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Dans une lettre ouverte, Yvon Neptune a dénoncé une nouvelle fois le régime de facto et ses suppôts internationaux, nommément les Etats-Unis, la France et le Canada, qui l’ont emprisonné injustement à la suite du Coup d’Etat du 29 février 2004.
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A l’approche du départ du gouvernement de
facto Alexandre/Latortue, trois membres de l’Organisation politique Fanmi Lavalas: Harold Sévère,
Jean Anthony Nazaire et Mario Exilhomme arrêtés
arbitrairement depuis près de deux ans, ont été finalement remis en liberté le
15 avril à la suite d’une ordonnance de non-lieu rendue par la juge
d’instruction Mimose A. Janvier, ordonnant au parquet
du tribunal civil de procéder à la libération de ces prisonniers politiques
pour faute de preuves.
Mario
Exilhomme avait été appréhendé pour «association de
malfaiteurs» après avoir été arrêté par les autorités dominicaines le 2 août
2005 en compagnie du coordonnateur des TKL de Saint-Jean-Bosco, Paul Raymond,
et l’ex-maire adjoint de Port-au-Prince, Harold Sévère le 22 mars 2004 pour
«implication pour assaut le 5 décembre 2003 contre des étudiants de la faculté
des Sciences humaines par de présumés militants Lavalas
de concert avec des agents de la PNH», et Jean Anthony Nazaire le 12 mars 2004
pour «enlèvement, séquestration et assassinat sur la personne de l’entrepreneur
Claude Bernard Lauture».
Cependant,
selon l’ordonnance, les pièces produites pour maintenir derrière les barreaux
les trois détenus ainsi que d’autres militants Lavalas incarcérés eux aussi
dans le cadre de ces événements comportent des vices de forme. «Attendu que de l’audition du sieur Charles
Henry Baker, on retient que ce dernier déclare avoir porté plainte pour et au
nom de ses partisans et membres du Groupe des 184 et qu’il se porte également
partie civile; Attendu que nulle part dans ses déclarations au cabinet
d’instruction Charles Henry Baker n’a fait état du mandat qui lui aurait été
confié par les membres du Groupe des 184 et/ou par ses
partisans aux fins d’agir pour eux et en leurs noms propres; encore moins, il
n’a pas présenté au juge ce mandat qui, d’ailleurs, n’est ni visé, ni versé
dans le dossier. Attendu que le sieur Baker n’était même pas sur les lieux de
la manifestation du 5 décembre 2003 à la faculté des Sciences humaines, donc il
ne saurait être ni victime, ni témoin dans ce dossier» a dû constater la
juge. Autrement dit il s’agissait d’un prétexte pour
incriminer ces citoyens en particulier pour leurs activités politiques qui entravaient
l’action de Charles Henry Baker.
Outre les trois
personnes citées ci-dessous, l’ordonnance ordonne également la libération de
quatre autres: « Attendu que de
l’audition du recteur Paquiot, il ressort que ce
dernier n’a pas pu et ne peut identifier aucun de ses agresseurs du jour de
l’événement, car il se base seulement sur des rumeurs et sur un courrier
électronique qui aurait identifié le nommé Yvon Zap Zap comme étant son agresseur. Attendu que pour sa part le
vice-recteur Wilson Laleau n’a pas non plus identifié
ses agresseurs, il ne s’est borné qu’à dire avoir vu un jeune homme de 18 ans
l’agresser … Attendu que la majorité des étudiants qui ont porté plainte n’ont
pas comparu au cabinet d’instruction malgré les multiples mandats de
comparution à eux notifiés par ledit cabinet; que plusieurs d’entre eux qui ont
reçu le mandat de comparution n’ont pas jugé bon de comparaître pour soutenir
leur plainte.»
Finalement,
le gouvernement de facto se rend à l’évidence qu’il ne saurait garder
indéfiniment en prison des citoyens contre qui ne pèsent que des accusations
farfelues, comme on peut le voir avec la plainte et le «témoignage» de Charles
Henry Baker, et cette justice de classe est trop grosse pour la faire avaler.
Imaginons par exemple que l’un de ces «inculpés» qui
aurait porté une telle plainte contre Baker ou André Apaid,
est-ce que ces deux compères auraient été gardés en prison pendant deux
années ? Bien sûr que non, et ils n’auraient même pas été appréhendés. Et
Dieu sait si Apaid mériterait d’être convoqué en
justice pour «association de malfaiteurs». En l’occurrence n’avait-il pas
lui-même reconnu que le chef de gang, feu Labanyè
était à sa solde?
Cependant la
libération de Nazaire, de Sévère et d’Exilhomme n’est
que de la poudre aux yeux, compte tenu que des centaines d’autres cadres et
sympathisants Lavalas continuent à languir en prison,
notamment l’ex-Premier ministre Yvon Neptune, l’ex-ministre de l’Intérieur Jocelerme Privert et l’artiste
militante Annette Auguste.
Concernant
précisément le cas d’Annette Auguste, des accusations d’association de
malfaiteurs, de voies de fait suivies de graves blessures, de destruction de
meubles et d’immeubles appartenant à l’Etat portées contre elle, ont fait
l’objet le 6 avril d’une ordonnance de renvoi de la juge Mimose
A Janvier devant le tribunal criminel siégeant sans assistance de jury. A ce
propos, l’intéressée et ses avocats Mario Joseph et Jean Frédérick
Bénèche ont adressé le 24 avril une lettre ouverte au
commissaire du gouvernement de la Cour d’appel de Port-au-Prince, Me Raphaël
Jean-Baptiste, pour dénoncer la juge A. Janvier pour détention provisoire
prolongée «pour des motifs non fondés sinon pour des raisons politiques».
Cette
lettre précise en outre qu’Annette
Auguste, le 19 avril, a interjeté appel et rappelle les procédures à suivre en
cas d’appel pénal, à savoir: «Le ministère public met l’affaire en état
dans les quarante-huit heures de la réception des pièces en matière de
détention provisoire et dans les dix jours en toute autre matière. Il la soumet
avec son réquisitoire à la Cour d’appel pour être entendue dans la huitaine.»
De
fait, Sò Ann et ses avocats invitent donc le
commissaire du gouvernement de prendre toutes les dispositions légales
nécessaires en vue de fixer, dans le délai imparti par la loi, la date de
l’audience, vu qu’il n’existe aucune circonstance mettant obstacle au jugement.
Son époux Wilfrid Lavaud
a pour sa part déclaré qu’aucune procédure légale n’a été respectée dans le
cadre de cette ordonnance, et dénoncé l’absence des témoins et des prétendues
victimes sur les lieux au cabinet d’Instruction, en rejetant particulièrement
les accusations de possession d’armes illégales à la charge de sa compagne.
Encore plus scandaleux, c’est par des Marines nord-américains, qui s’étaient
introduits brutalement dans sa propriété dans la nuit du dimanche 9 mai 2004,
qu’Annette Auguste avait été arrêtée.
D’un
autre côté, lors de son récent passage aux Etats-Unis, le nouveau président élu
René Préval avait pressé le gouvernement de facto de se pencher sur le cas des
personnes détenues illégalement. René Préval qui avait invité les autorités de
facto à assumer leurs responsabilités et à faire preuve de compréhension pour
remettre en liberté tous ceux qui croupissent derrière les barreaux
injustement, estimait alors que l’appareil judiciaire est l’institution la plus
malade dans le pays.
C’est
aussi l’opinion du Premier ministre Yvon Neptune, qui a revendiqué son statut
de «prisonnier politique». Dans une lettre ouverte, Yvon Neptune a dénoncé une
nouvelle fois le régime de facto et ses suppôts internationaux, nommément les
Etats-Unis, la France et le Canada, qui l’ont emprisonné injustement à la suite
du Coup d’Etat du 29 février 2004.
Dans
le cadre du dossier du prétendu «massacre de la Scierie» pour lequel Yvon
Neptune et Jocelerme Privert ont été
inculpés le 14 septembre 2005 par la juge d’Instruction de Saint-Marc, Clunie Pierre Jules, la cour d’appel des Gonaïves a fixé au
8 mai 2006 le début des audiences publiques autour du recours exercé auprès
d’elle contre ladite ordonnance par les avocats de Privert.
En dépit du fait que
Yvon Neptune n’avait pas interjeté appel contre la décision, estimant à
ce sujet dans une lettre qu’il n’entendait pas participer à une mascarade de
justice, son nom figure sur la liste des personnes convoquées par la cour pour
la séance du 8 mai et toutes les autres audiences subséquentes. Sont également
attendus à ces audiences l’ex-député de Saint-Marc, Amanus
Mayette; l’ex-ministre de la Justice, Calixte Delatour; l’ex-secrétaire d’Etat à la Sécurité publique,
Jean Gérard Dubreuil; l’ancienne directrice de la Police nationale, Jocelyne
Pierre; les inspecteurs généraux de la police Roudy Berthomieux et Jean Robert Esther et le commissaire
divisionnaire Frantz Gabriel.
Par des artifices judiciaires le
régime de facto Alexandre/Latortue se cherche certainement une sortie pour se
défaire de ces personnes qu’il garde illégalement depuis si longtemps dans ses
geôles, mais il n’a pas encore dévoilé
«l’astuce» qui l’absoudra pour ces privations de liberté dont ont pâti ses
victimes. Pour que justice soit véritablement faite, Gérard Latortue et son
gang devraient rendre des comptes à qui de droit.