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Une cérémonie tout à fait mécanique où les participants auraient eu bien de la
peine à expliquer le sens de leur geste en ce jour que leur rôle à la tête de
l’État contredit totalement…
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Le 7 avril, pendant plus de deux heures, la
circulation était bloquée autour du Palais national. Grand dispositif de
sécurité, déploiement de plusieurs unités de la Police nationale, à tel point
qu’on se demandait s’il y avait quelque règlement de comptes qui se déroulait
entre les différents gangs au sein du régime de facto pour le partage de
quelque bonne affaire. Certaines fortunes s’accumulent beaucoup plus vite pour
certains que pour d’autres, et par exemple, l’affaire des fastueuses
acquisitions, faites par le chef de cabinet du président de facto Michel
Brunache telles que révélées par les autorités policières de Miami, a fait le
tour et soulève les convoitises de ses complices.
On allait
heureusement en avoir le cœur net, car ce n’est pas encore «la guerre des
gangs». En effet peu de temps après, le président de facto Boniface Alexandre
sortait du Palais, accompagné de presque tous les membres du régime de facto
pour aller déposer une gerbe de fleurs au pied du monument de Toussaint
Louverture, à l’occasion du 203e anniversaire de la mort du
«précurseur de l’Indépendance». Une cérémonie tout à fait mécanique où les
participants auraient eu bien de la peine à expliquer le sens de leur geste en
ce jour que leur rôle à la tête de l’État contredit totalement. On ne saurait
les soupçonner de décence, d’autant plus que toute cette bande est à genoux
devant les actuels dirigeants de l’État français qui, eux, comme le disait en
quelque sorte le président Aristide, souffrent d’une «nostalgie morbide» du
colonialisme. Il n’y a qu’à se rappeler l’action du Premier ministre français
Dominique Villepin, ministre des Affaires étrangères à l’époque du coup d’État
du 29 février 2004. Rappelons aussi que ce 7 avril est justement l’anniversaire
de la mort au fort de Joux du prisonnier de ce pillard de Napoléon dont
Villepin est justement l’un des grands et impénitents admirateurs.
Du
reste, cette commémoration est passée quasiment inaperçue, et pour
l’édification des membres du régime de facto, des élèves du lycée Toussaint
Louverture qui avaient été conviés à cette «parade», ont par la suite organisé
dans leur établissement avec le professeur Yves Dorestal une conférence de presse
et d’autres activités, qui, explicitement sinon volontairement, constituaient
une dénonciation de l’administration de facto Alexandre/Latortue.
Yves
Dorestal s’y exprimait en ces termes: «Il y a une chose extrêmement
importante que je dois souligner, c’est le fait que Toussaint Louverture avait
une conception politique de principe. C’est-à-dire, ce n’était pas une
conception banale de la politique, car aujourd’hui il existe une perversion de
la politique. La politique est considérée comme un moyen de s’enrichir,
d’enrichir sa famille, son parti. Mais Toussaint Louverture, lui, avait une
politique de principe basée sur l’objectif de l’émancipation des esclaves, de
créer une nation…»
Et
de fait, on ne célèbre pas pour célébrer et pas avec n’importe qui et si, comme
le disait le sociologue Raymond Aron réfugié à Londres lors de l’occupation de
la France par les nazis, «… il est bon que les peuples gardent le culte de
leurs grands hommes, de ceux qui ont beaucoup donné à leur pays et à
l’humanité, sans rien demander pour eux-mêmes que la possibilité de créer et
d’instruire» (R. Aron, «La possibilité de créer et d’instruire» in L’Histoire
contre l’extrême droite, édit. Mille et Une Nuits, 2002), il est
compréhensible que le peuple haïtien n’ait pas voulu s’associer à ce régime
infâme d’usurpateurs et aux occupants, de qui il n’a rien à apprendre, pour
commémorer quoi que ce soit.
Notes
(1) Il est intéressant de noter la définition que donne Le Petit
Larousse de cette expression qui semble particulièrement adaptée en la
circonstance: À la sauvette: se dit des marchands ambulants qui vendent sur
la voie publique sans autorisation. Et nous savons à quel point Gérard
Latortue et ses «technocrates» ont passé ces deux années à signer accords et
contrats… à la sauvette.
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