25 Janvier, 2006

January 25, 2006

25 Janvye, 2006
Vol. 23 No. 46


Le candidat à la présidence René Préval : À une quinzaine de jours de la date fixée pour ces élections, c'est à se demander s'il s'agit seulement d'une campagne d'intimidation contre les électeurs du candidat donné pour favori, ou bien d'un prélude à la répétition d'un événement des plus sanglants survenu près d'une vingtaine d'années auparavant en de pareilles circonstances?
À Saint-Marc le 18 janvier, deux jours avant une visite que devait effectuer le candidat à la présidence René Préval dans le cadre de sa campagne électorale, des membres du groupe Ramicosm ont mis le feu au bureau de son parti, Lespwa (L'Espoir), dans cette ville, brûlant deux véhicules, et procédé à la destruction du podium qu'on installait pour la venue de Préval. Ensuite les malfaiteurs ont dressé des barricades enflammées, déclarant: "Nous ne voulons plus le retour de Lavalas dans la cité et la menace est imminente. René Préval et Jean-Bertrand Aristide sont responsables de la dérive que connaît le pays actuellement." Ces individus agissaient évidemment en toute impunité, et l'un de leurs dirigeants, maire-adjoint de la ville, Thompson Charliénord, n'a pas hésité à avouer avoir donné lui-même l'autorisation pour la destruction du stand sous prétexte qu'il était construit à un mauvais endroit.. "Un autre endroit serait mieux car il obstruait la circulation automobile dans l'angle où il se trouvait" a prétendu Charliénord, qui faisait partie des terroristes armés contre le régime constitutionnel du président Aristide au début de l'année 2004.

Le candidat à la députation de Saint-Marc sous la bannière de Lespwa, Yves Cajuste a ainsi dénoncé les autorités judiciaires qui ne prennent jamais leur responsabilité face aux menaces contre les partisans de Lespwa.

Aux Cayes, aussi, on enregistrait de semblables agressions, où une campagne de destruction des matériels de la plate-forme de Préval débutait dans la soirée de ce même 18 janvier. Aux Gonaïves, un camion portant l'éffigie de Préval a été incendié dans le surlendemain.

Ces attaques contre Lespwa ne sont point le fruit du hasard et font suite à la hargne manifestée par le chef du Groupe des 184, André Apaid et les autres partis politiques plus ou moins à sa solde. Le 16 janvier, à l'occasion de son sit-in réalisé devant le siège de la Minustah, pour protester contre l'"inaction" de la Minustah face aux "bandes armées" de Cité Soleil, André Apaid, n'avait guère mâché ses mots pour accuser personnellement René Préval d'être de connivence avec les auteurs des kidnappings. Selon lui, le fait que seul le candidat à la présidence de Lespwa puisse mener campagne dans les quartiers pauvres prouve qu'il est partie prenante dans les kidnappings. "S'il ne peut pas dire qu'il arrêtera les bandits, c'est qu'il accepte de bénéficier d'eux… Il n'est en train de convaincre personne qu'il ne bénéficie pas du mouvement violent et dans le maintien d'un million de gens dans la peur", a prétendu Apaid, qui est relayé dans ses propos diffamatoires par les stations de radio de l'ANMH, principalement la direction de Radio Kiskeya qui s'est livrée le 19 janvier à une furieuse attaque contre la personne de René Préval.

Le 16 janvier, les représentants de Lespwa avaient pourtant publié un communiqué de presse pour condamner cette campagne de dénigrement, disant entre autres: "Cela fait quelque temps, trop longtemps, que la plate-forme politique l'Espoir constate avec une appréhension mêlée de pitié le déploiement d'une campagne de dénigrement, d'accusations sans fondement et d'injures, visant principalement le candidat à la présidence de l'Espoir René Préval… Depuis une quinzaine de jours, cette opération de calomnies et de désinformation systématique s'est soudainement accélérée… L'Espoir et la violence sont incompatibles, les kidnappings sont une agression contre l'Espoir."

Cela n'a point eu pour effet de calmer les agresseurs. Bien au contraire. On peut par ailleurs s'interroger de savoir pourquoi la Police haïtienne (PNH) et la Minustah, qui proclament qu'elles garantissent la sécurité des élections, ne sont-elles pas intervenues pour empêcher ni arrêter les auteurs de tels actes à Saint-Marc et ailleurs, qui agissent au grand jour? La même question se pose sur le mutisme observé par les autorités gouvernementales de facto, qui n'ont toujours pas encore condamné ces actes. À une quinzaine de jours de la date fixée pour ces élections, c'est à se demander s'il s'agit seulement d'une campagne d'intimidation contre les électeurs du candidat donné pour favori, ou bien d'un prélude à la répétition d'un événement des plus sanglants survenu près d'une vingtaine d'années auparavant en de pareilles circonstances? .