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Alain Maximilien (à gauche) un nord-américain d’origine haïtienne et Frank Eaton ont été enlevés par des hommes armés le 28 décembre |
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Alors que le directeur de la police judiciaire (DCPJ) Michaël Lucius se félicite des «bons résultats» obtenus dans le cadre de l’opération «Otan» destinée à contrecarrer les «bandits» pendant la période de fin d’année, pour la population, c’est tout à fait le contraire, au point que l’on se demande si le directeur de la DCPJ n’aura pas voulu faire de l’humour noir, car on assiste à une multiplication des kidnappings à un niveau inimaginable.Au cours d’une interview le 28 décembre à Radio Kiskeya, Lucius a fait état de ses succès, présentant un bilan, à son avis, des plus fructueux: «Au niveau de la police, disait-il, nous avons recensé un ensemble de cas de kidnapping. Plusieurs opérations ont été menées et plusieurs kidnappeurs ont été arrêtés. Les opérations étaient conduites particulièrement à Delmas, Pétion ville, Croix-des-Bouquets. A Croix-des-Bouquets par exemple, suivant des informations, le commissariat de cette zone a procédé à des arrestations hier (27 décembre) et à des saisies d’armes. Dans la soirée du même jour, la DCPJ a mené des opérations à la 4ème avenue Sainte-Bernadette, à la 5ème Avenue (à Martissant), à la route des Dalles et à Fort Saint-Clair. Donc plusieurs personnes ont été arrêtées, parmi lesquelles des kidnappeurs, des cambrioleurs qui sévissaient au centre ville. Notre plan visait à permettre aux gens de passer le reste des fêtes de fin d’année dans le calme avec moins d’inquiétudes qu’au 24 décembre. Et nous avons atteint cet objectif…» Puisqu’il le dit! Pourtant la réalité est fort différente, au point de se demander vraiment si les nombreuses arrestations effectuées au fil des multiples bilans hebdomadaires concernaient vraiment de vrais bandits. En effet, durant et après le week-end de Noël, ce sont plus d’une cinquantaine d’enlèvements qui ont été enregistrés. Parmi lesquels, le 27 décembre, un citoyen belge travaillant à l’ONG Papda (Plateforme de plaidoyer pour un développement alternatif) qui a pu être libéré sans rançon par la police; Marie Andrée Dorléans kidnappée à Delmas et libérée le même jour; le 29 décembre, l’épouse de l’homme d’affaires Daniel Rouzier, et la veille un nord-américain d’origine haïtienne Alain Maximilien. Pour sa part, Ghislaine Sénèque, enlevée il y a deux semaines, alors que son époux Jean-Claude Valmé était tué, a aussi été retrouvée morte avec des signes de torture et reposant sur un tas d’immondices, même si, d’après ses proches, une rançon avait été versée. Pour la seule journée du 30 décembre, on a pu compter une douzaine de kidnappings, parmi lesquels ceux de deux experts en informatique de l’OEA et l’épouse de l’un d’eux sur la route de l’aéroport international. Dans une interview à l’AFP, un fonctionnaire de l’OEA a annoncé la libération des otages en déclarant: «Les deux fonctionnaires de l’OEA, un Péruvien et un Guatémaltèque, membres de l’équipe technique électorale ainsi que l’épouse de l’un d’eux, une Haïtienne, ont été remis en liberté. Ils ont été récupérés en ville et sont sains et saufs… L’affaire a été traitée par une cellule de crise interne. Nous avons travaillé pendant 48 heures pour obtenir leur libération.» Malheureusement toutes les victimes n’ont pas la chance d’être à l’emploi de l’OEA. Inutile d’ajouter que cette situation a créé une psychose dans la vie quotidienne, et dans la soirée de la veille du Jour de l’An, les rues étaient totalement désertées. Et la Minustah qui y met du sien pour répandre davantage cette terreur au sein des quartiers populaires déjà aux prises avec des groupes armés dont certains payés par les leaders des classes dominantes pour intimider la population. En effet, au lieu d’essayer de se donner une meilleure image en offrant un minimum de protection à la population, la Minustah en remet: d’une part c’est en dépit et parfois en présence de ses patrouilles et de la Police nationale que les gangs armés commettent leurs exactions A Drouillard par exemple, les habitants se sont vu obligés d’abandonner leurs domiciles. Pourtant, ce quartier est censé être sous la garde permanente des «forces de l’ordre». À Cité Soleil, ce sont les Casques bleus de l’ONU qui tuent et massacrent. La mort, respectivement les 20 et 24 décembre, du policier canadien Mark Bourque et du capitaine jordanien Yousef Algader n’aura été qu’un «justificatif» pour amplifier la répression contre les innocents, femmes, enfants, vieillards, handicapés dans le bidonville. Là-dessus, on peut dire que l’ambassadeur brésilien Paolo Pinto Cordeiro apportait tout son appui à ces crimes déguisés, quand il disait au cours d’une visite aux Casques bleus jordaniens établis sur les lieux, qu’on devait «répondre aux actions des ‘bandits’ de façon proportionnelle». Il ne saurait être plus clair quant à la mission confiée effectivement à ses «Peace Keepers (gardiens de la paix), qui par définition doivent servir de force d’interposition entre des belligérants et non de force répressive contre les victimes désarmées. Cela doit être, sans doute, le sens des «bons résultats» proclamés par l’inspecteur Michaël Lucius, car les «progrès» ne s’affichent que sur ce plan, puisque tout le monde est bien conscient et le vit quotidiennement cette insécurité qui ne fait qu’augmenter.
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