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Durant ces deux dernières années, le Premier ministre de facto Gérard Latortue,
dont la nomination a été imposée en dehors de toute légalité constitutionnelle,
s’est arrangé pour brader le pays, à tous points de vue, en signant à la
dérobade sur commande de ses bienfaiteurs des accords préjudiciables à la
souveraineté nationale…
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Le 29 mars 1987, le peuple haïtien votait en
masse par référendum une Constitution
qui devait, en principe, consacrer la rupture avec un régime dictatorial
qui avait pris en otage tout le pays et ses habitants pendant plus de 29 ans.
Dans
la réalité, cette Constitution fut davantage l’émanation d’un compromis entre
les classes dominantes pour mieux partager le pouvoir après la chute du
«président à vie» Jean-Claude Duvalier. L’article 291 faisant injonction aux
tenants du régime duvaliériste déchu de se tenir à l’écart de la scène
politique pendant dix ans, introduit par l’Assemblée constituante, ne fut en
réalité qu’un subterfuge destiné à motiver la grande majorité de la population
à plébisciter le texte. Cependant si au moins elles la respectaient, ce serait
toujours ça de gagné.
Mais
tel n’a point été le cas, et ce tout de suite après l’adoption de cette Charte.
En effet, moins de huit mois, les généraux Henri Namphy et Williams Regala lui
donnaient son premier grand coup de massue en noyant dans le sang les premières
élections démocratiques de l’après-Duvalier, le 29 novembre 1987.
Puis
en septembre 1991, premier coup d’État contre le premier président à être élu
démocratiquement au suffrage universel par les militaires.
Et
en février 2004, rebelote, mais cette fois, à défaut de l’armée déjà dissoute,
Washington en accord avec Paris et Ottawa procédait au kidnapping du président
constitutionnel. Ce sont là les faits les plus marquants de violation, mais
tout au long des mandats constitutionnels de Jean-Bertrand Aristide et de René
Préval, les politiciens indigènes n’ont point cessé de faire fi de cette
Constitution en favorisant et sollicitant étrangère moyennant des
gratifications en espèces sonnantes. Les agissements de l’Institut républicain
international (IRI) qui les réunissait pour déstabiliser le gouvernement du
président Aristide n’en sont qu’un exemple parmi tant d’autres.
Dix-neuf ans après,
qu’en est-il du respect de cette Constitution. La situation, à vrai dire, n’a
guère changé, et a plutôt empiré, puisqu’on se retrouve encore sous un régime
inconstitutionnel dans toute l’acception du terme, d’autant plus qu’il a été
manu militari imposé par des forces étrangères.
Et depuis le coup
d’Etat/kidnapping perpétré le 29 février 2004, la Constitution de 1987 est
définitivement mise en veilleuse avec notamment la présence de la force
d’occupation de la Minustah, à laquelle incombe présentement tous les attributs
souverains de l’Etat haïtien. Durant ces deux dernières années, le Premier
ministre de facto Gérard Latortue, dont la nomination a été imposée en dehors
de toute légalité constitutionnelle, s’est arrangé pour brader le pays, à tous
points de vue, en signant à la dérobade sur commande de ses bienfaiteurs des
accords préjudiciables à la souveraineté nationale, comme celui signé le 22
février dernier avec le chef civil de la Minustah, Juan Gabriel Valdés, plaçant
la Police nationale d’Haïti (PNH) et le
pays tout entier sous la coupe de la force d’occupation.
A
l’occasion de ce 19e anniversaire, aucune activité officielle n’a
été organisée, non pas parce que le régime de facto se soucie de l’énorme
distance entre le formel et le réel, mais bien par crainte de donner une
occasion à la population de manifester encore une fois massivement leur rejet
du coup d’État et de ses instigateurs et
protagonistes.
Une
conférence-débats a néanmoins été organisée à l’Office du protecteur du citoyen
(OPC), où il était question de dénoncer des violations «triées» dont a fait
l’objet la Constitution durant ses 19 ans d’existence. C’était également
l’occasion pour des forts en thème, tels que l’historien Claude Moïse,
directeur du journal de la bourgeoisie Le Matin, et le «conteur
d’histoires» Georges Michel, de se laisser aller à des discours dont
l’apparente profondeur ne servait qu’à contourner des violations bien concrètes
et qui n’auraient pas besoin de telles subtilités pour être réglées, comme le
scandale des prisonniers politiques, etc. Concernant d’éventuels amendements à
la Constitution, Georges Michel a donné sa mesure en passant du coq à l’âne. «J’inviterai
le peuple haïtien, tous les citoyens haïtiens à monter une garde vigilante
autour de cette Constitution de 1987, parce que depuis 1804, toutes les fois où
on a parlé d’amendement, c’était pour apporter la dictature. C’était pour
installer un pouvoir personnel qu’on a voulu toucher à la Constitution» a
accouché pour toute réponse cet ancien membre de l’Assemblée constituante de
1987. En fin de compte, de quelle constitution parlaient-ils quand on sait que
la force continue à primer ouvertement sur le droit, à violer les fondements
mêmes de cette Constitution, comme l’atteste encore le coup d’État du 29
février 2004 qui n’aura pas semblé constituer ne serait-ce qu’une anomalie par
ces savants constitutionnalistes. À rappeler que quand cela fait l’affaire des
violateurs eux-mêmes, il n’est point question de constitution, mais quand il
s’agit d’un gouvernement constitutionnel élu par le peuple, ils deviennent des
plus pointilleux.
En
résumé, 19 ans après, les classes dominantes n’arrivent même pas à respecter un
texte qu’ils ont pris le loisir de fignoler à leur bénéfice, et qui n’aura pas
pu, à leur grande déconvenue, écarter le peuple haïtien de la scène politique.