11 Janvier, 2006

January 11, 2006

11 Janvye, 2006
Vol. 23 No. 44
Elections:
Nouveau départ ou nouvel essai?

"Le Conseil de sécurité réitère que la tenue des élections est une étape fondamentale vers la restauration de la démocratie et de la stabilité en Haïti et prend note avec préoccupation du nouveau report des élections"


Après cinq reports successifs, le gouvernement de facto Alexandre/Latortue a informé le samedi 7 janvier du nouveau calendrier, annonçant que le premier tour de la présidentielle et des législatives se tiendrait désormais le 7 février 2006, date à laquelle le nouveau président "élu" devait être investi d'après la Constitution. Le décret publié le 7 janvier fixe aussi le second tour au 19 mars, l'investiture du nouveau chef d'Etat "élu" au 29 mars, et les "élections" municipales et locales au 30 avril. Un véritable chambardement.

Pendant que de nombreux problèmes qui affectent énormément le processus électoral telles que la distribution dans l'ordre des cartes d'identification nationale, l'immense distance qui sépare les électeurs des centres de vote, la formation du personnel des bureaux de vote, et d'autres demeurent insolubles jusqu'à date, les autorités de facto ont transmis cette nouvelle décision suite aux injonctions qui leur ont été faites la veille par les tuteurs de la communauté internationale.

En effet, à l'issue d'une réunion du Conseil de sécurité de l'ONU et d'une rencontre extraordinaire de l'Organisation des Etats Américains (OEA) le 6 janvier, respectivement à New York et à Washington, il a été exigé que les autorités de facto et le Conseil électoral provisoire (CEP) établissent dans les plus brefs délais un nouveau calendrier électoral n'allant pas au-delà du 7 février pour le premier tour. Convoquées "en urgence", ces deux réunions simultanées portant sur les remous provoqués par l'échec du 8 janvier comme date du premier tour ont été l'occasion pour le Conseil de sécurité et l'OEA d'adopter une résolution dans laquelle elles appellent le gouvernement haïtien et le CEP à prendre toutes les dispositions nécessaires pour le respect du nouveau calendrier électoral.

"Le Conseil de sécurité réitère que la tenue des élections est une étape fondamentale vers la restauration de la démocratie et de la stabilité en Haïti et prend note avec préoccupation du nouveau report des élections … L'instance exécutive de l'ONU dit espérer qu'avec l'ajournement des élections une solution sera trouvée aux problèmes logistiques et techniques en vue de permettre l'organisation d'élections transparentes, sans exclusive, libres et équitables", a déclaré l'ambassadeur de Tanzanie Augustine P. Mahiga, qui fait figure de président du Conseil pour quatre mois et à titre de membre non permanent. Soit dit en passant, ou bien le représentant de la Tanzanie ne sait pas de quoi il parle, ou bien il fait montre d'un cynisme sans pareil, car comment parler d'"élections sans exclusive, libres et équitables" alors que les geôles du régime de facto sont remplis de dirigeants et de militants du Parti Lavalas?

Par ailleurs, évidemment le Conseil de sécurité a exprimé sans réserve son appui à la Minustah et à au représentant spécial du secrétaire général de l'ONU Juan Gabriel Valdés.

Quant à certains Etats membres de l'OEA, ils ont exprimé leur extrême préoccupation face au dernier report des "élections", et estimé qu'il n'existe aucune raison valable pour ces reports incessants. "Personne ne comprenait le report indéfini des élections", s'est exclamé le secrétaire général de l'OEA José Miguel Insulza.

Pour sa part, le porte-parole du département d'Etat des États-Unis, Sean Mc Cormack, a déclaré: "Nous croyons qu'il est essentiel que les élections se tiennent en Haïti… S'il y a des problèmes, nous et nos partenaires de la communauté internationale, travaillons pour les aplanir." La France de son côté a opiné dans le même sens. Et Juan Gabriel Valdés croyait devoir se faire menaçant: "La nouvelle date ne pourra pas être remise en cause. Je voudrais être extrêmement clair, il ne saurait être envisagé de faire marche arrière dans le processus électoral", a-t-il déclaré, tout en profitant pour dénoncer pour dénoncer des candidats qui "tentent de déstabiliser le pays en essayant d'entraver le processus électoral par le financement de leurs campagnes électorales avec l'argent des rançons obtenues par des kidnappings et des activités criminelles".

Toutefois, le candidat à la présidence de l'Alyans, l'ex-maire de la capitale Evans Paul, a réagi assez émotionnellement à ces propos, en demandant au chef de la Minustah d'indiquer les noms des personnes incriminées pour éviter toute confusion. D'autant plus que, comme il en faisait part sur une station communautaire de Montréal le 7 janvier, qu'il ne croyait pas possible la réalisation de ces "élections" à la nouvelle date impartie par le conseil de sécurité.

Pourtant, le Premier ministre de facto Gérard Latortue avait déclaré que la nouvelle date des "élections" résulterait d'une parfaite "concertation entre les acteurs impliqués" pour éviter un autre report. Le Conseil de sécurité aux ordres de ses patrons ne lui aura pas laissé ce loisir, et aura passé outre à ses désirs?

Par ailleurs, on se demande pourquoi d'aussi longs intervalles entre les différentes échéances électorales? Et surtout pourquoi cette injonction du Conseil de sécurité? Qu'adviendra-t-il si un nouveau report s'avère volontairement ou non "nécessaire", étant donné que la situation ne saurait tellement s'améliorer par elle-même? Cela fait exactement une année, quand au début du mois de janvier 2005, tout paraissait baigner dans l'huile et tout le monde se félicitait -le Canada, le gouvernement de facto, le PNUD, les Etats-Unis, etc.-et le président du CEP Max Mathurin s'exclamait: "Après environ deux mois de travail assidu, nous sommes heureux d'annoncer que le document électoral et le calendrier sont prêts", tout en clamant que cette année (2005) "son équipe arrivera à Jérusalem", au point qu'il disait en faire sa "devise"… Un an après, il ne s'est même pas encore mis en route, et c'est à se demander où il en sera avec ces "sélections" d'ici une autre année…