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Edmond Mulet a bien choisi le moment, car ses propos interviennent dans un contexte où des magistrats sont accusés de libérer à leur guise de présumés bandits et kidnappeurs arrêtés par la Police.actual caption
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Dans une interview accordée le 27 mai à
l'Associated Press, le nouveau chef civil de la Minustah et représentant
spécial du secrétaire général des Nations unies en Haïti, le Guatémaltèque
Edmond Mulet, a exprimé son intention de négocier avec les autorités haïtiennes
pour intégrer des magistrats francophones étrangers dans le système judiciaire.
« Nous devons conclure des contrats avec
des fonctionnaires internationaux parce qu'il n'y a pas de fonctionnaires
haïtiens. Nous devrons faire venir des juges de pays francophones, de France,
du Québec et d'Afrique qui maîtrisent plus ou moins le système juridique
français. En août, on va renouveler
le mandat de la Mission et ce dont il s'agit maintenant, c'est d'aller vers
l'élargissement du mandat. L'objectif est de transformer cette présence de
sécurité et de stabilisation en quelque chose centré purement sur le
développement.»
Après
les vastes remous provoqués dans le pays par ces déclarations qui rognent encore
plus une souveraineté nationale déjà fort mal en point, le nouveau patron de la
Minustah, qui vient remplacer Juan Gabriel Valdés, à son arrivée à l'aéroport
Toussaint-Louverture le 2 juin pour a tenté de mettre un bémol à ses propos,
déclarant cette fois: «L'assistance
internationale, l'aide de la communauté internationale n'est pas une tutelle.
Les Nations unies n'ont aucun projet, aucune intention qui conduirait à mettre
Haïti sous tutelle. Je suis ici pour aider Haïti, le dialogue et la discussion
seront le fondement de mon travail avec les autorités haïtiennes pour
déterminer la meilleure forme d'assistance que la Minustah peut apporter à
Haïti. Je suis informé des vives
réactions qu'a provoquées l'interview que j'ai donnée récemment dans laquelle
j'ai exprimé quelques idées quant à la possibilité d'apporter une assistance
pour lutter contre le dysfonctionnement du système judiciaire haïtien. Les
idées doivent être discutées avant d'être acceptées ou non. Le rejet immédiat
empêche la discussion, cela est dommage. Seule la discussion et le dialogue
permettent de trouver des solutions qui mettent tout le monde d'accord.» Il
faudrait donc discuter avec lui, alors que c’était lui qui ne s’était point
soucié de «dialoguer» avant d’émettre unilatéralement son projet.
Ces
«rectifications» de Mulet ne sont point de nature à convaincre qui que ce soit.
Il paraît évident que la principale mission de ce nouveau mandataire de
l’impérialisme, en service commandé, ne serait autre que d'accélérer le
processus d'affaiblissement des derniers vestiges de souveraineté en
s'attaquant d’emblée à l'appareil judiciaire, ce qui permettra à Washington et
à ses alliés de faire planer constamment une épée de Damoclès contre toute
personne jugée «coupable» de nuire à leurs projets.
De
plus, Edmond Mulet a bien choisi le moment, car ses propos interviennent dans
un contexte où des magistrats sont accusés de libérer à leur guise de présumés
bandits et kidnappeurs arrêtés par la Police. Une vive polémique affecte en
effet actuellement les relations entre les fonctionnaires de la Justice et la
hiérarchie de la Police nationale (PNH). Le directeur de la Police
judiciaire (DCPJ), Michael Lucius, a même fait état d'un complot ourdi par des
juges pour attenter à sa vie et à sa famille.
Les propos de Mulet
ne sauraient être non plus étrangers au fait que des centaines de prisonniers
politiques croupissent dans les prisons, et sans doute ses patrons, dont le
secrétaire général Kofi Annan, qui doit tout faire pour plaire au Département d’État
nord-américain, veut-il enlever toute possibilité, et même la tentation, aux
dirigeants haïtiens de décider de mettre fin à cette situation scandaleuse.
Le
ministre de facto de la Justice, Henri Marge Dorléans, qui a paradoxalement
contribué durant ces deux dernières années à rendre davantage vulnérable
l'appareil judiciaire, a cependant critiqué les propos du chef de la Minustah
en déclarant: «Il a lancé bien haut ce
qui se tramait depuis longtemps dans les officines d'un certain secteur de la
communauté internationale, la mise sous
tutelle de la justice haïtienne.» Dorléans s’en va, et après avoir courbé
l’échine, il essaie de se redresser? Et au bout de plus d’une année à son
poste, voilà qu’il n’en finit plus de découvrir des «solutions» juste avant son
départ, comme il le disait: «Il s'agit
d'une fausse solution à un problème. La solution à ce problème tient en deux
mouvements parfaitement synchronisés: rendre attrayante la situation des juges
et organiser la police judiciaire… Les salaires et les conditions de travail
d'un juge sont tout bonnement intolérables.» Il fallait y penser!
Le
président de l'Assemblée, le sénateur Joseph Lambert, pour sa part, a estimé
que «c'est à la justice haïtienne de
déterminer le type d'aide qu'il lui faut». C’est à l’Assemblée nationale
aussi, pourrait-on lui faire remarquer, et à ses représentants, qu’il
appartient de dénoncer et de voter des mesures pour regagner la souveraineté
nationale pour que n’importe quel laquais de l’impérialisme, dont le propre
pays (le Guatemala en l’occurrence) baigne dans l’impunité, ne vienne imposer
ses diktats.