4 Janvier, 2005

January 4, 2005

4 Janvye, 2005
Vol. 23 No. 43


Le candidat à la présidence du Modereh, Dany Toussaint, qui faisait campagne dans le Nord, a été arrêté le lundi 2 janvier par des Casques bleus chiliens et conduits au commissariat du Cap-Haïtien où il a été gardé près de cinq heures en garde à vue…
Deux candidats à la présidence: Dany Toussaint du Modereh et Guy Philippe du FRN, et un troisième au Sénat pour le département de l’Artibonite, Youri Latortue, cousin du Premier ministre de facto Gérard Latortue, étaient nommément désignés, dans un article du Miami Herald du 23 décembre dernier, comme ayant «des liens avec l’industrie du trafic de la drogue qui, d’après Joe Mozingo, l’auteur de l’article, veut s’assurer que le prochain gouvernement issu des élections soit faible et corruptible…Ils ont leurs contacts dans la police, dans des secteurs du gouvernement intérimaire»…

La DEA (Drug Enforcement Agency) avait associé ces personnages depuis bien longtemps à la drogue, dit l’article.

Concernant Guy Philippe, Mozingo rappelle que la DEA avait soupçonné ce dernier alors qu’il était encore responsable de la Police nationale (PNH) au Cap-Haïtien. «Des agents américains avaient entrepris une fois d’engager Philippe comme informateur, mais il les a laissé tomber, estimant que les trafiquants le payaient beaucoup plus.» Incidemment, sur l’entrefaite des journaux dominicains ont accusé Philippe de comploter pour assassiner le président Leonel Fernandez.

Quant à Dany Toussaint, Mozingo déclare: «Des officiels de l’ONU craignent que certains des membres de la police soient plus que loyaux vis-à-vis de l’ancien sénateur et ancien chef de la police intérimaire, Dany Toussaint, longtemps soupçonné d’implication dans le trafic de drogue par les officiels américains.». Et à propos de Youri Latortue, le journal révèle qu’«en mars 2004, l’ambassade américaine à Port-au-Prince avait prévenu le cousin du candidat, le Premier ministre Gérard Latortue, que Youri Latortue était impliqué dans des activités illégales et ne devait pas faire partie du gouvernement, et Washington lui refusait de lui délivrer un visa d’entrée Et en outre, poursuit le journal «il existe des rapports crédibles que Youri maintient des liens étroits avec un gang de bandits armés des Gonaïves qui contrôle le trafic de drogue dans le port». De même qu’il rappelle que le quotidien français Le Figaro, «l’année dernière rapportait que le sobriquet du cousin était ‘Monsieur 30 pour cent pour les commissions que présumément il réclame sur les contrats gouvernementaux’».

De leur côté les intéressés ont bien sûr essayé de se défendre, mais malheureusement, innocents ou pas, leurs arguments sont faibles et plutôt farfelus. Ainsi, pour Youri Latortue, il s’agit de manœuvres visant à le discréditer: «C’est un bluff concocté à la veille des élections pour nous intimider parce que nous sommes une force représentative dans l’Artibonite. Nous obtenons 80 à 85% des intentions de vote sur un total d’environ 500 mille électeurs inscrits. C’est ce qu’affirment tous les sondages. Ils pensent qu’en faisant de telle machination, ils peuvent diminuer notre popularité.»

De son côté Guy Philippe a déclaré ne pas comprendre pourquoi la presse haïtienne a fait un tollé à propos de l’article du Miami Herald qui, d’après lui, est sans fondement. Philippe a indiqué que cet article a été publié au moins cinq fois déjà fans le but de lui créer des ennuis pendant la période électorale.

Mais Dany Toussaint a préféré garder un profil bas laissant à son collègue Prince Pierre Sonson le soin de le faire à sa place. Ce dernier déclarait: «Si Dany Toussaint était un trafiquant de drogue, on lui aurait déjà passé des chaînes aux bras et aux pieds avant de le mettre mis sous les verrous aux Etats-Unis.

C’est justement ce qui a failli arriver, puisque le candidat à la présidence du Modereh, qui faisait campagne dans le Nord, a été arrêté le lundi 2 janvier par des Casques bleus chiliens et conduits au commissariat du Cap-Haïtien où il a été gardé près de cinq heures en garde à vue. Et comme par hasard, un policier américain se trouvait parmi les agents de la police de l’ONU (UNPOL) avant qu’il soit décidé de le placer en garde à vue. Le motif officiel de l’arrestation était pour la détention illégale d’armes à feu. Toussaint s’est plaint d’avoir été humilié par les policiers chiliens qui lui ont passé les menottes et l’ont contraint à rester debout plus de 5 heures, «sans aucun égard pour son statut d’ancien chef de la police intérimaire et d’ex-parlementaire pour justifier le fait de détenir des armes à feu». Il aurait accepté, à son avis, que les armes soient simplement confisquées sans autre forme de procès. C’est ainsi que l’ex-législateur interprète la Loi? «Il n’y avait pas lieu de procéder à mon arrestation, disait-il encore, même un prisonnier politique ne mériterait pas de connaître le sort qu’on m’a réservé»! Pourtant, lui, il allait être libéré dans la nuit même, et son arrestation ne semblait être qu’un simple avertissement lancé par ses patrons au leader du Modereh et aux autres pour leur dire de modérer leurs activités…