10 Mai, 2006

May 10, 2006

10 Me, 2006
Vol. 23 No. 11


Robert Ménard, qui dirige Reporters sans frontières (RSF)

Le 3 mai 2006 a ramené la Journée mondiale de la liberté de la presse, qui en était à sa sixième édition. Cette année, l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco) avait placé l’événement sous le thème: «Médias, développement et éradication de la pauvreté». Tout un programme qui n’en finit pas d’être proclamé par des organismes plus ou moins bien intentionnés tandis que la misère continue à s’accroître de par le monde sous les coups des «remèdes» de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international.

            «Il importe de reconnaître que le respect de la liberté et de l’indépendance des médias est une dimension essentielle de la lutte contre la pauvreté pour deux raisons. Premièrement, des médias libres et indépendants assurent le partage de l’information et facilitent ainsi la bonne gouvernance, offrent des possibilités d’accéder à des services essentiels, de promouvoir la transparence et de combattre la corruption, et tissent des liens entre des citoyens informés, critiquent et sont soucieux de participer à la vie publique comme des élus responsables. Deuxièmement, la liberté et l’indépendance des médias sont liées à toute une série de bienfaits ou d’avantages qui jouent un rôle extrêmement important dans la lutte contre la pauvreté…» déclarait le directeur général de l’Unesco, Koichiro Matsura à la conférence internationale organisée pour la circonstance à Colombo, au Sri Lanka.

           

Et justement, parlant de corruption, ou comme on dit quand on parle du loup on voit sa queue… Et en cette journée, on voyait mieux que cela, car l’effronté Robert Ménard, qui dirige Reporters sans frontières (RSF) ne pouvait ne pas se montrer, lui le corrompu qui reçoit de l’argent de la CIA et de la mafia pour diffamer la Révolution cubaine. Avec Robert Ménard, c’est le ver qui est dans le fruit et on ne peut lui demander de combattre la corruption dont il fait son beurre. Et après un relatif silence sur la situation des journalistes en Haïti, durant ces deux années où au moins en une occasion on l’a vu se pavaner avec le Premier ministre de facto Gérard Latortue, il est revenu comme par enchantement, à la veille de l’investiture de René Préval, s’épancher sur leur sort.  «Si l’enquête sur la mort de Jacques Roche a progressé rapidement, les dossiers Jean Dominique de Radio Haïti Inter, assassiné en 2000 et Brignol Lindor de Radio Echo 2000 exécuté en 2001, se heurtent toujours à des impasses judiciaires qui font craindre une impunité définitive», déclarait-il. Mais pas un mot des autres, tels que Abdias Jean dont les circonstances de leur décès sont établis, tués par des policiers du régime de facto en toute impunité!  Ménard sait choisir ses victimes, pourrait-on dire.

            En Haïti, une conférence était organisée par la Minustah et l’Unesco: «Médias libres et indépendants pour consolider une gouvernance démocratique en Haïti». Rien de bien spécial, de bien grands mots qui ne portent pas à conséquence pour les discoureurs du jour. Tel Thierry Fagart, responsable des droits humains à la Minustah qui déclamait: «Il est important de ne jamais oublier que, si le journaliste est un citoyen avec tous les attributs de la citoyenneté, il a cette responsabilité particulière dans le traitement de l’information parce qu’il joue un rôle déterminant dans la façon dont un pays va progresser (…) Il n’est pas normal que, parce que l’on est proche, ou supposé proche d’un pouvoir en place, on ne puisse pas répondre à la justice, dès lors qu’on a commis des actes qui sont graves.»  Par contre Fagart ne semble pas gêné par le nombre de prisonniers politiques maintenus arbitrairement en prison, sans jugement depuis environ deux années. Comme si les dirigeants de la Minustah et la «communauté internationale», comme le rappelait encore l’ex-Premier ministre incarcéré Yvon Neptune (voir la précédente édition de Haïti-Progrès), ne détenaient pas le pouvoir d’exiger de leurs marionnettes du régime répressif de facto leur libération! 

            L’Association nationale des médias haïtiens (ANMH), regroupement des médias à la solde de la bourgeoisie, s’y mettait aussi pour exprimer ses bons sentiments et publiait le 3 mai une note solennelle, disant: «Après avoir traversé les turbulences des vingt dernières années de transition en accompagnant valablement les multiples étapes de cette quête démocratique du peuple haïtien, la presse haïtienne doit chaque jour se mettre à niveau, se questionner, faire les remises en question indispensables, faire son bilan pour trouver les ressorts sur lesquels sera axé son travail d’informer, de conscientiser, d’accompagner les auditeurs, les téléspectateurs, les lecteurs, les internautes… »  Un «accompagnement» qui invite plutôt tout ce monde visé à une vigilance redoublée face à la désinformation et au mensonge par omission de cette même ANMH…