04 Avril 2006

April 04, 2006

04 Avril, 2006
Vol. 24 No. 04


Le responsable du dossier des droits humains de la Minustah, Thierry Faggart : Donc il y a urgence, il faut faire un premier tri d’urgence. Il faut d’abord mettre dehors effectivement tous les gens qui n’ont rien à faire dans les prisons.»


Après avoir rempli les prisons, ou contribué à y faire entasser nombre d’innocents, la Minustah et certains organismes dits de droits humains liés au coup d’État ont choisi  l’occasion du 19e anniversaire de la Constitution, le 29 mars, pour dénoncer cette situation et pour rabâcher la question de la réforme du système pénitentiaire qui n’en finit plus d’être invoquée.

            Ainsi, le Réseau national de défense des droits humains (RNDDH) ne se fait pas faute de déclarer que la situation carcérale a empiré de juin 2005 à cette date, dénonçant particulièrement la détention préventive prolongée, en omettant toutefois la question des prisonniers politiques dont, entre autres, l’incarcération du Premier ministre Yvon Neptune contre qui, c’est le RNDDH lui-même qui avait fabriqué un dossier l’incriminant malhonnêtement.

Pour sa part le responsable du dossier des droits humains de la Minustah, Thierry Faggart reconnaissait: «Le Pénitencier ne peut plus accueillir personne. Maintenant on envoie les gens vers les commissariats. Ca va marcher peut-être pendant deux, trois jours, une semaine. Mais dans une semaine on va avoir le même problème dans les commissariats. Les commissariats vont être surchargés. Il va falloir les relâcher ces gens de toute façon… Le problème est que la plupart d’entre eux sont des gens très pauvres, qui n’ont donc pas accès à une défense. Ils ne sont donc pas défendus. On ne les connaît pas. Ils attendent, parce qu’ils n’ont pas le choix. Donc il y a urgence, il faut faire un premier tri d’urgence. Il faut d’abord mettre dehors effectivement tous les gens qui n’ont rien à faire dans les prisons.»

En effet, on compte officiellement 4034 détenus dans dix-sept centres carcéraux, et seulement 450 ont été jugés et condamnés. Et dans un rapport établi à la suite de visites qu’elle a effectuées du 28 mars au 28 septembre 2005 dans les prisons des villes de Port-de-Paix, Cap-Haïtien, Jérémie, Anse-à-Veau, Hinche et Côtes-de-Fer, la Plate-forme des organisations haïtiennes des droits humains (POHDH) indique: «La situation sanitaire des prisons et des centres de détention laisse beaucoup à désirer. Certains d’entre eux ne disposent ni de toilettes, ni de lits, ni de dortoir, ni d’infirmière, ni d’eau potable. (…) La règle est l’entassement à 40 dans des cellules prévues pour 20 personnes. Par ailleurs, dans certaines prisons, des détenus préventifs sont mêlés aux condamnés; des mineurs qui devraient être placés dans des centres prévus à cet effet, sont en contact quotidien avec les adultes…»

De son côté, le Protecteur du citoyen, Necker Dessables, lors d’une journée «ironiquement» dénommée «portes ouvertes» organisée le 29 mars à son nouveau siège dans la capitale, dissertait sur le principal problème au Pénitencier national, soit le surnombre des détenus par rapport à la capacité d’accueil de ce centre.

            Mais tous ces discours de circonstance n’ont fait ni chaud ni froid au responsable de la Direction de l’administration du pénitencier national (DAP), Marc Wilkens Jean, qui a imputé cette situation à la hausse de la criminalité. Quant au doyen du tribunal de première instance de Port-au-Prince, Roc Cadet, il semble satisfait de son travail et de lui-même. «Ce que je peux dire, déclarait-il, tous les dossiers qui sont acheminés ici, je travaille sur eux. Tout le monde peut venir vérifier. On peut aller aussi vérifier au parquet. Tous les dossiers que j’ai reçus du cabinet d’instruction, sont distribués le jour même.»  Donc tout va bien, et il faudra attendre au 29 mars 2007 pour voir tout ce monde à nouveau «tirer la sonnette d’alarme».