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René
Préval, le président élu d’Haïti
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René Préval, le président élu
d’Haïti, arrivait comme prévu depuis, officieusement, plus de deux semaines, à
Ottawa le dimanche 30 avril dans l’après-midi. Visite officielle ou «d’amitié»,
plutôt «visite de travail» comme a cru devoir le dire Dimitri Soudas,
porte-parole du Premier ministre conservateur canadien Stephen Harper, pour
justifier la réception désinvolte en quelque sorte offerte à leur hôte par les
autorités canadiennes. De fait l’agence Presse canadienne soulignait que «sa
visite était presque invisible, avec très peu de l’apparat normal en usage lors
de la visite d’un dignitaire étranger. Pas de communiqués de presse ni de
comptes-rendus au sujet de ses rencontres avec le Premier ministre Stephen
Harper, le ministre des Affaires étrangères ou la gouverneure générale
Michaelle Jean» (PC, 1-05-06). Une situation tout à fait insolite que les
bafouilles du porte-parole canadien n’ont fait que rendre plus étrange. Ce
dernier, le même Dimitri Soudas a prétendu que «la visite de M. Préval n’est
pas une rencontre officielle de chefs d’État parce qu’il n’est pas encore
président. Il est président élu». Une explication qui ne tiendrait pas du
tout, comme le fait remarquer le quotidien Le Devoir de Montréal qui
rappelle que «le président du Mexique, Vicente Fox, avait vu son drapeau
flotter partout à Ottawa lors de sa visite en décembre 2000» alors qu’il
n’allait être assermenté que quatre mois plus tard… (Le Devoir,
2-05-06).
Bien entendu, on peut toujours dire qu’Haïti n’a pas l’importance
économique du Mexique, mais ce serait mettre en doute la «bonne foi» des
gouvernements canadiens successifs qui n’arrêtent pas de manifester «l’intérêt»
qu’ils portent à la situation haïtienne. D’autant plus que pour faire bonne
mesure et tempérer les critiques de la presse sur le secret entretenu sur les
conversations entre Harper, son ministre des Affaires étrangères
Peter MacKay et la ministre de la Coopération internationale Josée Verner d’une
part et le président haïtien d’autre part, le Canada a annoncé en fanfare
l’octroi d’une somme de 48 millions de dollars pour «favoriser la bonne
gouvernance et la démocratie en Haïti, somme qui s’ajoute aux 172 millions
investis depuis deux ans». Avant de se demander à quoi ont pu bien servir ces
172 millions, soulignons que de ce nouvel «octroi de 48 millions», 18 millions
sont destinés à «l’allègement de la dette et 20 millions au développement
local», autrement dit aux ONG canadiennes qui ont si bien œuvré à la
déstabilisation du gouvernement constitutionnel Aristide/Neptune! Dans quelque
temps sans doute le Canada offrira à nouveau une aide qui servira à payer ce
prêt? Notons incidemment que d’autres
faits montrent que l’attitude canadienne n’est pas fortuite, car si l’on en
croit l’agence Reuters, en attendant d’en savoir plus, le Canada aura refusé
l’entrée de son territoire à certains collaborateurs de Préval qui devaient
faire partie de sa délégation, même à l’ex-Premier ministre Jacques Édouard
Alexis, qui a rejeté l’offre d’un visa, suivant ses dires, offert è la dernière
minute.
Le véritable but de la visite, si
l’on en croit le président Préval lui-même, qui répondait au passage au
journaliste du Devoir, sous l’œil réprobateur des officiels canadiens, «
(…) Nous sommes venu demander de continuer et d’intervenir auprès des
bailleurs de fonds internationaux, de porter le poids du Canada auprès des bailleurs
de fonds internationaux, la Banque mondiale, le FMI, etc., pour continuer
d’aider Haïti» (Le Devoir, id.).
A-t-il été écouté? , on ne sait trop, mais il semble plutôt que le
Canada aura voulu exercer des pressions sur le prochain gouvernement haïtien
pour des intérêts bien particuliers, d’autant plus que ce n’est certainement
pas ce président qu’il s’attendait à recevoir après avoir participé aux côtés
des Etats-Unis et de la France au coup d’État/kidnapping du 29 février 2004. Il
est vrai qu’il est beaucoup plus facile d’offrir des icônes que de l’aide
concrète. Le Canada aurait pu prendre exemple sur Cuba et la République
bolivarienne du Venezuela, s’il voulait vraiment contribuer à l’amélioration de
la situation socio-économique haïtienne, comme nous l’avons vu dans nos deux
éditions précédentes avec l’accueil réservé au président haïtien par les
présidents Fidel Castro et Hugo Chavez qui ont tout de suite présenté des
projets en bonne et due forme, et non un accueil à la limite de l’impolitesse assaisonné
de chantages.
Enfin, après cette épreuve diplomatique
dont il semble s’être bien tiré, de façon tout aussi diplomatique en
acquiesçant à la prétention de ses hôtes que cette absence de protocole ne
serait due qu’au fait qu’il n’était pas encore assermenté, René Préval se
retrouvait parmi les siens, en quelque sorte, car il avait l’occasion ce mardi
2 mai de rencontrer la communauté haïtienne de Montréal. Une soirée qui
débutait d’une certaine façon dans la confusion, puisque, semble-t-il, les représentants
de sa plate-forme Lespwa n’auraient pas eu les mains libres pour préparer
quelque chose à la mesure de l’événement, c’est-à-dire pour recevoir l’élu du
peuple haïtien. Pour commencer, la Ville de Montréal fournissait un local où
sous des prétextes divers seulement sept cents cartes (700), comme la
«sécurité», devaient être distribuées. Inutile de dire que les «petits chefs»
en ont profité pour jouer à l’important et répartir à leur guise les «permis»
de participation à la soirée. Bien entendu presque personne ne savait où se
procurer ces fameuses cartes, et bon nombre de gens sont restés chez eux. Si on
avait voulu boycotter la visite de Préval, on n’aurait pas agi autrement,
semble-t-il! D’autant plus que beaucoup
de GNBistes subitement convertis ont investi l’organisation, et nombre d’entre
eux se retrouvaient sur les trois ou quatre rangées de chaises de «VIP», alors
que la foule d’environ six cents personnes devait rester debout durant toute la
soirée.
Par
ailleurs, une pluie battante ne favorisait point l’attente devant cet édifice
relativement isolé, sans aucun endroit pour s’abriter et, on ne sait si les
«distributeurs» de places auront préféré les garder pour eux-mêmes, toujours
est-il qu’on a fini par faire entrer les «sans-cartes», puisque c’est pas la place qui manquait dans ce local pouvant
recevoir en temps normal près de 1200 spectateurs.
Vers
les 9 heures du soir, après une heure de spectacles culturels, le président
Préval est arrivé sous les applaudissements du public dont une grande partie
scandait à l’unisson: «Aristide, Préval, Aristide,
Préval!» et ainsi de suite. Avec
lui se trouvait l’ambassadeur canadien en Haïti, Claude Boucher, qu’on a évité
de présenter pour éviter les huées de la foule, quand on sait le rôle néfaste
qu’a joué cet individu au cours de ces deux dernières années.
Préval prenait ensuite la parole, ne
cherchant point à cacher les difficultés à l’horizon ni non plus sa foi dans le
peuple haïtien qui avait remporté cette victoire de haute lutte. Il faisait un
parallèle avec la République dominicaine et il faisait justement noter que
c’est l’écart entre la situation économique entre les deux pays de l’île qui
portait les Haïtiens à tenter leur «chance» en allant offrir leur force de
travail dans les conditions que l’on sait et les risques que cela comporte.
Comme il était en diaspora, il lui fallait bien aborder cette question de
double nationalité, et il semble qu’il s’y était préparé, comme il l’a dit
lui-même. En effet, il a indiqué qu’une commission allait s’y atteler dès avant
son investiture, mais le choix de la personne désignée pour diriger cette
commission, l’historien Claude Moïse, a soulevé une nette réprobation de
l’assistance. Sur ce, le président s’est ravisé, reconnaissant que ce choix
était loin de faire l’unanimité, et précisé que cette tâche serait confiée à
plusieurs personnes. Il y avait quand même un échange, et c’est un public très
discipliné qui est resté à l’écoute de René Préval. Et n’était-ce la mainmise
de certains opportunistes qui auront voulu faire de la visite du nouveau
président haïtien un marche-pied pour percer sur la scène, et si les moyens
avaient été pris pour la participation de toute la communauté, cet événement
aurait été un véritable succès. Mais le gouvernement canadien n’aura pas mis du
sien non plus, c’est le moins qu’on puisse dire. De toutes façons les
véritables militants de la diaspora savent que leur tâche est d’accompagner le
peuple haïtien, et non pas de se positionner pour obtenir des postes dans les
consulats ou pour bénéficier de quelque autre sinécure, ou de franchises
douanières pour faire entrer leurs containers de marchandises…
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