10 Mai, 2006

May 10, 2006

10 Me, 2006
Vol. 23 No. 11
Où mènent les contestations?

La candidate au Sénat pour le département de l’Ouest de la Fusion des sociaux démocrates, Marie Denise Claude qui n’en finit pas de se lamenter sur son sort. Elle se retrouve en quatrième position selon les derniers résultats, et désigne que ces irrégularités ont été enregistrées au Building 2004, où les habitants de Cité Soleil étaient appelés à voter.

Il n’aura pas fallu attendre longtemps après le second tour des législatives du 21 avril, pour que pleuvent les dénonciations de fraudes et d’irrégularités et de voir des candidats exiger que le Conseil électoral provisoire (CEP) reprenne le scrutin dans certaines régions.

            C’est le cas par exemple de la candidate au Sénat pour le département de l’Ouest de la Fusion des sociaux démocrates, Marie Denise Claude qui n’en finit pas de se lamenter sur son sort. Elle se retrouve en quatrième position selon les derniers résultats, et désigne que ces irrégularités ont été enregistrées au Building 2004, où les habitants de Cité Soleil étaient appelés à voter. Ainsi, Claude exige la reprise des élections dans ce centre tout en invitant le CEP à reprendre le comptage pour tous les bureaux «suspects», d’après elle. Mais il se trouve que l’avance de ses trois devanciers est telle que les votes du Building 2004 ne seraient pas suffisants pour faire une place au Sénat à Marie Denise Claude.

            À la députation pour la 3e circonscription de Port-au-Prince, c’est Yolette Mengual, pour le même parti, qui accuse son adversaire de Lespwa, Jean Myrtil Clédor, d’avoir soudoyé des électeurs et des membres des bureaux, et elle serait même appuyée dans sa démarche par le «Réseau des femmes candidates pour gagner». Elle ne saurait trouver meilleur appui car rien que le nom de cet organisme la prédestinait à l’emporter. Mais tel n’a pas été le cas, et Mengual n’exige rien de moins que l’annulation du scrutin.

            Toujours dans l’Ouest, des candidats malheureux pour la circonscription Fonds-Verettes/Ganthier ont défilé au local du CEP pour dénoncer des fraudes.

            A la Gonâve, le candidat à la députation de l’Alyans, Marie Ginette Galliotte, a crié pour sa part au flagrant délit, se disant même victime de discrimination sexuelle. Une bonne cause

            Dans l’Artibonite, des partisans du candidat au Sénat pour le parti Rassemblement des démocrates nationaux progressistes (RDNP), Willy Jean-Baptiste, ont réclamé l’annulation dans certaines circonscriptions et même bloqué l’entrée sud des Gonaïves. Ce serait pourtant la moindre des choses que Willy Jean-Baptiste se retire puisque le chef du RDNP, Leslie Manigat, avait demandé après sa défaite aux présidentielles, aux candidats de son parti de se retirer.

            Idem pour le candidat à la députation de la Fusion pour la circonscription de Marchand-Dessalines, Wouldi Simon, qui a déclaré que ses électeurs et ses mandataires ont fait l’objet de brutalités de la part de son adversaire de Latibonit an Aksyon (LAA). A Desdunes, le candidat à la députation de l’OPL Beaudelaire Noelsaint, a porté des accusations contre un groupe dénommé Base 32, qui supporterait la Fusion, et qui aurait maltraité ses partisans pour les empêcher de voter en sa faveur.

            Dans le département du Nord-Ouest, le candidat au Sénat sous la bannière du Pont, Evalière Beauplan, a rejeté les résultats du CEP qui le place en deuxième position après le candidat de l’Alyans Eddy Bastien. Beauplan qui dit détenir des preuves pour démontrer les fraudes, a exigé l’annulation dans certains centres, comme celui de Saint-Louis du Nord.

            De son côté, le candidat à la députation du MIRN pour Jean-Rabel/Bombardopolis, André Joseph, a appelé l’organisme électoral à diligenter une enquête sérieuse avant de publier les résultats définitifs du scrutin. Joseph  accuse son adversaire de Konba Gérard Téramène d’avoir fait remplir par ses partisans plusieurs urnes.

            Dans le Sud-Est, le candidat au Sénat de Lespwa, Frantz Large, qui se retrouve curieusement en quatrième position, après avoir mené au premier tour, s’est écrié: «Les responsables des bureaux de vote ont procédé à des bourrages d’urnes au profit d’autres candidats. Dans des communes comme Belle-Anse, Thiotte et Cayes-Jacmel, le nombre des citoyens ayant voté est nettement supérieur au nombre de personnes inscrites.» Au moins Large se plaint et apporte des éléments vérifiables. Notons que les deux autres candidats de Lespwa dans ce département ont remporté leurs sièges.

            Dans le département des Nippes, le candidat au Sénat de Lespwa Jacob Anglade, a pointé du doigt le secrétaire général du CEP Rosemond Pradel et le directeur général Jacques Bernard, qui, d’après lui, ont effectué des tractations en faveur des candidats du parti Fusion. Il a donc contesté la quatrième place qui l’élimine.

            Même revendication pour le candidat à la députation pour l’Anse-à-Veau sous la bannière de l’Adebah, Frantz Féquière, qui réclame la tenue de nouvelles élections dans sa circonscription.

            Dans la Grand’Anse, la police a procédé à l’arrestation du candidat à la députation de la Fusion pour la circonscription de Moron/Chambellan, Sorel Yacinthe, accusé d’avoir assassiné un partisan de Lespwa. Mais selon les résultats partiels, il semble que le présumé meurtrier a remporté le siège.

            Comme on peut le voir, les contestations n’on pas manqué, et malheureusement celles qui pourraient être fort justifiées seront peut-être mises dans le même lot que toutes les autres, au gré, sans doute, des influences et ou des besoins des décideurs. Car contestation ou pas, ces derniers doivent bien être satisfaits de ces résultats, puisque Lespwa, la plate-forme qui a porté René Préval à la présidence, sera loin de jouir de la majorité dans l’une ou l’autre des Chambres. Quant aux alliances, on présume qu’elles se feront au gré des enjeux: pour des affaires relativement peu importantes, c’est-à-dire pour des questions qui ne sauraient contrarier les plans des organismes financiers internationaux et leurs suppôts locaux. Ces contestations, en fait, ne changent point grand-chose, et les fraudes auront sans doute permis d’éliminer certains empêcheurs de tourner en rond, qui pourraient se montrer trop peu accommodants pour accepter les magouilles.