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Le 25 mai, le directeur général de l’Unité
centrale de renseignements financiers (UCREF), Jean Yves Noël, a comparu devant
le juge d’instruction Jean Pérès Paul, trois jours après son incarcération au
Pénitencier national sous l’accusation «d’arrestation illégale, enlèvement et
séquestration de personne». Un mandat d’amener avait été décerné le 16 mai par
le juge Pérès Paul contre le responsable de l’UCREF qui présumément avait
chargé ses agents de sécurité de s’emparer de la personne d’un huissier de la
Cour de cassation, Réginald Saint-Jean, qui est le plaignant dans cette
affaire.
En
novembre 2005, ce dernier avait en effet été retenu pendant quelques heures par
les agents de Yves Noël, alors qu’il allait exécuter une décision de justice
pour le déblocage des fonds de certains clients retenus dans une banque en
vertu d’un rapport de l’UCREF. Suite à un coup de fil des employés de la
banque, le patron de l’UCREF s’était rendu illico sur les lieux, et avait
ordonné à ses gorilles de procéder à l’arrestation de Réginald Saint-Jean qui a
donc porté plainte.
Vingt-quatre
heures après l’incarcération de Yves Noël, c’est le branle-bas de neuf
organismes dits de «défense et de promotion des droits humains», dont certains
sont plutôt des officines d’affaires louches tels le Centre œcuménique des
droits humains (CEDH) de l’indic Jean-Claude Bajeux et le Réseau national de
défense des droits humains (RNDDH) logé à la même enseigne que le précédent; et
le Collectif féminin haïtien pour la participation politique des femmes (Fanm
yo la), le Centre de documentation sur les femmes (Enfofanm), la Fondation
Héritage pour Haïti (Section haïtienne de Transparency international), le
Groupe des citoyens concernés (GCC), Haïti solidarité internationale (HSI),
l’Institut mobile d’éducation démocratique (IMED), le Mouvement des femmes
haïtiennes pour l’éducation et le développement (MOUFHED). En résumé des boîtes
qui n’ont jamais élevé la voix pour la libération des prisonniers politiques et
qui se sont trouvé une cause conjoncturelle ou intéressée, qui ont réclamé dans
une note conjointe l’élargissement immédiat du prévenu.
Prenant prétexte du
rôle présumé de l’Ucref que dirige Yves Noël, les signataires déclarent
effrontément: «Cette action vise à
paralyser une branche essentielle de l’administration dans la lutte contre la
corruption et le blanchiment d’argent. Il est inadmissible qu’elle ait lieu
précisément au moment où le pays est dans l’attente de l’installation d’un
nouveau gouvernement (…) C’est une manœuvre visant à perpétuer le règne de
l’impunité pour les criminels et délinquants, contre les honnêtes gens.»
Le
directeur exécutif du RNDDH, Pierre Espérance, estime personnellement que « l’arrestation du directeur de l’UCREF
est très suspecte, cela ressemble à une
sorte de règlement de comptes (…) Cet acte nous montre très clairement que
lorsque vous décidez de poursuivre une personne fautive, vous serez vous-même
victime du système.» Et pour
cause, Pierre Espérance pour sa part n’a pourtant jamais été inquiété même
après avoir fabriqué un dossier contre l’ex-Premier ministre Yvon Neptune pour
le prétendu massacre de La Scierie!
Jean-Claude Bajeux,
de son côté, a lancé des flèches: «Nous
sommes là devant les petits jeux mesquins et des complots d’un groupe qui a des intérêts, qui a des
millions de dollars sur lesquels il veut remettre la main et les faire
disparaître le plus vite que possible.»
Quant à Bajeux lui-même il
n’a rien à faire disparaître, car il a une rente à vie…
L’ancien
président de la Commission d’enquête administrative (CEA), une structure mise
en place par le régime de facto pour investiguer sur de prétendues
malversations du régime Lavalas, et candidat défait de l’OPL à la présidence
Paul Denis, a fait lui aussi son numéro: «En
apprenant la nouvelle de l’arrestation, de l’emprisonnement de Jean Yves Noël,
j’ai été indigné, révolté (…) Jean Yves Noël se trouve à la place des gens qui
ont dilapidé des fonds de l’Etat, des gens qui ont blanchi de l’argent, qui
normalement ont été dénoncés par différentes enquêtes successives, que ce
soient des enquêtes de l’UCREF, que ce soient des enquêtes de la Commission
administrative. Ces gens, ces voyous, ces indélicats courent toujours, ils sont
en liberté, jouissant du fruit de leurs rapines. Alors que l’enquêteur
compétent et soucieux, Jean Yves Noël se trouve aujourd’hui derrière les
barreaux (…) Nous sommes menacés par notre Justice. Nous avons une justice qui
protège, dorlote, chouchoute les voyous et sanctionne les honnêtes gens.» Quand on sait que même la Minustah et des
instances internationales ont dû bon gré mal gré dénoncer les centaines de
personnes détenues de longue date sans avoir été déférées devant les tribunaux,
on est en droit de se demander de qui et de quoi parle ce parasite de Paul
Denis qui, depuis son retour au pays en 1986, n’a jamais fait rien d’autre que
de solliciter des sinécures de ses complices politiques, quand il n’est pas
occupé à tendre sa sébile à l’Institut
républicain international (IRI)…
Et
le comble, la Minustah aussi, par la voix de la porte-parole Sophie Delacombe,
se déclarait préoccupée: «Nous nous
sentons très concernés par l’arrestation de M. Jean Yves Noël. Dès que nous
avons appris la nouvelle de son incarcération, le 22 mai en fin d’après-midi,
la section des droits de l’homme de la Minustah l’a rencontré le 23 mai au
matin au Pénitencier d’Haïti afin de vérifier si ses droits étaient bien
respectés. Suite à cette rencontre, la section des droits de l’homme a transmis
à l’administration pénitentiaire les craintes exprimées par M. Noël lui-même
sur sa sécurité.» Évidemment, tant
mieux si autant de personnes se préoccupent de la sécurité et du bien-être
d’Yves Noël, mais qu’elles ne nous fassent pas croire que c’est par un accès
d’humanisme, ce qu’elles n’ont jamais exprimé pour tant d’autres… Comme l’ont
fait remarquer deux parlementaires, Jean Clédor Myril, et Smith Romuald
qui, lui, a dit: «Où étaient les
responsables de ces organismes lors des vagues d’arrestations illégales et
arbitraires opérées sous le régime intérimaire contre des citoyens contre
lesquels aucune charge réelle n’a été retenue?»
Pour
sa part, l’avocat de l’huissier, Joseph Petit Homme a particulièrement cité en
ce sens les cas de l’ex-Premier ministre Yvon Neptune et du ministre de
l’Intérieur Jocelerme Privert: «M. Yvon
Neptune, un Premier ministre et M. Privert sont en prison préventive depuis un
certain temps. Ne sont-ils pas des citoyens également? La même justice
particulière dont on réclame l’application pour M. Jean Yves Noël pourrait être
valable également pour ces deux hommes. Pourquoi n’est-on jamais intervenu pour
demander leur libération? Bon enfin! il s’agit d’un Premier ministre et d’un
haut dignitaire de l’Etat.»
Mais
c’est plutôt la détention de Jean Yves Noël qui a pris les proportions d’une
affaire d’État, puisque Joseph Jasmin du cabinet particulier du président René
Préval, tout en confirmant une rencontre le 25 mai entre le Chef de l’Etat, les
ministres de facto de la Justice et des Finances, et le coordonnateur du
programme de lutte contre la drogue autour du dossier de l’arrestation du
patron de l’UCREF, se trouvait quasiment contraint d’expliquer: «Le président Préval n’a aucune
responsabilité dans cette affaire et ne peut en aucune façon y être mêlé. Donc
tout simplement nous réagissons pour dire sous toutes réserves que tous ceux et
toutes celles qui s’investissent dans la lutte contre la corruption méritent
l’attention du président de la République, méritent la protection du président
de la République. Cependant, quant à l’affaire de Jean Yves Noël, nous avons
fait appel aux grands responsables et il leur incombe d’informer le public.» En d’autres termes, on en serait à même de
croire que l’arrestation de Noël, -- qui aurait pu bénéficier d’une libération
sous caution sans tout ce tapage -- a été utilisée pour mettre le nouveau
président davantage sur la défensive tout en servant les desseins d’un
concurrent du prévenu!
Le
ministre de facto de la Justice Henri Marge Dorléans s’est lui aussi manifesté,
arguant que le détenu est «le chef de l’intelligence financière du pays» a
exhorté le juge Jean Pérès Paul à travailler dans le cadre de la loi tout en
évitant de causer des torts au pays. En d’autres termes, tordez le cou à la loi
pour mieux la respecter, et libérez Yves Noël! Et finalement les employés de
l’Unité de la lutte contre la corruption (ULCC), qui observent un arrêt de
travail pour exiger la libération de leur patron.
Et le 29 mai, tout ce
monde obtenait satisfaction, car Jean Yves Noël a effectivement bénéficié d’une
liberté provisoire conformément à la demande de ses avocats. Le président de la
commission de la Justice au Sénat, Youri Latortue (!), tandis que le plaignant,
Réginald Saint-Jean qui réclame justice, s’indignait: «Il (Yves Noël) a causé un préjudice moral et matériel à
mon encontre; le dossier doit donc
poursuivre son cours. Je dois trouver justice. La justice doit triompher pour
tout le monde. Il ne faut pas qu’il y ait une justice pour les bourgeois et que
les malheureux soient délaissés.»
Pour le moment, cependant, il en est ainsi, et c’est cela la justice du régime
de facto sous lequel vit encore le pays au détriment de centaines de
prisonniers politiques et autres dont les cris tardent encore à parvenir aux
oreilles du «cabinet particulier» du nouveau président de la République.
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