24 Mai, 2006

May 24, 2006

24 Me, 2006
Vol. 23 No. 11
Fête du Drapeau
Construire la paix!

Captions : Et ce 18 mai, le nouveau président de la République René Préval, constitutionnellement élu, en se rendant à l’Arcahaie, pour participer aux cérémonies officielles traditionnelles pour rendre hommage au Bicolore haïtien, en attendant de former son propre cabinet ministériel, devait le faire en compagnie des membres du régime de facto


18 mai 1803, cela fait 203 ans que le drapeau national était créé au cours du Congrès de l’Arcahaie, où l’Armée indigène, sous le commandement de Jean-Jacques Dessalines, prenait la ferme résolution de chasser les colonisateurs français pour bâtir une nation libre et indépendante.

Malheureusement, cette célébration intervenait encore cette année, dans un contexte où le sol national est occupé par des troupes étrangères. Et ce 18 mai, le nouveau président de la République René Préval, constitutionnellement élu, en se rendant à l’Arcahaie, pour participer aux cérémonies officielles traditionnelles pour rendre hommage au Bicolore haïtien, en attendant de former son propre cabinet ministériel, devait le faire en compagnie des membres du régime de facto En effet, après avoir assisté en l’église Saint-Pierre de la Cité du drapeau à une messe célébrée par l’archevêque coadjuteur de Port-au-Prince, Mgr Serge Miot, le président Préval a pris place, ainsi qu’une assistance composée de membres du corps diplomatique, de parlementaires et des membres du gouvernement de facto sortant, à la tribune officielle dressée sur la Place du Drapeau, où des corps d’honneur et des majorettes exécutaient des défilés au rythme de la Dessalinienne.

Dans son adresse à la population massée autour, le chef de l’Etat a repris en substance le discours prononcé lors de son investiture au Palais national quatre jours plus tôt en se prononçant en faveur de l’établissement d’un climat de paix pour favoriser le développement du pays. «Aujourd’hui, nous avons un besoin urgent de faire la paix, d’encourager les investissements, d’augmenter la richesse nationale pour enfin cesser de quémander de l’aide aux bailleurs de fonds internationaux» a clamé René Préval. Ensuite, il s’inspiré de l’hymne national La Dessalinienne il a repris en ses termes à lui ce vers «… Dans nos rangs point de traîtres…»  pour exprimer à satiété en créole: «Pour qu’Haïti devienne plus belle, marchons la main dans la main…, mais il faut qu’en notre sein il n’y ait pas de traîtres.»  Mais qui sont ces traîtres ? puisqu’à l’époque de la guerre de l’indépendance, ces personnages étaient clairement identifiés, c’étaient ceux qui se mettaient aux côtés des colons. On comprend très mal ses propos dans le contexte actuel, d’autant plus qu’il n’en finit de remercier les troupes d’occupation de la Minustah, tout en jouant au sophiste en disant que «tant que nous demanderons de l’aide à la Communauté internationale, nous sommes comme des enfants et nous ne sommes pas les maîtres de notre sol». Pour cela, il lui faudra donc s’affirmer au pouvoir où il a été élu par le peuple, autrement que par des coups de tête intempestifs 

Il a ensuite énuméré les étapes devant conduire à cette récupération de notre souveraineté: «Pour le départ des troupes étrangères, il faut créer de la richesse, pour créer cette richesse, on doit favoriser les investissements, pour attirer les investissements, et pour qu’il y ait la paix, il faut qu’il y ait le dialogue.»  Et pour tous ceux qui voudront faire obstacle à l’établissement du climat de «paix», le chef de l’Etat les identifie comme des «traîtres». «Tous ceux qui ne veulent pas faire leurs les valeurs d’unité, d’autonomie et de souveraineté promues par l’Hymne national sont des traîtres. Aujourd’hui ceux qui ne veulent pas payer des impôts, ceux qui continuent à faire de la contrebande, à patauger dans la corruption, sont autant de traîtres constituant des obstacles à la réalisation de la paix » a ponctué René Préval qui devra donc aussi, dans cette perspective, faire siennes les revendications exprimées par tous les secteurs. Mais jusqu’à présent, ces traîtres restent du domaine de l’abstraction.

            Car les traîtres, ceux qui se sont mis avec les puissances étrangères pour plonger le pays dans ces deux années de sang, ne semblent point être inquiétés et négocient même leurs places au sein de son pouvoir.

            René Préval, certes, se débat dans une «logique de la paix», dont il n’a pu encore accoucher la formule, car comment parler de paix, quand des centaines de prisonniers politiques croupissent encore dans les geôles pour s’être dressés contre les traîtres? quand ceux qui ont déclenché la guerre n’ont pas encore désarmé ?… 

D’ailleurs des centaines de manifestants regroupés autour de la place le lui rappelaient et exigeaient le retour physique du président Jean-Bertrand Aristide et l’arrestation du Premier ministre de facto Gérard Latortue qui est, selon eux, le principal responsable de toutes les persécutions exercées contre la militants Lavalas depuis le coup d’Etat du 29 février 2004. Ils conspuaient les bourreaux du régime de facto, notamment le ministre de facto de l’Education nationale, Pierre Buteau, en scandant lors de leurs interventions: «Préval, dépêchez vous de faire revenir Aristide! Nous avons voté Préval pour obtenir le retour d’Aristide.»  Un message clair que le nouveau président entend sans cesse, même au cours de ses précédentes tournées à l’étranger. Le peuple, décidément, ne veut point encore une fois voir «l’espoir» se substituer à la mémoire de tous ceux qui sont tombés sous les balles durant ces deux dernières années.

            René Préval, président constitutionnel de la République, devra donc tenir compte de tous les secteurs, sans exclusion des revendications des exclus de toujours, pour réaliser cette paix qu’il prêche et désire tant…