10 Mai, 2006

May 10, 2006

10 Me, 2006
Vol. 23 No. 11

« La circulation sera interdite aux véhicules et aux personnes non autorisées sur tout le périmètre stérile, marquée en jaune sur le schéma… » Cette disposition va à l’encontre de ce qui commençait déjà à devenir une tradition, à savoir la participation populaire aux investitures présidentielles.

La Minustah et la Police nationale ont décidé la mise en place d’un important dispositif de sécurité pour l’investiture du président René Préval le 14 mai, dans un périmètre bien déterminé et assez étendu, couvrant les zones de la Cathédrale, du Parlement et du Palais national, où doivent se dérouler respectivement le Te Deum, la prestation de serment et la «passation de pouvoirs».

            La Minustah a publié une carte de l’aire métropolitaine avec des indicatifs pour les quartiers ciblés dans ce périmètre. Une note accompagnant cette carte précise que «la circulation sera interdite aux véhicules et aux personnes non autorisées sur tout le périmètre stérile, marquée en jaune sur le schéma. Trente et un points de contrôle, marqués en rouge sur la carte, seront répartis tout autour de la zone de sécurité. Les restrictions concernant le périmètre de sécurité seront effectives du 13 mai à 5h00 de l’après-midi au 14 mai à 6 h00 de l’après-midi».

            Lors d’une conférence de presse le 27 avril, le porte-parole de la police de la Minustah, Marc Jacquet, qui présentait le plan de sécurité, a invité les riverains des quartiers concernés à garer leurs voitures à l’extérieur du périmètre de sécurité. « C’est un moment très important, expliquait Marc Jacquet, pour chaque pays et la sécurité mise en place par la Police nationale d’Haïti (PNH) est l’élément primordial pour la Minustah (…) La PNH et la Minustah sont là pour garantir la sécurité au maximum du président, des différents chefs d’Etat et délégations qui vont arriver dans le pays, ainsi que celle de la population.»

            Cette disposition va à l’encontre de ce qui commençait déjà à devenir une tradition, à savoir la participation populaire aux investitures présidentielles. Par exemple, des centaines de personnes avaient investi les zones environnantes du Palais national lors des deux prises de pouvoir du président Aristide. Mais brusquement, semble-t-il, malgré la présence de toutes ces forces étrangères dans le pays, les règles ont changé et les électeurs doivent se tenir à carreau. 

            Pourtant, les délégations étrangères de haut niveau ne seront pas légion, pour toute cette mise en scène militaire. La République dominicaine, le pays voisin, a annoncé dans un communiqué que c’est le chancelier Carlos Morales Troncoso qui sera à la tête de sa délégation, et non pas le président Leonel Fernandez. Cela peut s’expliquer aussi  par les incidents qui avaient perturbé la visite qu’effectuait en décembre dernier à Port-au-Prince Leonel Fernandez au régime de facto.

            Quant au Brésil, qui assure le commandement de la Minustah, il délèguera son vice-président également ministre de la Défense, José Alencar, et le président Lula ne sera pas de la partie, alors qu’il avait trouvé tout naturel de venir en Haïti en plein régime de facto à l’occasion de ce fameux «match de la paix» où le 0nze brésilien affrontait son homologue local. Mais pour les autorités brésiliennes, la présence de Alencar à cette occasion symbolisera «l’expression du soutien de haut niveau que le Brésil apporte au processus de stabilisation du pays».

            D’un autre côté, Taiwan a renoncé à envoyer son Premier ministre, Su Tseng-Chang. Le ministre taiwanais des Affaires étrangères a en effet annoncé le 30 avril avoir été prévenu par Port-au-Prince que M. Tseng-Chang ne pourra plus participer à la cérémonie en raison des pressions exercées par la Chine populaire qui a menacé de faire usage de son droit de veto au Conseil de sécurité contre le renouvellement du mandat de la Minustah en août prochain si Taiwan se faisait représenter à un trop haut niveau à l’investiture.

            Mais cela importe peu pour toute cette communauté internationale, qui se garde bien de manifester trop visiblement la «réussite» de sa «transition», trop occupée à écarter le peuple sinon à isoler le nouveau président dès la journée même du début officiel de son mandat.