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Le directeur central de la police judiciaire (DCPJ), Michaël Lucius, a
comparu durant deux heures le 31 mai devant le juge d’instruction Napela
Saintil, dans le cadre du dossier des kidnappings. Le magistrat s’est refusé
par la suite à tout commentaire, s’abritant derrière le secret de
l’instruction.
Toutefois la comparution de Michaël Lucius
intervient au moment où la Police nationale et l’appareil judiciaire sont à couteaux tirés. Le conflit a commencé
apparemment en février dernier, suite à un rapport de la DCPJ dénonçant la
libération, en échange de grosses sommes d’argent, de plusieurs bandits
présumément impliqués dans des assassinats et des kidnappings. Des juges et
substituts commissaires de gouvernement ont d’ailleurs été mis en disponibilité
pour ce scandale, qui avait sans aucun doute dépassé les limites pour amener
une réaction de la part des corrompus du régime de facto.
Trois mois plus
tard, Michaël Lucius a dénoncé un complot visant à l’assassiner, lui et sa
famille, y compris ses enfants, dans une longue lettre de six pages adressée le
25 mai au commissaire du gouvernement, Me Fredd’Herck Lény, un plan ourdi, d’après l’intéressé, par des
magistrats, des avocats, des agents de l’Administration pénitentiaire (Apena),
également des journalistes et des bandits recherchés par la police. Lucius a
aussi affirmé avoir échappé de justesse à une embuscade le 26 mars sur la
nationale Nº 1.
Attribuant ces
persécutions à son rapport du mois de février mettant en cause l’intégrité des
magistrats, Lucius écrit: «Certains juges
ont alors juré de mettre fin à mon arrogance. Ils ont ainsi, à travers
un réseau constitué de certains agents de l’Apena, fait comprendre à tous les
détenus au Pénitencier national qu’ils y sont encore à cause de l’actuel
directeur central de la Police judiciaire.» Toutefois il a cru devoir
signaler que «la lettre en soi n’est pas une plainte mais elle
constitue une dénonciation des actes d’intimidation et donne des pistes à la justice pour d’éventuelles
enquêtes criminelles». Mais
malheureusement pour lui, en l’occurrence il est dans les faits en train de se
plaindre à ceux qu’il considère comme
ses persécuteurs, à moins qu’il considère «la justice» en faisant abstraction
de ceux qui justement la représentent?
Il est vrai qu’il a bien pris la peine de mentionner «certains» juges,
et il doit bien savoir lesquels lui veulent du mal pour ne pas aller se jeter
de lui-même dans la gueule du loup.
Selon lui, dans
certains cabinets d’instruction, les interrogatoires sont dirigés de telle
sorte que les bandits interpellés pour kidnapping ou autres infractions graves
le dénoncent comme leur véritable patron et que des journalistes «sont soudoyés
pour préparer l’opinion publique» concernant son implication dans les
kidnappings.
Le juge Napela
Saintil et les journalistes en question entretiennent des relations
particulières à cette fin, d’après lui et en outre des bandits ont récemment
été libérés en vue de mettre à exécution le plan de son assassinat, citant
particulièrement trois: Harold Gaspard, ex-policier révoqué pour implication
présumée dans plusieurs crimes dont les assassinats en 2000 d’un chauffeur du
consulat dominicain Jose Rafael Jimenez et d’un employé de la Fondation Kole
Zepòl, Amos Jeannot. Faisant l’objet de mandat d’amener au cours de la même
année, Harold Gaspard a finalement été arrêté en 2004 suite à l’enlèvement de
Juan Jaar le 28 avril 2004 dans lequel il était présumément impliqué. Evadé du
Pénitencier national le 19 février 2005, le fugitif a été arrêté à nouveau le
15 janvier dernier pour implication présumée dans des vols de véhicules. Le 12
mai, il a été libéré sans autre forme de procès, précise le responsable de la
DCPJ.
Le lendemain 13
mai, toujours selon Lucius, Robenson Bien-Aimé alias Ti Ben a été libéré à son
tour. Activement recherché par la DCPJ pour le kidnapping et le viol d’une dame
de 66 ans, Robenson Bien-Aimé avait été appréhendé le 5 avril à Port-au-Prince.
Et le 22 mai,
Johnny Cicéron, individu extrêmement dangereux, selon Michaël Lucius, était
également libéré «sans aucune forme de procès». Arrêté le 4 mai 2004 dans le
cadre des enlèvements de Anna Masucci le 21 mars 2004 et, de Juan Jaar, le 28
avril 2004, Johnny Cicéron s’était enfui de prison à la faveur des événements
du 19 février 2005. Mais le 14 octobre 2005, il a été appréhendé à nouveau pour
les assassinats du policier Daniel Myrthil, et du journaliste Jacques Roche,
respectivement le 6 juin et le 10 juillet 2005. «Ces trois individus, récemment
libérés, auraient été, entre autres, engagés pour m’assassiner ou attenter à la
vie de mes enfants ou à celle des membres de ma famille » affirme Michaël
Lucius, qui déclare toutefois être plus que jamais déterminé à combattre la
criminalité organisée.
Sur
l’entrefaite, confortant les accusations de Lucius, l’Institut mobile haïtien
d’éducation démocratique (IMED) a réclamé des éclaircissements sur la
libération par des juges de 17 présumés criminels, parmi lesquels les trois
individus cités par Michaël Lucius, sous le « prétexte » dénoncé par
cet organisme que leurs dossiers étaient incomplets ou que les prisons sont
surchargées. «Les juges feraient mieux de traiter les dossiers en souffrance
au lieu de livrer la population aux griffes de ces individus accusés de
meurtres, de kidnappings, de viols», s’indigne la responsable de l’IMED,
Kettly Julien.
À
l’émission «Invité du jour» de Radio Vision 2000, du 30 mai, le directeur
général de la Police nationale, Mario Andresol a réaffirmé le soutien du haut
commandement de la police à Michaël Lucius, indiquant que les difficultés que
connaît ce dernier actuellement sont dues à son sens de responsabilité et à son
honnêteté.
Par
ailleurs, les policiers affectés à la sécurité du Palais de Justice, du parquet
de et du Tribunal de paix, ont été rappelés par la Direction générale de la
Police nationale. Le porte-parole Frantz Lerebours a déclaré, sans doute pour
éviter de laisser croire à une mesure de rétorsion, qu’il s’agissait d’une
décision provisoire, prise dans le cadre d’un programme de contrôle, de
régulation d’enregistrement de nouveaux policiers. Le Conseil de l’Ordre des
avocats de Port-au-Prince s’est cependant déclaré inquiet pour la sécurité des
juges. Michaël Lucius semble l’être tout autant pour sa personne et pour les siens.
Qui aura le dernier mot? on ne sait trop, mais l’héritage empoisonné du régime
de facto de Gérard Latortue n’en finit pas de s’alourdir.
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