26 Avril, 2006

April 26, 2006

26 Avril, 2006
Vol. 24 No. 07

René Préval (à gauche) et Hugo Chavez au Palais de Miraflores, siège de la présidence vénézuélienne. « Une coopération qui s’étend dans les domaines de la science, de la santé, de l’éducation ».

Le président élu René Préval aura tenu à effectuer sa visite prévue à Caracas, après celle réalisée à Cuba il y a une dizaine de jours. Il partait donc de la capitale haïtienne le lundi 24 avril pour le Venezuela pour un séjour de 24 heures. Sa délégation, cette fois moins nombreuse, comprenait entre autres l’homme d’affaires Edouard Baussan de la compagnie pétrolière Dinassa, le syndicaliste Guy Vilsaint et Eric Pierre, représentant d’Haïti à la Banque interaméricaine de développement (BID), etc.

C’est son cinquième déplacement à l’étranger avant son investiture le 14 mai prochain, et son deuxième le plus significatif après celui de Cuba que nous rapportions la semaine dernière.

D’abord, ce voyage s’inscrit à l’instar du précédent sous le signe de l’amitié et  s’articulait autour d’objectifs concrets, contrairement aux visites à Washington et ailleurs où il lui fallait se méfier en quelque sorte de ses hôtes et «parler en code». La veille de son arrivée, d’ailleurs, le président Hugo Chavez, lors de son programme hebdomadaire «Alo Presidente», avait tenu à annoncer: «Nous nous préparons à accueillir chaleureusement Préval. Il arrive demain avec une délégation.»

Et de fait, les deux chefs d’Etat réunis au Palais de Miraflores, siège de la présidence vénézuélienne ont sans trop de cérémonie passée aux choses pratiques. Et la question de l’adhésion d’Haïti au programme Petrocaribe a été officieusement acquise aux cours de leur entretien auquel participait le Vice-président vénézuélien José Vicente Rangel. Ont été également abordés d’autres problèmes auxquels fait face Haïti, et là encore, c’est sur une note positive que s’est conclue cette étape, puisque le président Chavez a mis de l’avant un apport dans les domaines de la santé et de l’éducation, s’intégrant de quelque manière à la coopération cubaine déjà existante, pour ne pas faire «double emploi». D’ailleurs, comme nous le savons bien, puisque plus de 600 handicapés visuels haïtiens ont déjà été soignés à Cuba dans le cadre de la Mission Miracle qui est un programme cubano-vénézuélien.  «Modestement, a dit Chàvez à Préval lors de la conférence de presse, nous mettons à ta disposition l’expérience acquise au fil des années et l’effort concret en matière d’alphabétisation, d’éducation technique, en sciences et technologie.»

Le président vénézuélien a aussitôt annoncé l’envoi en Haïti dès la semaine prochaine d’une délégation de la société vénézuélienne des pétroles (PDVSA), dans le cadre de la signature de l’accord Petrocaribe. Elle sera composée des spécialistes en économie et dans le domaine social en vue d’élaborer les détails du contrat pétrolier, dont la signature est prévue le 15 mai, au lendemain de l’investiture de Préval, à laquelle prendra part le Vice-président José Vicente Rangel.

Rappelons par ailleurs que le gouvernement de Hugo Chavez n’a jamais reconnu le gouvernement de facto de Gérard Latortue. D’ailleurs, celui-ci affirmait récemment que Caracas avait refusé l’intégration d’Haïti au sein de Petrocaribe sous son gouvernement. Ce qui n’est pas tout à fait vrai, puisque l’aide vénézuélienne comme celle de Cuba est prioritairement destinée au peuple haïtien et non à un gouvernement. Sans doute que Latortue aurait voulu trouver un moyen pour en détourner une partie à ses propres fins et que le Venezuela s’y est opposé. Ou encore que Latortue n’eût pas le feu vert officiel de ses maîtres à Washington pour transiger avec la Révolution Bolivarienne?

            A Port-au-Prince, à son retour de Caracas dans la matinée du 25 avril, le président Préval a présenté un compte rendu lors d’un point de presse à l’aéroport, déclarant: «L’essentiel de ce voyage était le renouvellement de l’amitié entre les deux pays, le renouvellement de la coopération entre les deux pays. Une coopération qui s’étend dans les domaines de la science, de la santé, de l’éducation. Des bourses d’études ont été offertes. Deux accords ont été discutés. L’accord de Petrocaribe qui sera signé le 15 mai et l’accord de San José qui avait été signé en 1980 et qui sera réactivé. Il y a d’autres projets immédiats tels que l’agrandissement et la modernisation de l’aéroport du Cap-Haïtien et de l’aéroport de Port-au-Prince.»

            Quant à l’accord Petrocaribe qui doit offrir le pétrole à des prix préférentiels à Haïti, à l’instar des autres petits pays de la Caricom, Préval a voulu expliquer l’avantage qu’il comptait en tirer pour le pays: «Selon l’accord, a-t-il dit, le gouvernement disposera des produits pétroliers et vendra ces produits au secteur privé au prix du marché. Ce qui est intéressant c’est que le secteur privé s’acquittera auprès du gouvernement qui, de son côté, disposera d’un délai de 90 jours pour payer 60% de sa facture. Le reste de 40% est payable en 25 ans avec un taux d’intérêt de 1% l’an. Avec l’argent des 40%, le gouvernement constituera un fonds de développement. Pour avoir une idée de ce que cela représente, je signale que la facture du pétrole du pays pour l’année 2003 – 2004 a été 174,6 millions de dollars et pour l’année 2004 – 2005, elle était de 254,5 millions, soit une augmentation de 79,9 millions en deux ans correspondant à une augmentation de 46%. Si on prend l’exemple de l’année 2004 – 2005, 60% de 254,5 millions donnent environ 150 millions de dollars que le gouvernement aurait payés comme facture de pétrole. Donc les 40%  représentent environ 100 millions de dollars. C’est ce fonds d’environ 100 millions de dollars qui va servir pour les projets de développement.»

            En somme, le président René Préval a ramené de bonnes nouvelles, surtout pour la question de l’approvisionnement du pétrole, mais ce n’est pas tout. Car, l’État ne disposant pas de capacité de stockage de combustibles, il lui faudra tenir à l’œil les affairistes du secteur privé qui en auront la garde dans leurs réservoirs! Par ailleurs, il nous dit que les 100 millions d’épargne réalisés grâce à l’accord Petrocaribe devront servir au développement et que le carburant sera vendu au prix du marché. Cependant, dans un pays où le transport public est totalement privé, il lui faudrait bien trouver un moyen de le subventionner car la charge retombe directement sur les utilisateurs qui sont bien sûr les petites gens qui ne disposent pas d’autres moyens de locomotion et qui pâtissent directement des prix de ce trop fameux «marché».