19 Avril, 2006

April 19, 2006

19 Avril, 2006
Vol. 24 No. 06
Législatives
Zones d’ombre sur le second tour

«Toute la grosse machine est bien huilée et est prête à organiser les élections», a indiqué le secrétaire général du CEP Rosemond Pradel.


La nouvelle journée de répétition lancée le 17 avril à travers le pays par le Conseil électoral provisoire (CEP) pour préparer le «bon déroulement» du second tour des législatives a plutôt été un véritable fiasco. Pendant que le directeur général du CEP, Jacques Bernard déclarait attendre avec beaucoup d’optimisme ce scrutin, à trois jours de la date, de nombreux problèmes n’ont pas encore trouvé de solution.

De nombreux habitants des différents départements, notamment ceux du Centre, se montrent très peu enthousiastes à participer. Certains d’entre eux ont affirmé ne pas savoir qui voter en raison de l’absence de meetings politiques que devraient organiser les concurrents.

Certains candidats se déclarent même sceptiques, en s’interrogeant sur la capacité du personnel des bureaux de vote à mener à bien les opérations, tout en appelant le peuple haïtien à se rendre en masse aux urnes.

De son côté, l’un des candidats au Sénat de la Plateforme Lespwa dans la région des Nippes, Chérimond Saint Julien, a fustigé les autorités électorales de ce département pour avoir minimisé toutes les revendications.

Pour sa part, le candidat à la députation pour la circonscription Bassin Bleu/Chansolme, Denis Saint-Fort, a réclamé la mise sur pied d’un tribunal international pour juger les membres de la Minustah en cas de boycottage des élections par ces derniers. Saint-Fort qui a dénoncé un plan tramé par la Minustah dans la région, a fait ces déclarations à la suite de l’arrestation d’un autre candidat à la députation pour la circonscription de Jean-Rabel par les Casques bleus.

D’un autre côté, le président du BED du Sud, Frantz Badette, a dénoncé les opérations de recrutement des membres des BV faites à son insu. Frantz Badette a menacé de bloquer la réalisation le scrutin s’il ne peut en pas en avoir le contrôle.

Quant à cette nouvelle journée électorale de ce 17 avril, il était aisé de constater l’absence du personnel dans les quelques rares centres de vote dans la région métropolitaine et en province. En effet, les managers, superviseurs et membres des BV ont boudé l’appel du CEP à participer à cette journée de répétition générale.

Mais le Conseil électoral provisoire se déclare néanmoins optimiste quant au succès de ces élections. «Toute la grosse machine est bien huilée et est prête à organiser les élections», a indiqué le secrétaire général du CEP Rosemond Pradel, qui s’est contenté par ailleurs de déclarer que les listes électorales partielles seront affichées dans tous les centres de vote 48 heures avant l’ouverture des bureaux, en soulignant que des dispositions seront prises pour le rapatriement des procès-verbaux. Il a dans le même temps annoncé la révocation des principaux responsables des BED Sud, du Nord-Est et du Nord-Ouest ainsi que ceux d’un bureau électoral communal dans les Nippes, pour soi-disant éviter certaines irrégularités constatées lors du premier tour. Par ailleurs, le Conseil électoral provisoire a annoncé que son centre de diffusion sera désormais hébergé dans les locaux de l’institution à Delmas, suite aux difficultés rencontrées pour trouver un édifice privé à cet effet après son expulsion de l’hôtel Montana, où les partisans de Lespwa avaient fait irruption pour protester contre les manipulations du vote populaire.

Pour sa part, le conseiller électoral Patrick Féquière a invité la population à rééditer l’exploit du 7 février en se rendant massivement aux urnes. Patrick Féquière qui a estimé que seul un vote massif peut empêcher toute tentative de fraude, a déploré le fait que le CEP n’ait pas mis l’accent sur la campagne d’éducation civique. Pourtant, plus de 200 mille dollars ont été affectés à ce domaine.

Réagissant aux allégations de Patrick Féquière, le président du CEP Max Mathurin a dit reconnaître que la campagne d’éducation civique était dans l’impasse du fait que la firme engagée par le PNUD est confrontée à des difficultés. Comme si la responsabilité d’éviter de s’engager à la légère avec une firme non fiable n’incombait pas totalement au PNUD!

Par ailleurs,  parmi les mesures annoncées par la Minustah et le CEP figurent un  «plan de sécurité intégré» comportant des militaires et policiers de l’ONU ainsi que des policiers haïtiens, selon le général brésilien José Elito Carvalo Siquiera. Ce dernier qui s’est montré plus que jamais optimiste, a précisé que tout l’effectif des forces de l’ordre a été mobilisé pour garantir la sécurité de la journée électorale.

Cependant, malgré ces mesures spéciales annoncées par la Minustah et l’affirmation du CEP selon laquelle sa «grosse machine est bien huilée et est prête à organiser les élections», il est permis de s’interroger sur la véritable finalité des séances spéciales de répétition électorale, dès lors que le traitement des votes et procès-verbaux du second tour est régi de façon identique au premier tour où l’on avait pu assister aux grossières tentatives de voler la victoire au premier tour du candidat à la présidence de Lespwa?