17 Mai, 2006

May 17, 2006

17 Me, 2006
Vol. 23 No. 11


Comment expliquer que cet événement se soit produit justement ce jour-là ? C’est tout à fait compréhensible et même les dirigeants de la Minustah, la gouverneure générale du Canada Michaëlle Jean elle-même et nombre de journalistes nationaux et internationaux reconnaissent que la situation dans ce Pénitencier conçu pour 800 détenus et qui en contient 2000 est «intenable et inacceptable»

Alors que députés et sénateurs se réunissaient en Assemblée nationale le dimanche 14 mai 2006 au Palais législatif pour recevoir la prestation de serment du président René Garcia Préval, un vent de panique soufflait au Pénitencier national, où au prime abord on a fait savoir que des prisonniers tentaient de s'évader. On avait entendu des coups de feu venant de l’enceinte du centre carcéral. Il y avait aussi ce qui ressemblait à de la fumée qui montait.

            Il était impossible pour quiconque de s’approcher des lieux qu’encerclaient des Casques bleus de la Minustah portant des masques à gaz. On a ensuite pu se rendre compte que des prisonniers avaient été abattus par leurs geôliers quand une centaine d’entre eux est montée sur le toit de la prison brandissant des pancartes et portant deux corps inertes pour attirer l’attention sur la tuerie qui se déroulait. Et alors les témoins ont pu voir de leurs yeux les Casques bleus qui tiraient vers eux des gaz lacrymogènes ou autres.

            Puis, des agents des unités spéciales de la Police,  le CIMO, la Brigade de recherche et d'intervention (BRI), faisaient leur apparition et pénétraient à l'intérieur du pénitencier pour, selon un policier, négocier avec les prisonniers. «Aucun détenu n'a pu laisser le centre de détention alors que ces prisonniers organisent une manifestation en vue de pouvoir s'évader», a dit ce policier, comme si c’était tout ce qui importait.

            Pour sa part, le directeur de l'Administration pénitentiaire (APENA), Jean Marc Wilkens déclarait qu'il y avait onze blessés du côté des prisonniers et six dans les rangs de la police, mais «Non, il n'y a pas de mort. C'est une situation qui s'est résolue par la voie de la négociation. Ils ont accepté de parler avec moi. On n'a même pas utilisé de gaz lacrymogène…» 

            Pourtant, tous ceux qui se tenaient aux abords des lieux ont pu voir au moins un détenu mort qu’exhibaient ses compagnons, et les tirs d'armes automatiques qui ont commencé dès trois heures du matin se faisaient  clairement entendre, de même que le va-et-vient d'une ambulance n’était pas passé inaperçu.

            De nombreux parents de prisonniers s’étaient précipités sur les lieux pour s'enquérir de leurs proches, mais ils étaient maintenus à l'écart par des Casques bleus jordaniens et personne n’était autorisé à venir vérifier à l’intérieur ni à recevoir de témoignages des autres détenus quand le calme est revenu vers les onze heures du matin.  Il y avait certainement des choses, des morts plutôt, à cacher en cette journée d’investiture du président de la République. Certaines sources parlent d’une vingtaine de morts, mais la plupart disent que le nombre est d’une dizaine. Dix de trop!

            Comment expliquer que cet événement se soit produit justement ce jour-là ? C’est tout à fait compréhensible et même les dirigeants de la Minustah, la gouverneure générale du Canada Michaëlle Jean elle-même et nombre de journalistes nationaux et internationaux reconnaissent que la situation dans ce Pénitencier conçu pour 800 détenus et qui en contient 2000 est «intenable et inacceptable», que c’était inévitable pour des raisons précises. D’autant plus que sur ce nombre seulement quarante sont passés en jugement. Et parmi tous ces prisonniers au moins les deux cinquièmes sont des prisonniers politiques détenus illégalement, bien entendu, et qui avaient gardé «l’espoir» qu’ils allaient être libérés avant cette journée d’investiture. Ils auront voulu attirer l’attention, puisqu’ils devaient bien s’attendre que le nouveau président René Préval aurait insisté pour réclamer leur libération avant son investiture, pour ne pas avoir à assumer l’héritage répressif du gouvernement de facto. Mais l’heure, semble-t-il, était à la «fête», et même les criminels Gérard Latortue et Boniface Alexandre avaient droit à des «remerciements», et il n’était pas question de la troubler, cette fête, pour des centaines de leurs victimes «coupables» d’avoir affiché leur réprobation du coup d’État de février 2004.