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Non seulement à peine un million de citoyens sur 3,5 millions détenteurs de la carte d’identité électorale sont allés aux urnes, mais une grande partie de ce million s’est vu empêché de le faire effectivement, puisque on leur disait que leurs noms ne se trouvaient pas sur la liste d’un centre donné et même qu’ils auraient dû «vérifier sur Internet»
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Finalement on en est
arrivé au bout, ou presque, – il reste encore les municipales et les
collectivités - de ces élections, avec
le deuxième tour qui devrait permettre la formation d’un Parlement, quel qu’il
soit. Mais le peuple haïtien n’est pas au bout de ses peines, comme il doit
bien s’en douter depuis le début de ce processus électoral piégé d’un bout à
l’autre.
Récapitulons: pour le premier tour,
seulement deux députés sur les 99 avaient pu être élus et 83 autres devaient
suivre avec ce deuxième tour, en attendant que les 14 restants pour qui le
scrutin avait été annulé au premier tour et qui en étaient, eux, à nouveau au
premier tour ce 21 avril, de même que pour les trois sénateurs du Nord-Est.
Pour le Sénat au moins 20 élus sont
pratiquement connus, vu le nombre de procès-verbaux déjà comptabilisés par
rapport au total, et Lespwa, la plate-forme du président élu est le parti ayant
remporté le plus de sièges sans toutefois détenir une majorité.
En effet,
suivant les résultats partiels fournis par le secrétaire général du CEP,
Rosemond Pradel, Lespwa serait déjà assurés de 11 sénateurs dont: pour l’Ouest:
Anacacis Jean Hector; pour l’Artibonite: Emmanuel Limagne; pour le département
du Centre: Wilbert Jacques et Ultimo Compère; pour la Grand’anse: Maxime
Roumer; pour les Nippes: Nènèl Cassis;
pour le Nord: Kelly Bastien, Sémefils Gilles et René Samson. L’OPL en
compterait déjà 4, Fusion, 3, Lavalas, 2, L’Artibonite en Action, 2.
Et pour la Chambre des députés, 20
candidats de Lespwa seraient en voie de l’emporter. C’est sans doute le parti à
remporter le plus de sièges, un succès d’une certaine façon, mais même avec une
éventuelle alliance avec les deux élus au Sénat du parti Lavalas, Evelyne
Chéron et Rudy Hérivaux, c’est loin d’être suffisant pour une majorité à cette
Chambre et encore plus éloigné pour la Chambre basse. Et pour être confortable
pour choisir un Premier ministre qui s’entendra avec le président de la
République pour bâtir un programme sans faire face continuellement à de
l’obstruction, c’est loin d’être suffisant.
D’ailleurs, plusieurs observateurs
s’accordent pour faire remarquer que les autres élus se retrouvent pour la
plupart parmi ceux qui avaient appuyé le coup d’État de février 2004. «Nous
prévoyons qu’il va y avoir des problèmes au Parlement , disait Emile
Jean-Baptiste de SOS, un groupe de réflexion politique, dans une interview le
25 avril à Radio Solidarité, le plan
[du secteur pro-coup d’État de
voler la présidence] aura échoué,
cependant il a réussi pour le Parlement.»
Le
déroulement du second tour semble confirmer ses soupçons. En effet, non
seulement à peine un million de citoyens sur 3,5 millions détenteurs de la
carte d’identité électorale sont allés aux urnes, mais une grande partie de ce
million s’est vu empêché de le faire effectivement, puisque on leur disait que
leurs noms ne se trouvaient pas sur la liste d’un centre donné et même qu’ils
auraient dû «vérifier sur Internet»! En
réalité le peuple aura d’une certaine façon boudé ce deuxième tour, comme s’il
savait que s’il avait pu faire respecter son vote pour la présidentielle,
l’effet de surprise de sa mobilisation ne jouerait plus cette fois-ci. Un
observateur de l’Union européenne, Johan van Hecke a même indiqué une
participation de 15 % et le CEP, 28 %, de toutes façons bien moindre que le 7
février dernier où elle se situait à plus de 60 %, malgré les embûches mises
pour empêcher les habitants des quartiers populaires de voter.
Si
le calme a généralement prévalu, à certains endroits on a connu certaines
confrontations. Par exemple, à Grande-Saline, dans l’Artibonite, Bertin Désir,
mandataire dans un bureau pour un parti a été abattu par son cousin, Ricardo
Désir, observateur pour un rival. Au moins trois autres personnes ont été
blessées et les élections ont dû être annulées pour la seconde fois dans cette
circonscription.
Encore
dans l’Artibonite, à Verrettes, Jean Beauvois Dorsonne, un candidat du parti de
Youri Latortue (LAA) a pris le maquis après avoir blessé d’un coup de feu un
observateur électoral national, Marc Michel, du Conseil national d’observation
électorale (CNO).
À Pestel et à Moron, dans la Grand’Anse, ce
sont les sbires du Front de l’ex-rebelle Guy Philippe qui menaçaient électeurs
et officiers électoraux soit pour les forcer à voter pour leurs candidats, soit
pour avoir le loisir de voter en plusieurs fois.
Tout
en attendant les résultats définitifs d’ici la fin de cette semaine, on peut voir
dès maintenant que la partie ne sera pas facile, puisque l’élu du peuple, comme
on le disait plus haut, ne détiendra point la majorité, et quand même il en
arriverait à des alliances, ce sera à la suite de marchandages à n’en plus
finir et sans cesse à recommencer pour chaque législation. Car il est certain
que ceux qui ont fait le coup d’État du 29 février 2004 ne sont pas prêts à
accepter la reprise des revendications du peuple qu’ils ont voulu une autre
fois écarter de la scène politique. Évidemment les jeux sont loin d’être faits
d’un côté comme de l’autre, et ce ne sont pas les intimidations à l’effet qu’il
veut faire régner la dictature de la rue qui empêchera le peuple haïtien de
poursuivre sa lutte pour la justice sociale.
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