12 Avril 2006

April 12, 2006

12 Avril, 2006
Vol. 24 No. 05
Que mijote Jacques Bernard
pour le second tour?

Le conseiller Louis Gerson Richemé: «Il n’y avait pas assez de motivation à la journée de répétition électorale organisée à l’intention du personnel des centres de vote…


Le directeur exécutif du Conseil électoral provisoire (CEP), Jacques Bernard, s’est accordé un satisfecit pour la journée de répétition électorale organisée à travers le pays le dimanche 9 avril. Réalisée à l’intention des membres des centres de vote, cette simulation électorale devrait permettre aux responsables de mieux comprendre leur travail pour le second tour des législatives prévu pour le 21 avril.

            A l’occasion d’un point de presse à ce sujet ce jour-là, Jacques Bernard a déclaré: «Nous sommes très satisfait de la journée de répétition électorale… »  Cependant, si pour lui, c’est une réussite, par contre, pour les conseillers électoraux, ce fut un véritable fiasco. Ainsi, dans une interview à la radio, le responsable de communication au CEP, le conseiller Louis Gerson Richemé disait: «Il n’y avait pas assez de motivation à la journée de répétition électorale organisée à l’intention du personnel des centres de vote. Moi-même en tant que conseiller, j’étais au courant de la tenue de cette journée. Cependant, la motivation qui a eu lieu par exemple lors de la journée nationale d’enregistrement des électeurs dans les différents départements géographiques du pays n’existait pas.»  Cette opération n’a pas eu lieu à Jacmel, par «manque de planification».

            Richemé a par ailleurs réitéré la volonté du CEP de ne pas comptabiliser les votes blancs pour le second tour des législatives. Toutefois, au niveau de la communauté internationale, il y a un sérieux désaccord entre les divers secteurs autour de la question des votes blancs au premier tour comme au second tour. Alors que la Mission d’observation électorale de l’Union européenne (UE) a indiqué que la comptabilisation et la répartition des votes blancs aux candidats constituaient une violation flagrante du décret électoral, la Mission internationale d’évaluation des élections (MIEEH) a plutôt recommandé au CEP que cette formule soit encore utilisée. En effet, dans un second rapport publié sur les élections du 7 février, la MIEEH a saisi l’opportunité pour exiger l’utilisation de la même méthode de compilation des votes blancs utilisés pour l’élection présidentielle.

            Notons que la méthode de compilation des votes blancs qui ne figure pas dans le décret électoral, avait servi de prétexte au CEP pour ne pas proclamer la victoire de René Préval au premier tour de la présidentielle, et pour ensuite, malgré le vote massif en sa faveur faire passer cette victoire incontestable au premier tour pour un compromis.

            On s’aperçoit que tout n’est pas au beau fixe, et qu’entre les responsables des élections, tout est loin d’être au beau fixe. Jacques Bernard lui-même, tout en disant qu’il avait l’appui du CEP, reconnaissait que tout n’allait pas bien avec «un ou deux d’entre eux».

            La question qui nous intéresse, c’est de savoir le pourquoi de ces désaccords. Sans vouloir spéculer, il semble que certains conseillers, pour une raison ou une autre, seraient plutôt réticents à collaborer aux tours de passe-passe utilisés par Jacques Bernard au premier tour pour voler la victoire à René Préval, le forçant à aller à un second tour pour épuiser ses troupes et les moyens de la plate-forme Lespwa que l’on sait avoir refusé des fonds offerts par l’Usaid pour la compromettre.

            À cette étape, la «communauté internationale» et ses différents mandataires indigènes ne se donnent pas pour autant pour battus. Et il est sûr qu’ils complotent d’arrache-pied pour éviter toute possibilité pour Lespwa d’avoir un Parlement favorable au président élu. On sait que de la majorité constituée dans les deux Chambres dépendra le choix du Premier ministre qui détient en fait le pouvoir en tant que chef du gouvernement. 

             Il va falloir que le peuple haïtien continue sur sa lancée, se montre encore plus vigilant, et apporte son vote à nouveau en masse aux candidats aux législatives de Lespwa qui, s’il ne détiendra pas par la force des choses la majorité au Parlement, vu le nombre de ses candidats, pourra au moins compter sur un nombre appréciable qui lui permettra de lier sans trop de problèmes une alliance pour orienter le pouvoir, en principe, vers la satisfaction des revendications populaires.

            Le tableau des concurrents se présente en effet comme suit pour le deuxième tour:

pour les 99 sièges de députés, on compte 166 candidats répartis entre:

Lespwa: 32 candidats; Fusion, 23; OPL, 22, Alyans, 20; Union, 14; Konba, 9; RDNP, 8; «Lavalas» ou ce qui se présente comme tel, 7; Latibonit ann Aksyon, 4; Mochrenah, 4; MPH, 4; MRN, 4; ADEBAH, 3; JPDN, 2; MIR, 2; PLH, 2; PON, 2; FRN, 1; Tèt Ansanm, 1; Inite, 1; pour les 30 sièges au Sénat, on compte 54 candidats (en faisant abstraction des deux sénatoriales annulées qui doivent être reprises séparément): Lespwa avec 15; Fusion, 7; «Fanmi Lavalas», 5; Union, 5; OPL, 5; MIR, 3; Alyans, 2; Konba, 2; Latibonit ann Aksyon, 2; Mochrenah, 2; FRN, 1; GFCD, 1; JPDN, 1; MPH, 1; PON, 1; RDNP, 1.