24 Mai, 2006

May 24, 2006

24 Me, 2006
Vol. 23 No. 11
Que faire de Boniface Alexandre?


Boniface Alexandre «Je suis satisfait et je pars le cœur net, je pars avec l'intime conviction que j'ai accompli la mission qui m'a été donnée»

Le président de la République, René Garcia Préval, a annoncé le 16 mai avoir reçu la lettre de démission du président de facto Boniface Alexandre comme président de la Cour de Cassation pour des raisons de santé.  C'est en vertu de ce poste qu'il avait été pris pour occuper la présidence de la République au lendemain du coup d'Etat/kidnapping du 29 février 2004 perpétré contre le président Jean-Bertrand Aristide par le trio impérialiste Washington-Paris-Ottawa. Ce pour donner une apparence «constitutionnelle» au régime de facto.

Pourtant, quelques jours seulement auparavant, Me Boniface Alexandre exprimait encore sans ambages sa volonté de rester à la tête de la plus haute cour après la passation du pouvoir au président René Préval. «Personne ne peut m'empêcher d'être le président de la Cour de cassation parce que j'ai un mandat de 10 ans qui prendra fin le 5 juin 2010. Aucun texte de loi ne m'interdit de retourner à la Cour de cassation parce que si je suis là comme président provisoire c'est parce que je suis président de la Cour de cassation. Naturellement, je suis empêché, je ne peux pas y aller maintenant. Mais après la passation du pouvoir, il dépendra de ma volonté d'y aller ou de ne pas y aller», déclarait le président de facto Boniface Alexandre dans une entrevue le 6 mai à Radio Vision 2000.

Il avait en une autre occasion vanté les mérites de son administration durant ces deux années passées au Palais national, pourtant entachées de scandales de toutes sortes, dont le plus récent est l'affaire des bijoux en or frappés d'émeraude déclarés volés dans la résidence fraîchement achetée par son gendre et chef de cabinet particulier, Michel Brunache, dans le quartier huppé de Miramar en Floride aux Etats-Unis. Il faut souligner qu'une enquête est actuellement diligentée en Floride pour déterminer si ces bijoux n'auraient pas un quelconque lien avec les pièces d’émeraude et d’or, découvertes à l'Ile-à-Vaches par une compagnie qui avait signé un contrat avec le régime de facto pour effectuer des prospections sous-marines dans cette région d’Haïti.

«Je suis satisfait et je pars le cœur net, je pars avec l'intime conviction que j'ai accompli la mission qui m'a été donnée», a déclaré Boniface Alexandre; Je ne peux que me féliciter de l'établissement et de l'aboutissement pour nous de ce que fut notre mandat primordial et principal: permettre aux Haïtiennes et Haïtiens de choisir en toute liberté et en toute transparence des dirigeants élus dont la légitimité ne saurait être mise en doute.»  

Alexandre qui s'exprimait à l'occasion d'une conférence de presse «d'adieu» au Palais national le 12 mai, avait tenu également à féliciter plusieurs membres du gouvernement de facto, principalement son chef le Premier ministre de facto Gérard Latortue, pour les «prouesses» réalisées durant ces deux dernières années, où les  conditions de vie de la population se sont plutôt nettement détériorées. « M. Latortue a eu la tâche ingrate d'avoir été constamment sous les feux de la rampe et de tous les combats.»,  a admis Boniface Alexandre.

Pour sa part,  Gérard Latortue s’est congratulé: «Le pays est unanime à reconnaître les performances en matière de gestion des finances publiques et de gouvernance économique, tel que ceci peut se réaliser à travers le rétablissement de grands équilibres macro-économiques, l'augmentation substantielle des salaires des employés et cadres de la fonction publique et notre ouverture sur la déconcentration administrative. Je crois que personne ne peut dire que c'est le fait du hasard.» En fait d’effronterie, Latortue bat le record.  Et l’on s’abstiendra d’énumérer les faits et les actes qui sous son administration font de lui un véritable gibier de potence.

Cependant, il est ahurissant de constater que les autorités de facto n'éprouvent aucune gêne à se décerner ainsi des satisfecit pour leur gestion, alors qu'il est bien évident qu'elles laissent derrière elles un lourd héritage que le gouvernement légitime de René Préval aura certainement toutes les peines du monde à gérer, tant la corruption que les contrats signés sous le manteau que Préval n’osera peut-être pas dénoncer. En effet, beaucoup de secteurs exigent aujourd'hui que des enquêtes et des audits soient entrepris sur la gestion de ce régime. Après son départ de la Primature, Gérard Latortue sera-t-il en mesure de faire une déclaration de ses biens comme il avait prétendu le faire lors de son arrivée en mars 2004? La même question peut d'ailleurs se poser pour tous les membres de son cabinet. Et les grands airs que se donne Boniface Alexandre ne devraient pas le mettre à l’abri, même s’il n’aura été qu’un complice conjoncturel. Et le peuple ne fait que demander qu’on lui passe la corde ainsi qu’à son complice Gérard Latortue.