31 Mai, 2006

May 31, 2006

31 Me, 2006
Vol. 23 No. 11

Le nouveau gouvernement aux pieds du FMI… déjà!

Le ministre des Affaires étrangères du Brésil, Celso Amorim (à gauche) et le ministre de facto de la Coopération externe, Roland Pierre. «La conférence s’inscrit dans le cadre des efforts de la communauté internationale visant à appuyer la reconstruction et le processus de démocratisation en Haïti et a pour objectif de réviser le cadre de coopération avec le pays »


Plusieurs pays et institutions internationales ont participé à Brasilia au Brésil les 23 et 24 mai à une conférence internationale visant, suivant la formule maintes fois reprise, à trouver les voies et moyens pour venir en aide au nouveau gouvernement du président René Préval. «La conférence s’inscrit dans le cadre des efforts de la communauté internationale visant à appuyer la reconstruction et le processus de démocratisation en Haïti et a pour objectif de réviser le cadre de coopération avec le pays », a déclaré  la chancellerie brésilienne.

            Cependant, en répétant les mêmes scénarios des conférences antérieures, le nouveau gouvernement n’a eu droit qu’à des promesses de la part des bailleurs de fonds bilatéraux et multilatéraux dont le Brésil, l’Argentine, le Chili, les Etats-Unis, la France, l’Espagne, la Banque interaméricaine de développement (BID), la Banque mondiale, le Fonds monétaire international (FMI), l’Union européenne, et le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD). Dans la déclaration finale figurent plutôt la prolongation pour 18 mois, jusqu’en décembre 2007, du Cadre de coopération intérimaire (CCI), qui servait de base au régime de facto dans ses rapports  avec les bailleurs, ainsi que l’organisation le 25 juillet prochain d’une deuxième conférence de ce type à Port-au-Prince où cette fois des engagements doivent être pris.

            Et encore! Car le représentant du FMI,  Przemek Gajdeczka a souligné la nécessité pour le nouveau gouvernement de garantir la stabilité au niveau macro-économique, qui, selon lui, passe par la mise en place des réformes nécessaires notamment la finalisation du budget de la République pour le prochain exercice fiscal qui débutera en octobre.

            Pour sa part, la représentante de la Banque mondiale, Caroline Anstey, a invité les dirigeants haïtiens ainsi que ses collègues internationaux à faire preuve de créativité dans la mise en place de leurs programmes, en s’inspirant des expériences réussies au niveau de certains pays de l’Amérique latine. Lesquelles? On serait en peine d’en trouver.

            Parallèlement, le ministre des Affaires étrangères du Brésil, Celso Amorim, a signé le 23 mai plusieurs accords dits de coopération avec l’Argentine, le Canada, l’OEA et la Banque mondiale au profit d’Haïti dans les domaines de la sécurité alimentaire, l’agriculture, la santé et les sports. «Normalement, une conférence des donateurs réunit des pays riches, parce que ce sont eux qui disposent de suffisamment de ressources pour en donner aux autres. Mais, d’une certaine manière, l’engagement profond de nombreux pays d’Amérique latine et des Caraïbes dans ce processus démontre qu’on n’a pas besoin forcément d’être riche pour se montrer solidaire», a estimé le chancelier du Brésil dont le propre gouvernement ne manifeste par ailleurs de véritable solidarité envers sa propre population.

            La délégation haïtienne était composée du ministre de facto de la Coopération externe, Roland Pierre, de deux conseillers économiques du président constitutionnel, Daniel Dorsainvil et Gabriel Verret, de la première sénatrice du Centre, Edmonde Supplice Beauzile de la Fusion des sociaux démocrates, et du député de Pétionville de Lespwa, Steven Benoît.

            Dans son intervention, Gabriel Verret a eu le temps de passer la brosse à reluire,  en faisant l’éloge de la gestion macro-économique du régime de facto, tout en promettant que le nouveau gouvernement allait adopter des mesures spéciales pour contrôler les dépenses publiques et accroître les recettes de l’Etat. «La prochaine administration va essayer de mettre la pression fiscale autour de 12,13%  durant les prochaines années contre seulement 9,1% actuellement», a annoncé Verret devant  l’assemblée. 

            De son côté, le conseiller Daniel Dorsainvil a fait part d’un programme dénommé «Programme d’apaisement social» préparé par l’équipe de René Préval visant «à mettre en œuvre un ensemble d’activités dans les prochains mois, dans le but d’aider les groupes les plus vulnérables sur l’ensemble du territoire national». Les deux principaux axes de ce programme, a précisé Dorsainvil,  tourneront autour de l’accès au service de base et à la création d’emplois. Au bout du compte, un programme idéal: avec d’un côté du concret comme la réduction des dépenses publiques pour satisfaire le FMI et la Banque mondiale, et de l’autre, pour le peuple, des promesses de création d’emplois sous forme d’«abstractions», sans dire lesquels et comment. On comprend que Verret n’ait eu aucun scrupule ni de complexe à vanter le régime de facto, puisque le nouveau gouvernement n’aurait, pour tout programme, qu’à reprendre la sébile là où Gérard Latortue et consorts l’auront déposée?  Point n’est besoin d’un «conseiller» pour perpétuer le même scénario!