12 Avril 2006

April 12, 2006

12 Avril, 2006
Vol. 24 No. 05

20 mars 2006 Journée de la légalité à la frontière pour dénoncer la traite et le trafic de
personnes à la frontière haïtiano dominicaine.

Le 10 avril le Groupe  d’appui aux rapatriés et réfugiés (GARR) lançait un autre cri d’alarme dans un communiqué pour dénoncer le trafic des Haïtiens vers la République dominicaine. L’organisme y fait état d’un autre groupe de 56 ressortissants haïtiens dont 6 mineurs qui ont été abandonnés par des passeurs, et perdus entre le 29 mars et le 6 avril dans les montagnes du Bahoruco, en territoire dominicain. Heureusement ils ont pu être rapatriés, car d’autres avant eux, comme on le sait, ont déjà perdu la vie dans ces conditions. Recrutés dans le sud-est d’Haïti, le trafiquant avait exigé deux mille gourdes par tête. De son côté, le Service jésuite aux réfugiés et migrants (SJRM) a fait état dans un rapport de l’arrestation le 9 mars dernier d’un passeur à Ouanaminthe, qui tentait d’emmener en République dominicaine 42 personnes dont une femme enceinte et des enfants qu’il avait enfermés dans un camion.

Mais si l’on peut considérer certains cas de trafiquants agissant personnellement, il n’en demeure pas moins vrai qu’avec la période de la coupe de la canne, la zafra, où les centrales sucrières sont en pleine activité, il existe un recrutement quasi officiel qui s’étend sur la même période, de novembre à avril. Et d’année en année des individus sans scrupules arrivent à leurrer des compatriotes à venir travailler en République dominicaine. Et comme on l’a déjà rapporté, ils bénéficient assez souvent de la complicité de certains secteurs dans ce pays qui y trouvent leurs avantages. En commençant par certains militaires contre qui, bon gré mal gré, il arrive aux autorités de devoir sévir. 

Mais ce n’est là que feu de paille, car en même temps que s’effectuent ces recrutements pour de nouveaux bras, les dirigeants dominicains procèdent à des expulsions. Ainsi le 29 mars, environ 400 Haïtiens dans le sud-ouest de la République dominicaine ont été refoulés par la ville frontalière d’Anse-à-Pitres. Mais trois jours auparavant, les Comités des droits humains de Fonds-Verrettes et de Fonds-Parisien, membres du Réseau binational Jeannot-Succès, avaient signalé le passage d’une dizaine de camions transportant des ressortissants haïtiens en direction du territoire dominicain.

Le GARR  rappelle que le 6 octobre 2005, le ministre de facto des Affaires étrangères Hérard Abraham avait annoncé des mesures visant à sanctionner la traite de personnes. Depuis lors cependant, aucune information sur la progression de ce dossier n’est sortie de ses bureaux.

Et pour cause, profitant du laxisme des autorités haïtiennes, les trafiquants poursuivent leurs activités comme bon leur semble. La mort par asphyxie le 10 janvier dernier de 24 Haïtiens entassés dans un container n’aura alerté ces dirigeants que le temps que l’affaire se dissipe dans l’opinion. Le Réseau Jacques Viau avait publié après ce drame un bulletin pour souligner que 80 Haïtiens ont trouvé la mort et 98 autres blessés dans six cas tragiques au cours de la dernière décennie. Ce ne sont plus là des accidents, mais bien une situation qui perdure, et n’attire l’attention que lorsque se produisent des tragédies.