18 Janvier, 2006

January 18, 2006

18 Janvye, 2006
Vol. 23 No. 45


Apaid voit lui échapper le rôle de veiller au choix du "gagnant" à ces "élections" qui n'en finissent pas d'être reportées.

A l'initiative du Groupe des 184 de André Apaid, avec l'appui du groupe de l'Entente démocratique réunissant neuf "partis" politiques, des membres de la bourgeoisie ont tenu un sit-in le lundi 16 janvier devant le siège de la Minustah situé dans le quartier résidentiel de Bourdon, dans la capitale.

Une semaine auparavant, le même secteur avait appelé à une grève générale dans le cadre de sa mobilisation contre l'"inaction" de la Minustah face à l'insécurité imputable, d'après lui, aux habitants de Cité Soleil affublés globalement de l'étiquette de "bandits". Dans une interview à Radio Métropole précédant ce sit-in, ce 16 janvier, André Apaid affichait sans aucune réserve son objectif: "Il faut que les Casques bleus de la Minustah passent à l'action contre les bandits de Cité Soleil pour libérer la population de cette zone prise en otage depuis trop longtemps déjà… Lors de ce rassemblement devant le siège de la Minustah des messages clairs seront lancés à l'endroit du secrétaire général des Nations unies et au gouvernement brésilien pour que la Minustah assume ses responsabilités face à la dégradation du climat de sécurité."

Au cours du piquet qui a réuni ses "clients" ainsi que des candidats à la présidence, tels que Serge Gilles de Fusion des sociaux démocrates, Paul Denis de l'OPL et Charles Henri Baker, le patron des "184" a lu deux lettres adressées respectivement au président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva et au secrétaire général de l'ONU Kofi Annan, qu'il a ensuite remises au personnel de la Minustah. Absence, paraît-il, à ce rassemblement du candidat de l'Alyans, Evans "K-Plim" Paul, mais purement tactique et qui ne porte pas à conséquence pour celui-ci, puisqu'il compte sur "l'appui" de Réginald Boulos, principal collaborateur d'Apaid. Quant à Micha Gaillard, porte-parole de fusion, c'était une autre occasion qui s'offrait à lui pour miauler: "Nos associés apportent tout le support nécessaire, tous ensemble, au Groupe des "184" qui a lancé ce sit-in, pour qu'il y ait la paix dans la tête, pour éviter que la peur nous empêche d'aller voter…Nous sommes d'accord avec la société civile qui questionne et veut forcer la Minustah à prendre ses responsabilités…" Évidemment Gaillard ne disait pas tout.

Et, il faut s'en remettre à l'animateur de ce cirque pour en savoir un peu plus. Dans sa lettre à Kofi Annan, André Apaid dit notamment: "Le phénomène de l'insécurité s'est aggravé et s'est étendu à de nouveaux espaces. Et, cette vague d'insécurité à Cité Soleil notamment, retient près d'un tiers de l'électorat dans un environnement de terreur, de peur, marqué par le kidnapping (…) Ils kidnappent pour renforcer, par des rançons élevées, leurs moyens économiques. Et au jour le jour, ils sèment le deuil au sein de la population haïtienne. Ces bandits qui déclarent soutenir un candidat à la présidence rendent impossible toute vraie campagne électorale (…) Nous pouvons qualifier ces gangs armés de terroristes car ils arment de jeunes enfants de moins de 12 ans et poursuivent des objectifs à caractère politique qu'il ne faudrait ni confondre avec du banditisme ni justifier à partir des considérations strictement économiques et sociales…"

Cette missive est en réponse sans aucun doute au communiqué de Kofi Annan, publié à Port-au-Prince la veille du sit-in, dans lequel ce dernier condamne une "campagne de diffamation" contre la Minustah et son représentant spécial Juan Gabriel Valdés. La note réaffirme le soutien du secrétaire général à la Minustah et stipule en effet: "Kofi Annan appelle le gouvernement intérimaire haïtien à condamner publiquement cette campagne de diffamation qui vise à discréditer le travail de l'ONU en Haïti et pourrait porter gravement atteinte à l'intégrité et à la sécurité du personnel de la Minustah (…) Cette campagne de critiques injustifiées porte également atteinte à la construction d'une société fondée sur des valeurs démocratiques et pourrait mettre en péril la tenue d'élections libres et équitables."

En fait, le clan Apaid se trouve dans une impasse de même que les candidats qui s'attendaient à être sélectionnés, et Apaid voit lui échapper le rôle de veiller au choix du "gagnant" à ces "élections" qui n'en finissent pas d'être reportées. Et il voudrait voir la Minustah procéder à un massacre général comme celui réalisé en février 1957 de plus de 6000 personnes des quartiers populaires de la capitale appuyant le candidat Daniel Fignolé, perpétré par le général Kébreau, commandant des forces armées à l'époque, pour nettoyer le terrain pour la victoire électorale de François Duvalier. Et non pas seulement à des opérations, meurtrières il est vrai, mais limitées. Il met le paquet contre la Minustah, tout en rêvant d'une intervention directe des Etats-Unis et une tutelle de fait comme de jure pour faire revivre son "leadership".