etat», a
souligné le chef du gouvernement.
Puis, Jacques Edouard
Alexis a mis en avant les deux grandes orientations qui doivent guider l'action
de son gouvernement: «Il s’agit, d’une part, de la construction de l’Etat
moderne et du renforcement des institutions démocratiques et, d’autre part, de
la création des conditions favorables à l’investissement en vue de la création
de richesses au bénéfice de l’ensemble de la population.» Concernant
«l’investissement», la déclaration de politique générale indique: «Sans
négliger le rôle éminemment économique de l’investissement public comme moyen
d’accroissement de la demande interne, mon Gouvernement n’oubliera pas que
l’investissement privé reste le moteur de la croissance. Ce type
d’investissement sera recherché non seulement à cause des flux nouveaux de
capitaux qu’il amène dans l’économie, mais aussi et surtout en raison des
emplois qu’il crée et des innovations qu’il véhicule avec lui dans la
technologie et le savoir-faire managérial.»
A ce niveau, outre le
secteur du tourisme souligné par le Premier ministre, trois autres domaines
sont également ciblés pour la promotion de l'investissement privé: «Le
deuxième secteur prioritaire pour l’investissement privé est celui des
télécommunications et des nouvelles technologies de l’information. Encore une
fois, il s’agit là d’un domaine où un effort colossal combinant l’action
publique et l’intervention privée sera nécessaire pour mettre les services au
niveau des besoins des usagers… Le troisième secteur de priorité sera bien sûr
celui de l’industrie manufacturière. Nous soutiendrons en particulier les
nouvelles initiatives et les projets de renforcement des capacités dans des
programmes de construction de parcs industriels et de zones franches… Enfin,
parlant d’investissement privé, nous avons aussi à l’esprit ces innombrables
petits producteurs tant du secteur agricole que des centres urbains qui ont
appris à survivre sans aide de l’Etat, sans crédit bancaire, sans institution
d’encadrement et au sein d’un cadre réglementaire qui ignore leur contribution
à l’économie nationale et à l’équilibre de la société.»
Sont ensuite
présentées les actions prioritaires de la nouvelle équipe gouvernementale. Avec
tout d'abord, le lancement du projet
dénommé «Programme d'Apaisement Social» (PAS). «Le Programme
d’apaisement social vise à répondre à très court terme à diverses demandes
sociales, à apaiser la misère des plus démunis et à constituer des amorces aux
initiatives plus structurantes. Il s’agit d’une banque de fiches de plus de
trois cents (300) projets et interventions à réaliser dans les divers secteurs
de la vie nationale dans les différents départements et communes de la
République». Vient après «Le financement du PAS qui sera assuré en partie par
les fonds propres de l’Etat et en partie par des fonds provenant de la
communauté internationale.»
Dans le domaine de la
sécurité et de la justice, le document déclare que «L’objectif dans ce
domaine est clair. Il nous faut reconquérir notre pleine souveraineté, et pour
atteindre ce résultat nous devrons faire la Paix entre nous. Mon Gouvernement y
consacrera tous les efforts voulus.»
De plus, le Premier
ministre a réitéré le souhait déjà exprimé en maintes occasions par le
président René Préval, de voir se poursuivre la mission des Casques
bleus des Nations unies en Haïti: «Il nous faudra pendant un temps
encore utiliser l’appui des pays amis pour garantir la stabilité de l’État et
la sécurité des personnes. Cet appui devra nous permettre de professionnaliser
la Police nationale d’Haïti, d’atteindre un niveau d’effectif suffisant et de
la doter des moyens nécessaires à l’exercice de ses fonctions. (…) Une
Police efficace n’a de sens que si le système judiciaire est en mesure de
répondre adéquatement aux besoins. En fait, c’est toute la problématique de la
chaîne pénale qui est en jeu. Mon Gouvernement préconise une approche intégrée
Justice/Police pour doter le pays d’un système capable de garantir la sécurité des
citoyens, de lutter efficacement contre la contrebande, les narcotrafiquants et
les bandes criminalisées.»
En ce qui a trait à
la gestion et le budget, il déclare: «Mon Gouvernement prendra toutes les
mesures pour la mise en place des conditions favorables à la relance des
investissements, notamment en assurant une gestion rigoureuse du cadre
macro-économique pour limiter l’inflation, stabiliser les taux de change et
pratiquer une discipline fiscale appropriée. Il nous faudra aussi mettre à jour
le cadre réglementaire des investissements.»
Et bien sûr, il est
question de la «production nationale»
qu’Alexis aborde ainsi: «La production agricole étant le fer de lance de la
production nationale, un ensemble de mesures seront mises en œuvre pour la
modernisation et pour la transformation d’une agriculture largement de
subsistance en une agriculture d’entreprenariat, tenant compte des
potentialités naturelles dans le cadre d’un développement durable. La reprise
de la réforme agraire figure dans la liste de ces mesures… Il nous
faudra inscrire notre démarche dans une perspective plus globale de
développement du milieu rural. On insistera enfin sur la nécessité de
développer des centres où se pratique la recherche appliquée sur l’ensemble des
problèmes et défis du monde paysan… La relance de la production nationale sera
la clé de voûte du programme socio-économique du Gouvernement et la plupart des
mesures de cette déclaration de politique générale y concourent à des degrés
divers.»
Une place importante
semble aussi être accordée par le Premier ministre aux infrastructures: «Le
gouvernement accordera une attention spéciale aux infrastructures nécessaires
pour la relance de la production nationale et l'amélioration de l'accès aux
services de base, à la sécurité et à la justice. Il adoptera les actions
appropriées pour développer
notre réseau routier et le maintenir en bon état, pour réhabiliter nos
infrastructures portuaires et aéroportuaires, pour réorganiser le système de
transport en commun de
la capitale et entre les différentes villes du pays, pour régler l'action des
opérateurs téléphoniques en vue de protéger convenablement le consommateur …»
Et l'environnement aussi trouve sa place: «Mon
Gouvernement accordera une attention toute spéciale à la poursuite de la mise
en œuvre du Plan d’action pour l’environnement (PNE) adopté en 1999. Nous avons
l’intention de renforcer le cadre juridique et réglementaire de
l’environnement, y compris la préparation de plans d’action environnementale,
l’établissement de règlements et de systèmes concrets d’incitations et de
sanctions visant à promouvoir la préservation de l’environnement… Offrir de
l’eau de meilleure qualité, en plus grande quantité, améliorer et augmenter les
infrastructures d’assainissement, tel est l’objectif global à atteindre dans le
cadre des OMD...»
Toutefois, on pourrait lui suggérer en cette matière qu’au lieu
d’entretenir un ministère de l’Environnement dont le budget ne saurait être que
ridicule, pourquoi ne se contenterait-il pas d’avoir une Direction de
l’environnement au ministère de l’Agriculture et des Ressources naturelles. Le
salaire de ce ministre pourrait faire œuvre utile et son titulaire n’aurait pas
à empiéter sur le travail des mairies en s’occupant de la voirie pour se
paraître de quelque utilité?
Malheureusement cet
énoncé du Premier ministre n’aura pas soulevé de véritables questions quant aux
moyens tant financiers qu’humains qui seront disponibles ou récupérables pour
rendre effectives les mesures mises de l’avant par le chef de gouvernement. Le
président de la Commission justice et sécurité du Sénat Youri Latortue et à sa
suite le sénateur du Sud Gabriel Fortuné n’ont trouvé pour leur part que de
plaider pour le rétablissement de l’ancienne armée. Ces deux compères savent
bien qu’ainsi ils ne font que se livrer à de la démagogie, car ils ne sont
nullement intéressés à examiner le coût financier pour restaurer et entretenir
leur «dada», dans un pays réduit à la mendicité en partie par des individus de
leur acabit. Fortuné a été d’ailleurs rapidement et courtoisement remis à sa
place par le Premier ministre Alexis, qui disait justement que c’est par
l’irresponsabilité de plusieurs que le pays se trouvait sous les bottes de la
Minustah. Question justice, c’est seulement à la Chambre des députés que l’un
des parlementaires lui a signalé la situation des prisonniers politiques.
En résumé, comme le
lecteur s’en rendra compte avec les principales lignes de cet énoncé que nous
présentons ci-dessus, il s’agit d’un texte, sans doute «habile» politiquement
dans la conjoncture et le caractère «pluriel» du gouvernement, mais c’est à
court terme. Car la situation actuelle réclame beaucoup plus que ce
«conservatisme» élégant. Il faudra sans aucun doute un peu plus d’audace pour
ne pas maintenir le statu quo. Au milieu des généralités, on aurait aimé sans
doute savoir de quoi le Premier ministre veut parler en invoquant la
«production nationale», sans toucher à la question incontournable, par exemple,
de la production du riz qui de 154 mille tonnes a été réduite à 77 mille tonnes
en une vingtaine d’années, tandis que des importateurs font leurs choux gras du
riz de dumping en provenance des Etats-Unis en commercialisant pour leur part
plus de 300 mille tonnes dans le pays (voir à ce sujet le texte d’Ilionor Louis
dans notre rubrique «Perspectives» dans ce numéro: «Erreurs dans le discours de
la pauvreté sur Haïti»). Les paysans de
cette région finiront-ils par avoir d’autres moyens de survie que de venir
s’entasser dans les innombrables bidonvilles insalubres et déjà surpeuplés de
la capitale ou des grandes villes de province, car ce n’est certainement pas
avec de petites exploitations expérimentales de café ou de bambou qu’ils
pourront tous se nourrir et bénéficier des services projetés avec la
décentralisation. Alexis ne donne non plus aucun indice sur les moyens qu’il
mettra en œuvre pour trouver le nécessaire pour amorcer son programme.
Il y aurait
certainement beaucoup d’autres observations à faire sur cet énoncé de politique
générale de Jacques Edouard Alexis, mais ne mettons pas la charrue devant les
bœufs, et attendons que cette Déclaration passe du général au concret sinon au
réel.
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