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José Miguel Insulza «Nous
espérons pouvoir finaliser, dans les prochaines semaines, l’élaboration d’un
nouveau programme de travail de l’OEA en Haïti, en coordination avec le
gouvernement, les organismes régionaux et les organisations internationales,
particulièrement les Nations unies… »
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Les ministres des Affaires étrangères des
trente-quatre pays membres de l’OEA, à l’exception de Cuba, se retrouvaient à
Santo Domingo, en République dominicaine, du 4 au 6 juin pour la trente-sixième Assemblée générale de
l’Organisation hémisphérique. Pour
représenter Haïti, c’était encore le ministre de facto sortant des Affaires
étrangères, Hérard Abraham, qui conduisait la délégation. On peut essayer de
comprendre, étant donné que le titulaire actuel Reynald Clérismé n’allait être
assermenté que le 9 juin suivant, mais quand même Abraham aurait pu déléguer
quelqu’un à sa place, puisque sa présence s’est révélée insignifiante. Il
aurait pu faire comme sa patronne, la secrétaire d’État des Etats-Unis,
Condoleezza Rice que remplaçait en la circonstance son sous-secrétaire d’État
Robert Zoellick. Mme Rice avait, paraît-il, annulé sa participation «pour des
raisons d’agenda».
Sous le thème de
«gouvernabilité et développement dans la société du savoir», la rencontre
débutait avec les discours respectifs du président du pays hôte Leonel
Fernàndez et du secrétaire général de l’OEA, le Chilien José Miguel Insulza. Ce
dernier, sous prétexte de plaider pour l’unité des pays latino-américains
«menacée par une rhétorique enflammée» alimentait plutôt de façon implicite
mais insidieuse l’hystérie du représentant péruvien contre la République
bolivarienne du Venezuela. D’ailleurs le représentant de Washington Robert
Zoellick ne s’y est pas trompé qui a vu qu’Insulza lui tendait en quelque sorte
la perche pour renchérir, effrontément, en accusant le président vénézuélien
d’«ingérence dans les processus démocratiques du Pérou, du Nicaragua et
d’autres…» Pourtant Dieu seul sait que
lorsqu’on parle d’ingérence on pense tout de suite aux Etats-Unis qui, non
seulement interfèrent politiquement et économiquement, mais militairement,
procédant même à des kidnappings de chefs d’État, comme ils le faisaient encore
le 29 février 2004 en Haïti.
Heureusement
José Miguel Insulza trouvait bien vite un sujet où il pouvait se laisser à ses
réjouissances incantatoires, en parlant de l’avancement du processus
démocratique en Haïti et de l’inestimable contribution à cette fin de l’OEA,
disant: «Il s’agit d’un des registres électoraux les plus modernes des
Amériques et qui servira de base au registre d’état civil de toute la
population haïtienne… En Haïti, nous avons travaillé avec le gouvernement, le Conseil électoral
et les Nations unies en vue de l’organisation d’élections transparentes avec la
participation de tous les secteurs de la population haïtienne.» Malheureusement il y a un secteur qui
reste exclu, même s’il a contribué plus que tout autre à donner dans une
certaine mesure et à un certain niveau de la crédibilité à ces élections.
Et Insulza poursuivait son
«ingérence» en ces termes: «Nous espérons pouvoir finaliser, dans les
prochaines semaines, l’élaboration d’un nouveau programme de travail de l’OEA
en Haïti, en coordination avec le gouvernement, les organismes régionaux et les
organisations internationales, particulièrement les Nations unies. Notre
expérience en Haïti démontre que les organismes internationaux doivent
et peuvent travailler de façon coordonnée en vue d’obtenir les meilleurs
résultats possibles.»
Pour sa part, le chef de la mission
spéciale de l’OEA en Haïti, Denett Modeste mettait l’emphase sur quelques
points contenus dans la résolution de l’Assemblée: «L’OEA demande à ce que
tous les arrangements nécessaires soient faits pour la tenue des élections
municipales et locales le plus tôt possible. L’OEA souligne l’importance d’un
dialogue inclusif afin de promouvoir une politique harmonieuse, une
réconciliation nationale et la paix… L’OEA demande au gouvernement d’Haïti
d’adopter toutes les mesures nécessaires pour la réforme du système judiciaire
qui inclut en urgence l’accélération des procédures judiciaires afin de
garantir que les droits constitutionnels des personnes détenues soient
respectés et de réduire le nombre si élevé de prisonniers qui attendent de
passer en jugement …. L’OEA demande aux institutions financières
internationales et aux partenaires d’Haïti en toute urgence et conformément aux
priorités de développement du gouvernement
d’Haïti de prolonger leur appui financier au programme afin de
promouvoir l’éducation, créer du travail, éradiquer l’analphabétisme…» Finalement voilà, après deux ans de régime
de facto, que l’OEA se préoccupe des prisonniers politiques. Autrement dit,
c’est au nouveau gouvernement constitutionnel de s’en occuper, d’avoir le
courage de se débarrasser de cet héritage en prenant sur lui de faire libérer,
sans se cacher derrière des artifices, toutes ces personnes qui croupissent
arbitrairement et injustement en prison.
Quant à l’appel lancé par Denett
Modeste aux institutions financières «en toute urgence de prolonger leur appui
financier», il est le bienvenu, mais il est un fait que c’est devenu un refrain
ressassé repris tout récemment encore lors de la visite du président Préval au
siège de l’OEA à Washington à la fin du mois de mars dernier; et cet «appui»
quand il arrive, c’est toujours sous la forme des chantages de la Banque
mondiale et du FMI. Il est temps par exemple que le gouvernement haïtien, dans
ses futures négociations, les fasse dans la transparence, sans rien cacher à la
population des conditions qui lui sont imposées. Et ce n’est pas en jouant à
l’autruche, en faisant acte de présence silencieuse ou d’acquiescement à ces Assemblées
formelles délaissées même par la secrétaire d’État de Washington, que le
comportement des décideurs et de leurs perroquets changera à l’endroit d’Haïti.
Autant continuer à y envoyer Hérard Abraham ou ses clones!