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Le 14 mai dernier René Préval prêtait serment comme président de la République. Si on fait abstraction des quatre chefs d’État illégaux qui ont gardé ce poste brièvement par suite de coups d’État contre des gouvernements constitutionnels au cours des quinze dernières années – Raoul Cédras en 1991, Joseph Nérette en 1991, Emile Jonassaint en 1994, et Boniface Alexandre en 2004 – Préval devient le 56e président, après avoir été le 54e de 1996 à 2001.
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Pour la deuxième fois en l’espace d’une dizaine d’années, le 14 mai
dernier René Préval prêtait serment comme président de la République. Si on fait abstraction des quatre
chefs d’État illégaux qui ont gardé ce poste brièvement par suite de coups
d’État contre des gouvernements constitutionnels au cours des quinze dernières
années – Raoul Cédras en 1991, Joseph Nérette en 1991, Emile Jonassaint
en 1994, et Boniface Alexandre en 2004 – Préval devient le 56e président, après avoir été le 54e
de 1996 à 2001.
Trois cérémonies ont été successivement
organisées pour l’investiture suivant la «tradition»: au Palais législatif, à
la Cathédrale et au Palais national. Dès 9 heures du matin, députés et
sénateurs étaient donc à leurs postes, réunis en Assemblée nationale, sous la
présidence du sénateur Joseph Lambert élu sous la bannière de Lespwa, la plate-forme électorale du président René
Préval. L'appel nominal effectué à
l'ouverture de la séance accusait la présence de 27 sénateurs et 87 députés,
qui ont à l'unisson approuvé l'ordre du jour lu par la première secrétaire du
bureau du Sénat, la sénateure de Fanmi Lavalas Evelyne Chéron.
À leur arrivée au Palais législatif le Premier
ministre de facto, Gérard Latortue, et son équipe gouvernementale ont été reçus
par une foule qui les conspuait, lançant: «Arrêtez
Latortue! Criminel !», et dont les cris allaient ponctuer de temps à autre
la cérémonie, également des slogans en faveur du retour du président Aristide.
«Vle pa vle, fò Aristid
tounen», criaient-ils. «Nous avons voté Préval le 7 février 2006 pour permettre à Aristide de
revenir. Nous sommes ici pour soutenir Préval. Nous lui demandons de rester
ferme afin de ramener Aristide au pays.»
Pour sa part, arrivée vers les 11 heures 30 le président René
Garcia Préval était chaleureusement ovationné. Et l’investiture allait se
dérouler dans un calme relatif, malgré la piètre organisation mise sur pied par
le régime de facto sous prétexte de mesures de sécurité. En fait il est tout à
fait remarquable qu’il n’y ait pas eu de dérapages, étant donné que Latortue et
sa clique avaient organisé les cérémonies de transition sans pratiquement
aucune coordination avec l’équipe du nouveau président.
Venait le moment pour le président de l'Assemblée
nationale, Joseph Lambert, de délivrer son allocution: «Monsieur le président élu de la République, il vous revient de saluer
la victoire de la démocratie qui a vu le destin national se dessiner par
l'éclatant consensus populaire du 7 février; digne, indéniable qui ne doit
point vous échapper, car cette victoire est un engagement pour vous de
construire le présent et l'avenir de ce peuple sous le signe de son
épanouissement matériel et spirituel. Vous venez de gagner des élections
marquées par des turbulences mais elles marquent indiscutablement le retour à
l'ordre constitutionnel. L'expérience du passé ne doit nullement nous condamner
à revivre les mêmes événements et nous informe de tourner la page et de viser
d'autres objectifs qui puissent permettre de bâtir pour ce peuple une ère de
paix et de concorde propice à son évolution.»
Cependant, pour éloquent que soit
son discours, on doit admettre que les chances de n’avoir qu’à tout simplement
à «tourner la page» (une énième fois!) paraissent bien
faibles alors qu’au même moment retentissaient les clameurs de milliers de
manifestants réclamant justice pour les massacres et les violences perpétrés
durant le coup d’État. «Attachez Latortue»
et «Qu’on le veuille ou non, Aristide
reviendra» criaient les manifestants qui outre leurs T-shirts aux couleurs
de la plate-forme Lespwa (jaune et vert) et à
l’effigie de Préval, agitaient de petites photos et des posters du président
Aristide.
Mais tout au long des
cérémonies, René Préval allait essayer de garder un certain équilibre
politique, mais au moment choisi, comme nous le verrons encore plus loin, il
n’allait pas hésiter à s’affirmer. D’abord c’est en créole qu’il allait prendre
la parole et prêter serment contrairement aux différents orateurs attitrés qui
le faisaient, eux, en français.
Puis
il allait refuser de se
faire passer l’écharpe présidentielle par le président de facto Boniface
Alexandre, comme le veut la tradition. Au contraire, tandis que Préval tournait
volontairement le dos à la scène, on indiquait à Alexandre tout penaud de
remettre l’écharpe à Joseph Lambert, président du Sénat, qui s’en débarrassait pour s’en
procurer une nouvelle autour du nouveau président de la République. Et à
nouveau, durant la réception qui suivait, Préval refusait de se faire
photographier au milieu des deux coquins, Boniface Alexandre et Gérard
Latortue, préférant se tenir à côté d’eux.
Ce sont là des gestes
symboliques très significatifs qui le démarquent de ces individus. Mais il a
encore, évidemment du pain sur la planche à son poste. S’il est l’un des rares
présidents haïtiens à avoir pu arriver au pouvoir et en partir en paix,
malheureusement, comme Sudre Dartiguenave (1915), Louis Borno
(1922), Louis Eugène Roy (1930), et Sténio Vincent
(1930), il lui arrive aussi, et ce pour la seconde fois, d’être à la tête d’un
pays militairement occupé et contrôlé par des puissances étrangères. Le fait
qu’il occupe la présidence dans une situation que la Constitution réprouve,
c’est-à-dire l’occupation étrangère, Préval aura tout un défi à relever pour
observer son serment d’office celui «d’observer
fidèlement la Constitution et les lois de la République, de respecter et de
faire respecter les droits du peuple haïtien, de travailler à la grandeur de la
Patrie, de maintenir l’indépendance nationale et l’intégrité du territoire».
L’assistance
était assez nombreuse même si l’accueil organisé par le régime de facto était
carrément chaotique. On a vu par exemple la gouverneure générale du Canada, le
chef d’État honoraire de ce pays, devoir rester debout jusqu’à ce qu’un autre
invité lui cède sa chaise. Où était l’ambassadeur du Canada pour porter
assistance à sa supérieure hiérarchique, même si ce n’est qu’un rôle
d’apparat?
Vingt-cinq des trente sénateurs et
87 des 99 députés étaient présents, et outre les diplomates accrédités, quarante pays
s’étaient fait représenter par leur délégation: le Venezuela par son
vice-président José Vicente Rangel, le Brésil par son
ministre de la Défense José Alencar Gomes da Silva, Cuba par un vice-président
du Conseil d’Etat, Esteban Lazo,
les États-Unis par le gouverneur de la Floride et frère du président des
Etats-Unis Jeb Bush, la France par son ministre des
Affaires étrangères, Philippe Douste-Bazy, la
République dominicaine par son chancelier Carlos Morales Troncoso,
le Chili par son ministre de la Défense Viviane Blanlot
Soza, tandis que d’autres tels les Bahamas par leur
chef de gouvernement et les îles Turks et Caicos par
le gouverneur, etc.
Nombre d’artistes connus prenaient également part
à l’événement: Boulo Valcourt, Gracia Delva (Mas Konpa), Don Kato (Brothers Posse), Ti Pay (Rev),
King Kino (Phantoms), Jacques Sauveur Jean de même que le célèbre
acteur progressiste nord-américain Danny Glover and California progressive radio
host et la populaire animatrice de radio californienne Margareth
Prescod, etc.
Bien entendu on retrouvait d’anciens
collaborateurs du président Préval durant sa première présidence (1996-2001)
tels que Fritz Longchamp, François Séverin et Jacques Edouard Alexis;
l'ex-épouse du chef de l'Etat, Geri Benoît, des
représentants des secteurs populaires comme Samba Boukman
du Belair , John Joseph Joël et René Momplaisir de Cité Soleil.
La deuxième phase de la cérémonie a suivi à la
Cathédrale, pour le Te Deum. Dans son homélie, le président de la Conférence
épiscopale (CEH), Mgr Louis Kébreau, évêque de Hinche, a appelé à un «sursaut
national afin de forger l'histoire autrement
pour le plus grand bien des fils et filles du pays… Il faut que les
choses changent en profondeur dans le pays afin de provoquer une reconnaissance
et une résurrection culturelle, économique et sociale d'Haïti. A ce carrefour
de l'histoire d'Haïti, nous avons besoin de marcher ensemble et de vivre notre
devise, l'union fait la force, pour sauver la patrie et nous devons ensemble
sortir du fatalisme afin de donner à Haïti de nouvelles assises», et convié
les Haïtiens à travailler ensemble pour «sortir
le pays du déshonneur et pour sauver la terre des ancêtres». De bonnes paroles mais pourront-elles faire
changer cette fois ceux qui s’obstinent à écraser l’immense majorité pour
accumuler davantage de privilèges?
Après avoir été invité par le commandant en chef
de la PNH, Mario Andrésol, à passer en revue les
différents corps de police dans une ambiance chaotique indescriptible où
photographes et cameramen débordaient le périmètre assigné, le président de la
République était finalement invité à gravir le podium officiel pour s'adresser
à la Nation. René Préval a
substantiellement axé ses propos sur la nécessité pour tous les secteurs
haïtiens de faire la paix. «Nous devons
faire la paix, il faut qu'on se parle. Il faut qu'on puisse se regarder dans
les yeux», a déclaré Préval, invitant les forces vives du pays à entamer un
processus de dialogue permanent pour favoriser le développement du pays. Dans
la foulée, il a convié les Haïtiens à se servir de l'exemple de nos Ancêtres
pour que «cette paix puisse déboucher sur
une Haïti sans troupes étrangères».
«Nous remercions
les pays amis pour leur contribution en Haïti, mais ce n’est pas le
FMI, la Banque mondiale, l'Union européenne, qui peuvent changer notre situation La solution des problèmes du pays
est entre nos mains.» Il n’y a pas
de doute, mais cela ne nous met pas à l’abri pour autant des diktats de
l’impérialisme et de ses suppôts.
Saluant les efforts déployés par la Minustah, il
a souhaité une redéfinition de la mission des forces d’occupation en troquant
les blindés pour des tracteurs… «Ambassadeur Valdés, votre mission prend fin,
mais celle de la Minustah doit se poursuivre. Cependant, les blindés doivent
laisser leur place aux tracteurs et aux bulldozers», a ponctué René Préval
dans un discours entièrement prononcé en créole. De plus, il a fermement
insisté sur l'importance de la réalisation des élections municipales et locales
qui doivent déboucher sur la mise en place des collectivités territoriales,
éléments indispensables, selon lui, dans le processus de décentralisation.
Tout de suite après, le président Préval s'est
attelé au travail en signant avec le vice-président du Venezuela, José Vicente Rangel, l'accord Petrocaribe qui
permettra à Haïti de bénéficier des avantages offerts par ce programme dans le
secteur de l'approvisionnement en pétrole. «Aujourd'hui,
nous allons signer avec le Venezuela l'accord Petrocaribe.
Je peux dire qu'à sept heures aujourd'hui, 100.000 barils de pétrole sont déjà
arrivés à Port-au-Prince. Nous savons quelles relations Haïti entretient avec le
Venezuela. C'est à Jacmel que Miranda a créé le drapeau vénézuélien avec l'aide
du président Pétion», a rappelé Préval dans un point de presse tenu
conjointement avec le dirigeant vénézuélien, qui a déclaré pour sa part : «Avec cet acte, le Venezuela paie une dette
historique envers Haïti. Une dette éternelle qui constitue aussi la racine de
la liberté de la nation vénézuélienne. C'est une dette non seulement envers le
président Pétion mais c'est une dette aussi envers des milliers et des milliers
d'haïtiens qui ont lutté aux côtés de Miranda pour la liberté non seulement du
Venezuela, mais pour celle de toute l'Amérique latine», a déclaré Rangel, tout en
précisant que les 100.000 barils déjà arrivés en Haïti comportent 60,000 barils de diesel et 40,000
barils de gazoline.» La consommation journalière en combustibles d’Haïti est de
11,000 barils par jour, le Venezuela apportera 7,000 barils journalièrement
en Haïti, d'après l'accord. Les autres 4,000 barils, pour couvrir ces 11,000,
seront fournis par le Venezuela aussi selon cet accord signé à San José.»
Pour
terminer, signalons une petite erreur de la part de René Préval, car si c’est
bien Alexandre Pétion qui accueillait Simon Bolivar, c’est Jean-Jacques
Dessalines qui en 1805 recevait Francisco Miranda.
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